‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 29 sur 330 · CHOIX D.UN ÉTABLISSEMENT · texte numérisé non relu

CHOIX D.UN ÉTABLISSEMENT

chercher la peinture de la vie que menait alors Crèvecœur. Le lecteur, croyons -nous, ne nous saura pas mauvais gré de donner ici quelques extraits qui dépeignent l'existence d'un colon aisé et instruit. Dépourvus de tout artifice de style, ces tableaux rustiques ont un charme de naturel, un caractère de vérité réellement frappants.

On peut suivre le cultivateur pour ainsi dire pas à pas, depuis le choix de son futur établissement jusqu'au jour oia, après des années de labeur opiniâtre, il jouit paisiblement du fruit de ses travaux. Franklin ' disait à bon droit que ce livre était le manuel complet du colon en Amérique; c'est seulement un manuel un peu poétique, mais les détails y abondent.

Voici d'abord le colon cherchant l'emplacement d'une nouvelle plantation. Il recueille ses renseignements, consulte les cartes, interroge les chasseurs. Quand sa décision est à peu près fixée, il prend un guide , et , s'orientant dans les forêts comme un marin sur l'Océan, il parvient au canton qu'il croit lui convenir. Il examine alors le sol, juge de sa qualité par la grandeur et la beauté

I. Lettre au comte de Buchan du 17 mai 1783. V. Bibliographie.

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des arbres , par la nature des buissons et des plantes sauvages.

Il observe les sources, l'humidité de la terre et ses différentes couches; il suit les sinuosités des montagnes qui règlent la direction des vallées et des ruisseaux; il cherche une chute où il pourra un jour bâtir un moulin; il examine, il pèse tout et revient. Son dessein est formé; l'invention d'une grande machine ne pourrait faire plus d'honneur à un artiste habile que n'en fait à ce colon la combinaison de toutes ces idées nouvelles; il est, il va devenir l'origine des choses; il va mériter le titre de créateur '.

Il ne s'agit plus que d'acquérir la terre qu'il a choisie , d'examiner les titres , de convenir des termes de paiement.

Enfin il se transporte sur son nouveau domaine, se fraye un sentier et construit une cabane d'écorces; c'est le moment pénible, le moment du travail sans relâche et presque sans résultat apparent. Au milieu de cette végétation luxuriante, les premiers eff'orts de l'homme produisent dès l'abord des effets si peu visibles qu'il faut, pour ne pas perdre courage , une patience et une énergie à toute épreuve.

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