‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 15 sur 79 · DES CERCLES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

DES CERCLES CATHOLIQUES

Messieurs,

C'est à vous que je dédie ce modeste travail; à vous qui composez nos Cercles catholiques, qui en êtes la gloire aujourd'hui et l'espérance dans l'avenir. Vous êtes entrés résolument dans l'armée de la régénération sociale ; rien ne vous a arrêtés: ni les difficultés de l'entreprise, ni votre petit nombre, ni les railleries de ceux qui pensent autrement. Soyez bénis.

En vous offrant, en raccourci, la physionomie de saint Joseph peinte d'après l'Evangile, j'ai voulu résumer les principaux aspects de ce qu'on appelle La Qucstio7i ouvrière, si formidable et tourmentée de tant de façons. En même temps, je me suis proposé de vous

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fournir, dans la personne du vénérable Patriarche, un modèle que vos chers ouvriers pourront imiter et un protecteur qui, du haut du ciel, les guidera à travers les périls de la situation.

Chers Ouvriers,

Faites bon accueil à ces pages que ma main a tracées sous la dictée de mon cœur. D'autres, avant moi et mieux que moi, ont écrit pour vous; mais le Seigneur agrée tous les dévouements : acceptez le mien. Il ne saurait vous être suspect, car nous nous connaissons. Nous nous sommes rencontrés souvent dans les basiliques des grandes cités et dans les pauvres églises de village. Je me souviens avec bonheur que plus d'une fois nous nous sommes compris. Lisez-moi comme vous m'avez écouté; je suis toujours le même : l'apôtre de Jésus-Christ, l'ami des ouvriers, le compagnon de leurs épreuves et le serviteur de leurs âmes.

Sous le nom de Question ouvrière, on comprend un certain nombre de questions économiques, physiques, morales, intellectuelles, religieuses et sociales, qui se mêlent parce qu'elles sont reliées par la nature de? choses. Cependant tout le monde ne lui donne pas la même extension. Les uns n'y voient que le problème des salaires à débattre entre le capital et le travail; les autres l'envisagent principalement par le côté politique, et ne songent qu'à développer les droits elles influences des classes labo-

rieuses dans les affaires publiques; les philanthropes sont émus des souffrances de l'ouvrier, et ils concentrent leurs efforts sur l'amélioration physique de sa condition; les moralistes voient les choses de plus haut: ils voudraient donner à l'ouvrier des principes dont la perte explique, mieux que toute autre cause, l'état malheureux où il se trouve; les catholiques embrassent tous ces divers intérêts à la fois.

Les solutions que reçoit la Question ouvrière varient avec les différentes manières dont on l'envisage. Je ne viens pas apporter aux débats un système de plus ; il y en a déjà trop. Je n'offre pas à mes lecteurs une étude technique, composée de chiffresetdefaitsrecueillis patiemment à

travers les usines et dans les faubourgs des grandes villes; ici je me déclare incompétent : c'est sans regret. Outre que les spécialistes ont fait cette besogne, la méthode économique, si elle reste isolée, ne mène à rien. Je ne viens pas davantage faire acte d'homme de parti. Si je m'éloigne de la science pure, parce qu'elle est stérile, j'évite avec soin la politique, parce qu'elle divise. Le point de vue moral et religieux est mon terrain. Ce point de vue est le meilleur, parce qu'il est le plus haut et le plus large, et qu'il conduit jusque dans les profondeurs du mal. Certains esprits, qui ont la prétention d'être pratiques, regardent flotter les principes religieux dans l'air, et ne conçoivent pas qu'ils

contiennent des éléments de solution pour les problèmes ardus agités de nos jours. Ils cherchent le rapport qui existe entre ces principes et la Question ouvrière : ils ne le voient pas; tout au plus s'ils leur reconnaissent la vertu d'assoupir le sentiment du droit et ses justes revendications, et de profiter ainsi à l'égoisme des forts. Ils se trompent deux fois; s'il n'est pas facile de les guérir de préjugés invétérés, il est aisé de les confondre. Ce n'est pas ici le lieu.

L'intervention de saint Joseph en pareille matière leur causera quelque surprise. Ce motif ne saurait nous empêcher de l'employer. Sans doute, saint Joseph n'est pas scientifique; mais il est éloquent : c'est beaucoup mieux. Il n'ar-

rachera que des sourires aux amis de l'ouvrier; peut-être arrachera-t-il des larmes à l'ouvrier lui-même; alors le procès sera près de finir. La société aura la paix-, les savants l'attribueront à leurs formules ; d'autres, mieux éclairés, en feront remonter la gloire jusqu'à saint Joseph.

Je n'écris pas pour les savants qui ont plus d'esprit que moi, mais pour les braves gens qui ont du cœur et un peu de bon sens. Je renonce, en leur faveur, à une exposition exclusivement dogmatique;je veux surtout raconter une histoire, et, avec les leçons qu'elle renferme, projeter des lumières et verser des consolations sur l'âme de l'ouvrier. L'histoire des saints a converti

beaucoup d'esprits à la vérilé, dans tous les siècles; qui sait si l'histoire de saint Joseph n'en fera pas autant?

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