ÉLOGE FUNEBRE 29I
lent toute la bonté du cœur de cet écrivain vertueux, savant, et dont la devise semble avoir été constamment : Homo sum, et nihil humani a me alienum puto.
« Un tel citoyen dut avoir des relations honorables. En Amérique, le grand Washington, MM. Thomas Jefferson et Adams; en France, le duc de La Rochefoucauld, la duchesse d'Enville, feu M. le duc d'Harcourt, l'auteur du poème des Saisons, Saint-Lambert, M'^^ d'Houdetot , récemment décédée; en Angleterre, le lord Stanhope ' et plusieurs autres personnages du même mérite, le comptèrent au nombre de leurs amis. Tous l'accueillirent avec empressement à son retour des Etats-Unis ; tous le recherchaient avec ardeur et trouvaient dans sa conversation vive, animée, brillante et instructive un charme inexprimable. Les gens de lettres, les savants, les artistes, ceux d'entre eux surtout dont les travaux ont un but essentiel d'utilité , excitaient tout son intérêt. Il les fréquentait avec plaisir, aimait à leur communiquer ses observations ou ses découvertes.
« Modeste, on pourrait dire jusqu'à l'humilité, M. de Crèvecœur ne plaçait son orgueil que dans la haute et universelle considération dont jouit sa famille. M. le comte Otto, son gendre, Mme la comtesse Otto, sa fille, et Mme la baronne Pelet (de la Lozère), sa petite-fille, ont adouci par leur tendresse et leurs soins la perte irréparable qu'il eut à déplorer dans la personne de M. Alexandre Saint-John de Crèvecœur, son fils aîné, trop légitime objet d'un regret éternel, et pour un père couvert de cheveux blancs, et pour une sœur tendrement chérie, et pour une épouse douée d'un mérite accompli, et pour un frère digne d'une famille si respectable et qui sert aujourd'hui l'Etat et son prince avec une grande distinction dans l'une des premières places de l'administration des armées.
« M. de Crèvecœur a conservé jusqu'au terme de sa longue carrière cette aménité de caractère et cette verve admirable