LES ÉMIGRÉS
un peu de diversion aux idées sombres de l'exilé volontaire, dont l'esprit inquiet se forge toujours mille craintes chimériques. C'est à peine pourtant si dans sa correspondance on rencontre çà et là un éclair de gaieté, causé par quelque excentricité du monde de viveurs cosmopolites qui entourent le nouveau venu.
Les émisfrés étaient fort nombreux dans le pays, surtout depuis que les Français étaient maîtres de la Hollande ; il y avait à Hambourg et à Altona plusieurs réfugiés bien connus de Crèvecœur ', et ces deux villes étaient un lieu de passage, une sorte de carrefour entre l'Angleterre et l'Allemagne. Les lettres que nous avons sous les yeux sont pourtant à peu près muettes sur ce chapitre; une initiale, une allusion discrète permettent bien de temps à autre de deviner quelque relation de ce genre, mais la prudence enveloppe d'un voile presque impénétrable tout ce qui se rapporte à ce sujet dangereux.
Quant aux nouvelles, ce n'était pas à Altona qu'il fallait chercher celles de France, et il n'était
I. Mme deTessé, tante de Lafaj'ette et amiedeMme d'Houdetot, la famille de Laborde de Méiéville , etc., etc. Un cousin de Crèvecœur, M. de Cairon, pa'ssa quatre ans à Hambourg. Il n'en est pas plus question que des autres.