DOYEN DU CHAPITRE MÉTROPOLITAIN DE TOURS
Le R. P. At, déjà connu comme écrivain par son livre si remarqué des catholiques: Le Vrai et le Faux en matière d'autorité et de liberté, s'adresse ici spécialement à la classe ouvrière et à tous ceux qui se préoccupent de ses intérêts et de ses besoins, au point de vue social et religieux. Un pareil ouvrage ne pouvait arriver avec plus d'à-propos.
Il a pour cadre naturel l'histoire de saint Joseph, modèle des ouvriers et patron de l'Eglise. Les faits évangéUques relatifs à la vie du saint Patriarche servent de point de départ à l'auteur pour exposer la série des devoirs et des vertus propres à l'ouvrier chrétien dans la situation k part que lui a faite la société moderne. Le mariage, le foyer, la famille, l'éducation, le travail, les conditions du travail moderne, le dimanche, les plaisirs du diman<îhe, le devoir politique, la douleur, tous ces graves et intéressants sujets sont traités à fond, avec autant de sagacité et de pénétration que d'opportunité et de sagesse pratique.
Le R. P. At semble ici sur son terrain de prédilection. Il se montre vraiment l'apôtre et l'ami de l'ouvrier, ne lui taisant pas la vérité, ne lui épargnant pas le reproche et l'avertissement, sondant ses plaies les plus vives et les plus intimes, mais aussi lui parlant le langage du cœur, le relevant et le réhabilitant, se faisant au besoin le défenseur de sa dignité et de ses droits, évitant d'ailleurs avec soin, en matière politique surtout, ce qui, de nos jours, irrite ou divise.
Avec la libre et franche allure qu'on lui connaît, l'écrivain va toujours au vif de la question et marche à son but, non toutefois sans méthode et sans art. Volontiers il met en parallèle, par un saisissant contraste, les idées vraies et les idées fausses qui agitent le plus vivement les esprits en ce moment, touchant ce qu'on est convenu d'appeler la réforme et l'amélioration des classes ouvrières ; il passe en revue le foyer domestique, l'atelier, la manufacture ; il étudie les relations du patron et du client. Aux décevantes théories du socialisme, aux doctrines perverses de la révolution et de la franc-maçonnerie, il oppose les simples et lumineuses leçons du bon sens et de l'expérience, éclairées des rayons de la foi et vivifiées des préceptes de l'Evangile. Sa logique alors est irrésistible et triomphante.
Son style est celui d'un maître : il en a l'image, la couleur et le relief. Habituellement net, incisif, précis, il est tour à tour piquant ou gracieux, pittoresque ou familier, plein de verve ou d'onction. Les ta-
bleaux attendrissants et les ravissantes peintures s'entremêlent aux conseils pratiques et aux ingénieux aperçus.
En somme, cet ouvrage nous paraît avoir, dans le fond et dans la forme, tout ce qu'il faut, à l'heure présente, pour réussir auprès de l'ouvrier, pour s'en faire lire, comprendre et accepter. Ce sera croyons-, nous une bonne fortune pour les Cercles catholiques, dans l'exercice du charitable et difficile apostolat qu'ils ont entrepris à l'égard des classes ouvrières.
Comme d'ailleurs nous n'y avons rien trouvé qui ne nous ait paru conforme à la saine doctrine, nous le recommandons volontiers à la bienveillante approbation de Monseigneur l'Archevêque, et nous faisons des vœux pour qu'il obtienne du public auquel il s'adresse la faveur dont il est digne.
Janvier, chan.
Tours, ce 24 septembre 1875.
Imprimatur. .
Turonibus, die 24 septembris 1875.
-|- Carolus, Archiep. Turon.
AUX MEmRES