UN PRISONNIER ICI
peut faire lui-même. Ainsi, c'est Girard qui va voir un prisonnier mystérieux, dont il est question pour la première fois dans une lettre du 9 décembre 1793, et qui est désigné sous le simple prénom de Thomas.
Ce malheureux dévore les faibles ressources de Crèvecœur. C'est 25, puis 50 livres par mois qu'il faut payer pour lui ; on lui donne des vêtements, des draps, des couvertures, de l'argent, et encore il est mécontent. Cet homme si peu reconnaissant, dont son bienfaiteur ne parle qu'avec un dégoût mal déguisé, ne serait-ce pas Thomas Paine', ce quaker anglais, américanisé puis francisé , ce conventionnel jadis si populaire qui expiait en prison ses liaisons avec les brissotins, ce (( Tyrtée de bas étage », habitué à chercher l'inspiration dans sa bouteille d'eau-de-vie ? Crèvecœur l'avait beaucoup connu autrefois ; peut-être l'avait-il vu plus intimement depuis ces dernières années. Mais ce n'est là qu'une simple présomption, dénuée de toutes preuves.
Crèvecœur, dans ses fréquents séjours à San-
I. Paine fut arrêté en décembre 1793, et non en 1794, comme le dit la Biographie Michaud. Voir la Kevue britannique, juin 1860. Il fut mis en liberté sur la demande de Monroë.