‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 56 sur 330 · UNE DÉNONCIATION · texte numérisé non relu

UNE DÉNONCIATION

parlementaire ; chaque fois que l'on rencontrait un parti en armes, l'enfant déployait son drapeau et allait en avant avec les sauf-conduits. Ils parvinrent ainsi à New-York sans difficultés, et Crèvecœur s'y reposa quelque temps, jouissant de la compagnie d'amis dont il était depuis longtemps séparé, et attendant l'occasion de s'embarquer pour l'Europe.

Il se croyait à l'abri de tout danger, grâce aux sauvegardes dont il était muni ; mais sa qualité de Français était connue, et il ne put échapper au soupçon. Arrêté et conduit en prison, il apprit, après une longue et cruelle attente, qu'il était accusé par un dénonciateur anonyme d'avoir correspondu avec Washington et d'avoir levé pour lui le plan du havre de New-York. Du reste, on ne lui avait fait subir aucun interrogatoire, ce qui prouvait qu'on le regardait comme un suspect plutôt que comme un coupable. Loin de le rassurer, cette sorte d'oubh le jetait dans le désespoir; l'examen même le plus superficiel de sa conduite aurait mis au jour son innocence et amené son élargissement, tandis que cette détention préventive pouvait se prolonger indéfiniment.

A ces inquiétudes personnelles s'en joignaient d'autres plus poignantes encore. Son jeune fils,

Page 1