‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 29 sur 79 · Isaïe, vu, 14. — 2. Luc, i · texte numérisé non relu

Isaïe, vu, 14. — 2. Luc, i

SAINT JOSEPH DANS l'ÉGLISE. 31

mais parce qu'elles sont faites l'une pour l'autre, elles se disent réciproquement et à la fois : Viens.

Marie et Joseph obéirent à une loi supérieure à celle de la nature. On dirait que l'amour humain n'a pour but que lui-même ; dans sa pensée c'est souvent ainsi, et il s'est fait accuser de n'être qu'un égoïsme déguisé. Mais Dieu en décide autrement: Dieu a toujours raison. Marie et Joseph cédèrent à un autre mobile que j'appelle la prédestination.

Ils étaient tous les deux de la royale tribu de Juda et de lamaison de David; ils avaient choisi le Seigneur pour leur partage etils ne semblaient pas avoir d'autre ambition. Marievenait du temple où son adolescence s'était écoulée à l'ombre de l'autel, cachée comme la colombe des Cantiques dans les rochers de Sion, visitée des anges, et caressée parl'Esprit-Saint qui l'emportait sur ses ailes et ne la ravissait à la terre que pour la lui rendre parée de vertus nouvelles. Joseph venait de Nazareth, l'humble bourgade que l'Evangile nomme une cité, et qui n'avait pas fait jusque-là grand bruit dans l'histoire. Il sortait de son atelier, obscur théâtre où se déployaient sans témoins ses qualités émincntes; il n'apportait à sa fiancée que son nom, ses bras et son cœur. Jamais deux âmes plus belles ne s'étaient

rencontrées sous les bénédictions de Dieu. Adam et Eve, ornés d'innocence et de grâce au sein des délices du Paradis, au milieu des magniûcences delà création naissante, sous un ciel sans nuages, au bord des eaux dont le murmure célébrait leur hymen, parmi des fleurs qui semblaient heureuses de leur envoyer leur encens et de s'incliner sous leurs pas, ne sauraient leur être comparés. Hélas! ils allaient compromettre les destinées du monde. Marie et Joseph s'unirent pour les réparer.

Saint Joseph n'était pas un époux vulgaire. En lui conférant cette dignité, Dieu lui avait donné une mission sublime dont le monde ne parle pas avec assez de respect, parce que ses instincts grossiers ne lui permettent pas de comprendre les choses d'en haut. L'ouvrier chrétien à qui je m'adresse élèvera ses pensées pour écouter cette histoire inefl'able.

La Vierge Marie était destinée à une maternité miraculeuse dans laquelle le Saint-Esprit devait seul intervenir. Cela ne s'était jamais vu. Le prodige ne devait se produire qu'une fois au centre des âges ; il correspondait à un autre prodige, unique aussi, qui est rincarnation du Verbe:

il convenait qu'ils s'accomplissent ensemble. Etant donné que le fils de Dieu consentait à avoir une mère mortelle, cette mère devait être vierge. Il y a des harmonies de sons; il y a des harmonies d'idées; on saisit les premières avec l'oreille, les secondes avec le cœur.

Mais en accordant à la Vierge Marie des prérogatives sans égales, il ne fallait exposer ni sa réputation ni sa vie. Ce double malheur était inévitable, car la prophétie d'Isaïe avait été détournée de son sens naturel; les filles d'Israël recherchaient l'alliance des hommes, avec l'espoir secret d'être les mères du Messie attendu. Le mariage angélique de Marie et de Joseph arrêta les soupçons de l'opinion et les peines de la loi. Saint Joseph étendit son ombre sur l'existence de Marie, comme le chérubin d'or couvrait de ses ailes le propitiatoire de l'arche où étaient enfermées les tables delaloi etlamanne du désert. Marie n'était-elle pas l'arche du Nouveau-Testament? Ne portait-elle pas celui qui était la loi véritable et le pain vivant descendu des cieux?

C'est presque une témérité d'exposer les délicatesses du dogme catholique à un siècle comme le nôtre. L'Ecriture nous avertit quelque part qu'il ne faut pas jeter les choses saintes aux chiens * ; mais les parfums qu'on mêle à une atmosphère

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