‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 27 sur 79 · Genèse, xlix · texte numérisé non relu

Genèse, xlix

dans l'Eglise, les succès de l'un sont toujours le signal des succès de l'autre ; ils avancent en se donnant la main. C'est pourquoi saint Joseph est en honneur chez nos contemporains. A la prière des pasteurs et des fidèles, le pontife romain lui a décerné le titre de protecteur de l'Eglise, en ces jours troublés oîi l'épouse de Jésus-Christ est en butte à la persécution dans les deux mondes, et oîi tout secours humain lui fait défaut au milieu des défaillances générales. En même temps le Mois de saint Joseph est entré dans les habitudes la piété chrétienne ; il achève ce parallélisme de gloire que nous avons vu exister toujours entre Marie et Joseph.

Cependant on lui dédie de toutes parts des temples magnifiques; ses statues sont couronnées au fond des sanctuaires ; on organise des pèlerinages qui vont le visiter dans les lieux qui lui sont le plus spécialement consacrés; des institutions, créées pour protéger l'enfance, l'infortune ou la vieillesse, le choisissent pour patron; la littérature répand son histoire, dans toutes les langues et dans tous les formats; l'éloquence se plaît à présenter aux auditoires le tableau de ses vertus; ses fêtes sont célébrées avec un éclat toujours plus grand. Evidemment, nous assistons à un réveil de l'antique piété des peuples envers le vénérable patriarche de Nazareth. Dieu

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qui nous aime encore, nous a dit : Allez à Joseph. Nous nous sommes émus à cette invitation ; et nous sommes à ses pieds, le conjurant de s'occuper de notre situation. C'est une des consolations de l'heure présente.

L'actualité de la dévotion envers saint Joseph a une autre cause qu'il importe de signaler ici. L'ouvrier moderne donne de l'inquiétude à la société. La société est un corps qui se porte rarement tout à fait bien; il y a toujours chez elle quelque organe endolori. Tantôt ce sont les Pastoureaux qui, fatigués de garder des moutons , tournent contre la civilisation la pointe de leur houlette. Tantôt ce sont les Jacques qui se révoltent contre les seigneurs et portent la dévastation dans leurs manoirs. Voici les Maillotins qui sortent de leurs boutiques et mettent Paris èfeu et à sang, pour ne pas payer l'impôt du commerce. Les politiques sont sujets à caution; ils ont fait la Ligue pour tout de bon et la Fronde pour rire ; ils ne devaient pas s'arrêter là. Les savants vont toujours mal : ils sont atteints d'une affection chronique qui s'appelle l'orgueil et qui dégénère quelquefois en folie ; assez ordinairement courroucés contre Dieu, ils sèment

des vents et nous moissonnons des tempêtes.

Aujourd'hui, dansnotrc paysde France principalement, la société entière est malade. Des pieds à la tête il n'y a pas chez elle uno seule partie saine; ceux qui la regardent ne reconnaissent plus la nation très-chrétienne. Cependant on est d'accord pour déclarer que l'ouvrier est surtout démoraUsé. L'ouvrier est l'enfant prodigue de la maison. Il a pris son héritage : j'appelle de ce nom la foi de son baptême, ses vertus traditionnelles, son respect pour la hiérarchie sociale, son amour du travail, surtout sa résignation joyeuse à la destinée que Dieu lui avait faite. Il s'est brouillé avec l'Eglise qui l'avait élevé sur ses genoux; il a dissipé ses trésors à travers des aventures sanglantes qui n'ont profité qu'à l'ambition des chefs qui le poussent au crime : voilà la plaie. Qui la guérira? Saint Joseph est le père des chrétiens : son cœur rayonne sur tous ses enfants. Mais c'est le droit des pères d'avoir comme des préférences d'amour pour ceux qui souffrent àleurs côtés et dont lavie est en danger. Il nous est permis de croire que saint Joseph regarde l'ouvrier moderne avec une compassion plus vive. Sa puissante intercession s'exercera surtout pour lai auprès de Dieu.

D'ailleurs nous ne pouvons pas oublier que saint Joseph fut ouvrier sur la terre. C'est le ca-

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ractère qui en fait le patron naturel de notre génération, etqui explique lapopularité plus grande dont il jouit dans notre temps. La question ouvrière est à l'ordre du jour : tous les esprits s'en préoccupent; toutes les sollicitudes vont de ce côté. Quoique l'intérêt fasse ici plus de frais encore que le dévouement pur, il faut s'en réjouir. Mais on n'avance pas. On ditque l'exemple vaut mieux que la théorie : on dit vrai. Saint Joseph est tout ensemble une théorie et un exemple. Il est le travail modeste qui souffre sans se plaindre, qui rend des services sans bruit et s'ensevelit dans ses mérites ; il est le travail fécond jusqu'au miracle dans les destinées du genre humain; il est le travail glorifié par la reconnaissance des âges ; il est le travail transfiguré au ciel. Cet idéal réel, placé sous les yeux de l'ouvrier qu'on égare avec des doctrines insensées et des promesses décevantes, pourra éclairer plus d'un aveugle et avertir plus d'un imprudent. C'est cet espoir qui me décide à étudier en détail les principales circonstances de la vie de saint Joseph, à la gloire de Dieu, à la louange du vénérable patriarche, et au profit de ceux qui liront ce que j'écris.

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