Le baron de Hompesch. Voir pages 240 et 25 i
de frappant et d'imposant pour l'imagination. Les rues de celte ville souterraine ont été illuminées à cause de la présence du ministre. Chacun de nous, revêtu d'un surtout et d'un chapeau blanc, après avoir écrit nos noms sur un registre, parcourûmes ces longues galeries estimées être à soixante-douze. pieds au-dessous du pavé de la ville. Rien de plus beau et de plus imposant que le spectacle de ces souterrains éclairés dans toutes leurs parties,- celui de ces galeriescanaux que l'on parcourt avec autant d'aisance que les rues d'une ville...
« La partie la plus remarquable des travaux souterrains de Reichenhall est le bel aqueduc que l'électeur Charles-Théodore y fit construire il y a trente ans, pour servir de conduite aux eaux superflues des sources salées et douces; elles sont si abondantes qu'elles forment un torrent fougueux dont le bruit a quelque chose d'effrayant au milieu des entrailles de la terre. Ce torrent sert à faire tourner une grande roue d'oîi émane le mouvement des pompes dont on voit partout les batteries, sans pouvoir deviner d'où vient leur régulière et silencieuse oscillation. Cet aqueduc, taillé dans la roche calcaire pendant près d'une demi-lieue, éclairé de distance en distance par des puisards à travers lesquels se répandent quelques faibles rayons de lumière, conduit les eaux dans la Saala, à 37,000 toises de la ville. On y a construit un joli canot dans lequel souvent les voyageurs curieux s'embarquent pour aller jusqu'à cette rivière... Depuis i 61 6, une conduite de quatorze lieues de longueur amène une partie des eaux salées de Reichenhall à Trauenstein, où elles sont converties en sel. La dernière partie surabondante va être amenée à Rosenheim sur l'Inn à vingt et une lieues de distance. Ces admirables conduites se font au moyen d'un grand nombre de sapins de quinze pieds de longueur, placés à six pieds sous terre. C'est principalement pour suivre les progrès de cette dernière conduite que le ministre avait entrepris le voyage. «
Crèvecœur est tout étonné de trouver que l'ingénieur chargé de ces travaux n'est qu'un simple paysan tyrolien qui ne tient aucune note de ses opérations. Il avait déjà posé ses
tuyaux sur une longueur de quatorze lieues. En sept endroits, il avait fallu, pour franchir des escarpements, établir des machines hydrauliques « aussi extraordinaires que puissantes et peu dispendieuses, de l'invention du capitaine Reichenbach ».
« La première que j'ai vue élevait à cent dix-neuf pieds une colonne d'eau salée, et cela par le seul moyen d'un petit filet d'eau. Ces machines n'occupent que quatre pieds carrés sur une hauteur de six pieds. Le même capitaine d'artillerie en fait construire une autre toute semblable, mais d'un calibre plus fort, qui élève une colonne d'eau salée à quatre cents pieds de hauteur. Rien de tout cela n'est connu en France, où l'on croit tout savoir. En France, on aurait prôné les connaissances mécaniques de cet homme; ici, personne n'en parle. Il ne le désire pas. J'avais fait un joli petit article pour k Publiciste ; il m'a prié instamment de n'en rien faire. »
LXXXYII
Munich, 7 octobre 1808. — CrÈvecœur à M. Gillet de Laumont '. Minute.
« Je reçois, Monsieur, avec autant de reconnaissance que de plaisir votre lettre du 26 septembre. D'après les détails dans lesquels vous avez bien voulu entrer avec moi, je suis convaincu que la machine Donavy, sans être un mouvement perpétuel, est bien réellement une découverte nouvelle et infiniment intéressante. »
Il se demande jusqu'où pourra s'étendre la force de l'esprit humain, aidée de heureux hasards.
« Qui aurait pu prévoir, il y a cinq ans, que le capitaine d'artillerie Reichenbach, né dans cette ville, inventerait une machine à l'aide de laquelle il pourrait diviser un cercle et les autres instruments astronomiques avec une précision infaillible,
I. Gillet de Laumont (i 747-1834), inspecteur des mines en 1784, correspondant de l'Académie des sciences dès l'origine de l'institut, membre libre en 1816.
ce que l'on n'a point encore pu faire à Paris ni à Londres sans commettre des erreurs depuis cinq jusqu'à douze secondes. Cette perfection mathématique, dans tout ce qui sort des ateliers de cet homme rare, est si bien connue que ses nouveaux instruments ont remplacé les anciens dans les observatoires de Pétersbourg, de Saxe, de Gœttingen, de Palerme, de Hongrie, de Milan, de Gotha, etc.
« Qui aurait pu présumer aussi que ce même ingénieur, à l'aide d'une autre machine, élèverait à une hauteur de deux cent dix-neuf pieds une colonne d'eau salée de trois pouces de diamètre ? C'est cependant ce que j'ai vu la semaine dernière, avec toute l'attention dont je suis capable, dans un voyage que je viens de faire aux salines de Reichenhall avec M. le'baron de Hompesch. »
11 parle de la machine qui élèvera l'eau à quatre cents pieds (voir la lettre précédente).
« Ces faits prouvent combien vos réflexions sont vraies et justes, que les hommes sont encore loin d'avoir épuisé les ressources que leur offre la nature, et que, bien persuadé de cette vérité, vous avez conçu le projet d'un va-et-vient dont l'emploi est fondé sur l'emploi de la pesanteur des corps. Puissent votre santé et vos loisirs vous permettre d'en hâter l'exécution conformément au désir du ministre de l'intérieur !
« S. M. B. étant partie pour Erfurth, la Reine m'a promis de lui envoyer une copie de votre lettre... Le vif intérêt que Maximilien-Joseph prend à l'avancement des connaissances hydrauliques, déjà si perfectionnées dans ce pays, m'assure de tout le plaisir que lui feront les apparentes probabilités que vous avez bieri voulu me donner relativement à l'invention Donavy '. Puisse ce bienfaiteur des jardiniers et des cultivateurs venir répéter sous vos yeux ce qu'il a fait, il y a trois ans, à Provins, au vu et au su de tous ses voisins... Vous me permettrez de vous demander quel est le maximum de profon-
I. Nous ne pouvons donner aucun éclaircissement ni sur l'inventeur, ni sur l'invention ; on trouverait peut-être des renseignements dans les recueils spéciaux du temps.
deur du puits dont la machine peut élever l'eau, ainsi que plusieurs autres questions qui n'auraient aucun rapport à son mécanisme, mais à ses effets... Pourquoi n'a-t-il pas sollicité du gouvernement un brevet d'invention et une somme quelconque qui lui eût permis de divulguer son secret, et enfin pourquoi l'a-t-il vendu à des Provençaux beaucoup plus rusés que lui, et dont il sera probablement la dupe? « J''ai l'honneur, etc. »
bXXXVIII
Sarcelles, septembre 1809. — Crèvecœur à M. Manlich ', à Munich. Minute.
« J'ai devant rnoi vos deux aimables lettres des 20 août et 6 septembre, dans la dernière, desquelles était celle pour M. Heurtier^, l'ami de votre jeunesse. Vous étiez né pour en avoir de tels que ce savant architecte. C'est une chose bien rare, que deux personnes qui se sont connues et aimées à Rome il y a près de quarante ans, se retrouvent sur leurs pieds et la tête sur leurs épaules .. »
Sarcelles, septembre 1809. — Crèvecœur à M. Heurtier, â Paris. Minute.
Il lui transmet la lettre de M. Manlich. Détails sur la situation et la manière de vivre du peintre bavarois.