IL PART POUR L AMÉRIQUE I
d'une façon si séduisante par les Lettres d'un cultivateur. Il s'embarqua donc pour Boston (son père n'en fut informé qu'à la fin d'août) et fort à court d'argent, mais avec toute l'ardeur de la jeunesse, il se mit sur-le-champ à l'œuvre pour essayer de fonder un établissement presqu'à la limite du désert.
Son père, lorsqu'il l'avait su hors de France, avait repris une vie nouvelle. Ses lettres, jusqu'alors empreintes du plus profond découragement, montrent, dès le mois de mai, une certaine animation. Sa position était cependant loin d'être heureuse : tremblant à chaque instant pour sa famille ou pour lui, ayant à craindre les dénonciations, les perquisitions, tout l'imprévu de cette terrible époque, en outre, à peu près dénué de ressources, il vivait d'emprunts et d'expédients. Etroitement resserré dans le modeste logement 'de sa fille qui, par économie, avait dû prendre encore- un pensionnaire', il était obligé, pour écrire à son fils, de se réfugier dans le bruyant
I . Un vieil homme de lettres désigné par la seule initiale . de R. « Il passe ses soirées, dit Crèvecœur, à nous faire de fatigantes lectures, et il me chasse du coin du feu où je pourrais écrire et travailler tranquillement; mais il nous paye i25 livres par semaine pour manger du riz au beurre et boire de l'eau, car c'est un fervent adepte du régime pythagoricien. »