‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 315 sur 330 · I . Voir page · texte numérisé non relu

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frère de Brissot, a procuré à Fisher les Lettres d'un cultivateur américain. Il les lit avec un intérêt toujours croissant. Il vient d'écrire à Brissot, l'ami Warville, comme il l'appelle toujours.

Paris, ^juillet 1790. — W. Short à Crèvecœur. Autographe, signée. En anglais.

Il félicite Crèvecœur (alors à Caen) de son retour en France. Il est très impatient de savoir quelles sont les dispositions du gouvernement américain au sujet de la nomination d'un nouveau ministre des Etats-Unis à Paris. Sa position personnelle est en jeu.

« Je me considérais comme fixé à Paris pour quelques années, et je le désirais réellement, entre auties raisons, à cause des scènes intéressantes qui chaque jour se passent devant mes yeux... et dont j'espérais voir le dénouement... Je voudrais que vo-s compatriotes législateurs prissent de vous, qui connaissez l'Amérique, des leçons sur la manière de faire une révolution et de décréter une constitution : car ce sont deux choses qui doivent se faire d'une façon très différente. L'expérience nous l'a montré, et j'espère que ce pays l'apprendra sans que l'expérience lui coûte trop cher. » - j

■ Paris, i^r octobre 1790. — La comtesse de Damas à Crèvecœur. Autographe, signée. En anglais.

« On n'a ici qu'une seule préoccupation, qu'un seul sujet de conversation... On est toujours sous le coup de la crainte trop bien fondée de quelque nouvelle commotion... Néanmoins, je suis très heureuse que mon père n'ait jamais eu la moindre idée de quitter la France, et je ne l'en admire que plus : car je regarde comme un devoir de suivre le sort de son

pays, d'y rester aussi longtemps qu'il y a une bonne action à faire, et de supporter avec la nation entière des peines et des difficultés qui ne peuvent être qu'aggravées par le départ de tant de personnes. D'ailleurs, comment peuvent-ils supporter le dédain que témoignent les étrangers en parlant de nous? Se joignent-ils à ceux qui injurient la France, ou bien cherchent-ils à excuser des faits et des intentions quMl est impossible d'approuver? Non, Monsieur, je né pense pas qu'il y ait moyen en ce moment de se conduire avec dignité et sincérité dans un pays étranger. Je ne voudrais donc pas quitter la France pour tout au monde, fussé-je convaincue qu'il y a quelque danger à courir... »

Ici Mn^e de Damas s'étend longuement sur la situation politique.

« ... Mais comment puis-je parler si longtemps de l'état effrayant des esprits sans mentionner le nom de ce généreux jeune homme ' qui a réussi à empêcher qu'il ne devînt la cause de notre perte? J'ai passé une agréable soirée avec lui avant-hier et lui ai ouvert mon cœur tout entier... Je lui ai fait connaître tout ce qu'on dit, même les calomnies de ses ennemis. Mais, pour qui n'est ni prévenu ni aveugle, est-il possible de concevoir une prudence aussi consommée, un caractère aussi calme, que les circonstances les plus horribles et les plus difficiles ne peuvent altérer? Quand ce ne serait ^que pour lui, je désirerais le succès de cette révolution : car le bonheur et la liberté de son pays peuvent seuls le récompenser des difficultés inouïes qu'il a traversées pendant ces quinze mois. Mais quand seront-elles finies ? Dieu seul peut le dire...

« J'ose dire que vous êtes probablement effrayé de venir à Paris... Je puis vous donner ma parole qu'aussi longtemps que notre héros commandera ici, les honnêtes gens seront en sûreté...

Lafayette.

« Je pense qu'il serait utile, même nécessaire pour vous, de voir cet excellent marquis... »

Eauhonne, 26 août 1794. — iVI. de Joguet à Crèvecœur. Autographe et signée.

Il a reçu une lettre de Crèvecœur en allant dîner chez sa bonne voisine d'Emile'. Après quelques réflexions sur l'état d'où l'on vient de sortir, il se réjouit sincèrement de ses souffrances dernières (il sortait de prison), puisqu'il a coopéré « pour son 3oo,oooe à dessiller les yeux sur les excès delà nouvelle tyrannie ». Il parle du neveu de Lavater, etc.. (Cette partie de la lettre a été analysée au chap. IX.)

Pierrepont, 29 juillet 1795. — De Crèvecceur (Guillaume- Augustin) à Crèvecœur son fils. Autographe.

« ... Si vous pouvez me procurer une demi-pièce de vin, il n'y en a point à Caen ni ailleurs dans la province. La vie est très chère ici; la viande vaut 5 et 6 livres la livre, la chandelle 3o livres, le blé 5oo livres le boisseau 2. »

Pierrepont, 23 décembre 1795. —De Crèvecœur (G. -A.) au même.

« La chandelle est plus rare et plus chère, valant 1 5o livres la livre... Tout le monde meurt de faim... Ma commune

1. Nom républicain de Montmorency (décret du 7 brumaire an II). Il subsista jusqu'en 181 3.

2. A cette date, 100 livres assignats ne représentaient, à Caen, que 5 livres a sols 6 deniers. (Tables de dépréciation.)

est actuellement sans pain... Je me nourris de pain noir. La viande me coûte 40 livres la livre '. »

Paris, 18 décembre 1796. — Otto à Crèvecœur. Autographe, signée,

a. ...Les dépenses deviennent si exorbitantes que nous prenons le parti de nous retirer à Lesches vers le commencement de février... Il faut du temps pour faire sortir de l'administration les hommes auxquels j'ai l'honneur de déplaire; ce temps pourra être employé utilement à la campagne. Mon activité naturelle et un sentiment profond du devoir de contribuer à l'entretien de ma famille suppléeront dans les premiers mois à mon défaut d'expérience... Vos conseils nous guideront et vous devez me considérer dès à présent comme votre premier valet de ferme 2...

« Je suis chargé de vous remercier du plaisir que nous ont donné vos Hirondelles, votre Château et votre Lierre^; quand on joint comme vous l'imagination d'un jeune poète à l'expérience d'un philosophe de soixante ans, on devrait toujours avoir la plume à la main. »

Lesches, 12 octobre 1797. — Otto à Crèvecœur. Autographe et signée.

« J'ai reçu, mon cher patron, la quintessence de la Maison

1. L'assignat de 100 livres ne valait plus que 10 sols 6 deniers.

2. Nous avons donné, pages 212 et 21 3, des passages de cette lettre que nous ne reproduirons pas ici.

3. Nous avons parlé des Hirondelles page 211. Le Château et le Lierre ont été, croyons-nous, insérés dans le Voyage en Pensylvanie, I, 211 et suiv. C'était probablement, dans l'origine, une description des ruines du château de CreuUy, près de Pierrepont.

rustique que vous m'avez adressée le 3 en forme de lettre. Que de choses précieuses dans les six pages qu'elle renferme!... »

Paris, 19 janvier 1798. — La comtesse Ch. de Damas h Crèvecœur. Autographe et signée.

Il en a été donné des extraits page 214,

« Caroline de La Briche ' est devenue une aimable personne et va bientôt devenir une respectable femme; son mariage est arrangé et se fera, l'hiver prochain, avec M. Mole, petit-fils du fameux Mathieu Mole... C'est un jeune homme très distingué par la raison, la douceur; sa tendresse pour sa mère et ses regrets de la mort de son père (égorgé sur l'échafaud) sont des preuves de son bon cœur. The bridegroom ^ est déjà fort amoureux. Il trouve Caroline belle comme le jour, pleine d'esprit, de talents, de grâces, etc.. Mme d'Houdetot est de retour ici depuis peu de jours. M. de Saint-Lambert rajeunit; il est fort sourd, mais du reste aussi bien de corps et d'esprit qu'il pouvait être à cinquante ans... »

Sannois, 10 juin 1798, — La comtesse d'Houdetot à Ally de Crèvecœur. Autographe et signée.

"« J'avais déjà entendu parler de votre prochain mariage?, mon cher Ally, mais c'est à votre cœur que je voulais parler. Vous ne pouvez douter que je ne sois heureuse de votre bonheur et que votre mariage ne soit le complément des vœux

1. Fille de M. La Live de La Briche (frère de la comtesse d'Houdetot) et d'Adélaïde-Edmée Prévost. — Voir pages 72 et 340.

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