NAUFRAGE SUR LE S A I NT- LAU R EN T
doute difficile, mais l'ordre chronologique importe au fond assez peu, et nous croyons pouvoir, du moins, garantir l'authenticité des faits.
Les premières années sont naturellement marquées par les explorations les plus aventureuses. Jeune et actif, sans établissement fixe, maître de son temps, il en profita pour entreprendre des voyages d'une certaine durée.
En 1764^ il traversait le pays qui devint plus tard l'état de Vermont; dans les notes du Voyage en Pensylvanie-^ il raconte un incident curieux qui paraît se rattacher à cette excursion.
Etant dans un canot d'écorce conduit par deux Abenakis du bas Canada, j'eus le malheur de faire naufrage sur le haut du Saint-Laurent, dont nous venions de franchir heureusement le long saut qui a six lieues de long. Les premières neiges étaient déjà tombées. Sans haches et sans moyens d'allumer du feu, réduits à manger crus quelques poissons que nous avions eu le bonheur de prendre, nous résolûmes de marcher vers le sud... Mourants de froid, consumés,
1. D'après une lettre qu'il écrivait en 1707 au duc d'Harcourt et qui a été publiée par M. Hippeau. (Gouvernement de Normandie, t. III, p. iSy.)
2. T. III, p. 344. Il ne serait pas impossible que le fait se fût passé pendant le séjour de Crèvecœur au Canada. La date est du reste sans importance.
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épuisés, nous étions parvenus au troisième jour de ce pénible voyage et venions de manger les derniers morceaux de notre dernier poisson , lorsqu'à notre grande joie nous crûmes apercevoir dans l'éloignement quelques indices de fumée. C'était celle d'un grand village de Mohawks christianisés, situé à l'embouchure de la rivière Oswegatché. . . Aussitôt que nous fûmes parvenus à la portée de la voix, mes compagnons s'accroupirent et hurlèrent à plusieurs reprises. A ce cri de la douleur, plusieurs indigènes du village vinrent voir qui nous étions, et bientôt, touchés de notre misère, ils nous conduisirent chez eux sans parler et nous placèrent séparément dans trois différentes familles.
Crèvecœur, en sa qualité de blanc, fut mené chez le chef, qui parlait un peu anglais et français.
Le lendemain, après que je l'eus informé d'où je venais et où je comptais aller, il me dit : « L'hiver approche, comme tu vois; le grand fleuve charrie des glaçons; il est impossible d'aller à Montréal avant le printemps; mets de côté le peu de vêtements qui te restent et habille-toi comme nous. Nos gens t'en aimeront mieux '. »
I. Crèvecœur parle à diverses reprises dans ses ouvrages de son adoption par les Oneïdas sous le nom de Cahio-Harra ou Kayo. [Cultivateur américain, t. III, p. 189, et Voyage en Pensylvanie, t. I, p. i33.) Cette adoption aurait eu lieu au village d'Ossewingo fort éloigné d'Oswegatché, et quoique