‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 50 sur 79 · Exod , xxxvi-xxxix · texte numérisé non relu

Exod , xxxvi-xxxix

siècles des siècles. Leurs chefs-d'œuvre ont péri; mais la Bible nous en a conservé le dessin : il suffit à leur gloire. Ils sont les ancêtres vénérables des artisans chrétiens. Bénis soient tous ceux qui, en continuant sur la terre leur modeste profession, resteront les héritiers de leurs vertus, comme ils le sont de leurs procédés.

Hiram de Tyr se mêle à l'histoire de la construction du temple de Salomon.Fils d'une pauvre veuve, delà tribu de Nephthali, et d'un père tyrien, il avait reçu du ciel la flamme du génie. Il était célèbre dans tout l'Orient, et le roi Salomon le demanda au roi Hiram : tous les deux semblaient se le disputer. Déjà Hiram avait envoyé à Salomon des cèdres du Liban et des pierres extraites de ses carrières ; en même temps il lui avait cédé des hommes pour tailler ces magnifiques matériaux : aucun n'est nommé. Pour mettre le comble à ses faveurs, il lui envoya son grand ouvrier.

Hiram travaillait sur l'airain ; il était plein de sagesse, d'intelligence et de science pour tous les travaux qu'on exécute avec ce métal. Il fit les deux fameuses colonnes dont l'ornementation est décrite avec détail, et comme avec complaisance, au IIP livre des Rois. Il fit encore une mer de fonte, avec des moulures, posée sur douze bœufs tournés, trois à trois, vers les

quatre points cardinaux. Il fit ensuite les socles des bassins: ils étaient composés de plusieurs pièces ; et parmi les couronnes et les entre-lacs, il y avait des lions, des bœufs et des chérubins. D fit enfin des marmites, des chaudrons et des cuves *.

Cet inventaire des œuvres d'Hiram a son éloquence ; rien n'est petit pour la Bible qui va du chapiteau à la marmite, avec la même religion, Hiram est placé dans l'histoire entre deux majestés qui ne Téclipsent pas. Salomon porte sa gloire, avec la sienne, jusqu'à la postérité la plus reculée. Hiram de Tyrnele surpasse pas en célébrité. Le roi et l'ouvrier ont le même nom : c'est le seul point par lequel ils se ressemblent. Sur tout le reste, l'espace qui les sépare est immense ; cependant ils sont associés dans la même immortalité : le ciseau de l'ouvrier égale le sceptre du monarque.

Ceci est écrit en l'honneur du métier. Mais je ne veux pas caresser l'orgueil de certains travailleurs qui, dans leur pensée, s'élèvent audessus de toutes les supériorités. Ceux qui liront ce livre sauront où il faut aller chercher la noblesse du métier; ils s'en rapporteront à Moïse, plutôt qu'aux illuminés de la secte qui fait tant de fous.

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