‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 30 sur 79 · Matthieu, vu · texte numérisé non relu

Matthieu, vu

empestée peuvent l'assainir, et aider les âmes pures à la respirer avec moins de danger. J'ai soulevé d'une main trem])lantc un coin du voile qui couvre le mystère, pour laisser entrevoir la grandeur morale de saint Joseph, sans me dissimuler qu'ici il ne saurait être un modèle.

Cependant saint Joseph sut remplir les devoirs que la nature prescrit à un époux digne de son rôle. Il aima Marie : il l'aima avec respect. L'amour et le respect s'excluent pour ceux qui ont étudié le cœur humain dans la philosophie des romans ; en réalité, il n'y a pas d'amour vrai, et partant durable, sans respect. C'est le respect qui garde l'amour, quil'empêche de dégénérer en ivresse et de mourir de ses excès. Saint Joseph aima Marie avec désintéressement. Il ne lui demanda que l'honneur de la suivre et la douceur qu'il goûterait à être témoin de ses vertus : à proprement parler, l'amour c'est le don gratuit de soi. Il l'aima d'un amour constant. L'amour est éternel ou il n'existe pas ; quand il. s'en va il n'est pas lui. Un moment, un nuage glissa au firmament qui se déployait sur ces deux âmes fraternelles. Saint Joseph ne comprenait pas la maternité de Marie et déjà il songeait à

la quitter ; l'ange du Seigneur Féclaira, et son cœur continua à rayonner sur elle : sa fidélité ne connut pas de défaillances. Enfin il l'aima d'un amour généreux. Il travailla pour la nourrir; il l'accompagna dans ses voyages, à Bethléem, à Hébron et au temple de Jérusalem ; il la sauva des périls; il la guida dans les ombres dolanuit à travers la solitude; il charma son exil; il la ramena dans sa patrie à l'heure marquée par la Providence. Ici saint Joseph se rapproche de l'humanité : je le propose à l'imitation de l'ouvrier chrétien.

Avant tout, que l'ouvrier connaisse la dignité du mariage. Le mariage est plus qu'un contrat : il estun sacrement. Le concours de deux volontés humaines suffît pour un contrat ; l'intervention de Dieu est nécessaire pour le sacrement.

Il ne faut pas chasser Dieu du mariage, car c'est lui qui l'a institué au commencement. Quand il eut créé la vie, il ne l'abandonna pas aux caprices du hasard ; ce n'était pas conforme à sa sagesse. Il la soumit à une loi qui devait régler son mouvement, et prévenir des écarts qui en auraient vite compromis la durée. Ce qui est vrai de la vie en général, l'est surtout de la vie

qui bouillonne dans les entrailles de l'humanité, car cette vie c'est l'amour. L'amour allait porter le monde à sa plus haute puissance, ou le faire sombrer dans le sensualisme à bref délai. Mais Dieu veillait sur son œuvre. En conséquence, il unit de ses propres mains l'homme et la femme qu'il avait tirés du néant; il procéda avec une solennité dont la Bible a gardé l'empreinte. Après avoir béni les airs, les eaux et la terre, il se tourna vers les époux qui palpitaient sous son regard, et il leur donna la bénédiction nuptiale, en leur disant : Cy^oissez et multipliezvous ; remplissez l'univers que je soumets à votre empire^. Depuis ce jour, le mariage est demeuré pour tous les peuples un rite sacré, destiné à perpétuer à travers les âges la part de Dieu dans l'acte auguste qui continue l'acte créateur.

C'est pourquoi ni les patries ni les religions ne se sont nulle part désintéressées du contrat de mariage. Ces deux majestés, qui représentent Dieu et l'hnmanité, se rencontrent invariablement au pied de l'autel, quand les enfants de la cité viennent y prononcer leurs serments, y déposer leur couronne et y puiser l'espérance d'une félicité qu'ils savent ne pouvoir leur arriver d'ailleurs. C'était le seul moyen de rendre le mariage honorable *, et de le distinguer de la

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