CHAPITRE VINGT-UNIEME
Sommaire : Saint Joseph: les dernières années de sa vie. —Ses grandes infilrmités et les soins que lui prodiguait sa divine Epouse,
C'est un défaut commun à presque tous ceux qui ont été appelés à la lumière et à la profession de la sainte foi, et aux disciples qui devraient suivre Jésus-Christ, de chercher en lui le Rédempteur qui nous délivre de nos péchés plutôt que le Maître qui nous enseigne par son exemple à souffrir les afflictions. Nous voulons tous jouir du fruit de la Rédemption ; nous demandons tous que le Réparateur nous ouvre les portes de la grâce et du ciel, mais nous ne nous soucions pas autant de le suivre dans le chemin de la croix, par lequel il est entré dans sa gloire, et dans lequel il nous invite à marcher pour arriver à la nôtre. Sans doute les catholiques ne tombent pas à cet égard dans les erreurs grossières des hérétiques, car tous avouent que sans les
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Sortons de cette erreur manifeste et soyons bien persuadés que la souffrance a été dévolue non-seulement à Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais à nous aussi; et que s'il a enduré tant de peines et subi la mort comme Rédempteur du monde, il nous a en même temps enseigné à tous, comme Maître, à porter sa croix. C'est à ses amis ‘qu'il la communiquée, de sorte que ses plus g'anuds favoris en ont reçu une plus grande part et ont pu ls porter plus souvent ; personne n'est entré dans le ciel (étant en état de pouvoir le mériter pendant sa vie) qu'il ne l'ait mérité par sos œuvres. La Mère da Dieu, les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges, tous ont marché par les: voies des afflictions et ceux qui
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les ont embrassées avec plus de générosité obtiennent une plus grande récompense et une plus riche couronne. ‘ Que si cet adorable Seigneur est le plus vif et le plus merveilleux exemplaire de la souffrance, on ne doit pas pousser la témérité jusqu'à dire ques'il a souffert comme homme il était à la fois Dieu tout-puissant, et que, par conséquent, il a offert à la. | faiblesse humaine plutôé un sujet d’admiration que-
d'imitation : car le Sauveur de nos âmes renversecette excuse per, l'exemple de sa très chaste Mère et. de saint Joseph, et par celui de tant d'hommes et. de femmes aussi faibles et moins coupables que nous, qui l'ont imité et suivi par le chemin de la croix . en effet, le Seigneur n'a pas souffert seulement pourexciter notre admiration, mais Pour nous proposerun exemple admirable et imitable en même temps :. sa divinité ne l'a pas empêché de ressentir les peines; au contraire, plus il était innocent, plus il était. sensible à la douleur.
Il conduisit par ce chemin royal l'Epoux de sa. très pure Mère, saint Joseph, qu'il aimait plus que tous les enfants des hommes ; et, afin d'accroître ses. mérites et d'embellir sa couronne pendant le temps qui lui était accordé pour s'en rendre digne, ce divin Sau-veur lui envoya dans les dernières années de sa vie diverses maladies, des fièvres, de’ violentes migraines,
des rhumatiomes aigus par tout le corps qui le tourmentèrent et l'affaiblirent extrémement; outre ces. intirmitée, il PAssa par une autre souffrance, plus douce et à la fois pins vive, qui résultait de la force de l'amour dont il tait embrasé: car cet amour était, si ardent, et il jetait maintes fois le saint patriarche dans des transports si Véhéments, si irrésistibles, que son très pur esprit aurait rompu les chaînes du corps sans le secours spécial que le même Seigneur, qui les lui causuit, se plaisait à Jui ménager pour qu'il ne succombât point à cette douleur. Mais Dieu lui laissait
‘inestimables mérites,
supplice qu'il endurait,
mais aussi à cause de l'amour qui le lui faisait endurer.
Notre grande Reine, son Epouse, était témoin de.
tous ces mystères, comme je l'ai dit ail-.
qu'elle ne
adies; elle mesurait et.
pesait toutes les douleurs qu'elles apportaient au grand
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patriarche sans qu'on l'entendit jemais se plaindre soupirer ni demander aucun soulagement soit dans ses souffrances, soit dans sa faiblesse, soit dans 8-8 divers besoins: car il supportait tout avee une résignation et une magnanimité incomparables. Or, comme sa très prudente épouse découvrait tout cela ainsi que la valeur et le mérite de tant de vertus que le Saint pratiquait, elle conçut une si grande vénération pour lui, qu'il n'est pas possible de la dépeindre. Elle travaillait avec une joie ingroyable, afin de mieux le nourrir et de mieux le soulager, quoique pour lui le plus grand régal consistât en ce qu'elle-même lui apprétait et lui servait à manger de ses mains virginales. Mais, de son côté, tout ce qu'elle fai-ait elle l'estimait fort : Peu, eu égard aux besoins de son Epoux, et surtout au grand amour qu'elle Jui portait. C'est pourquoi elle usait assez souvent du pouvoir de Reine et Mai. tresse de toutes les créatures; et elle commandait quelquefois aux aliments qu'elle apprêtait pour son saint malade de lui donner des forces et de lui rendre l'appétit, puisque c'était Pour conserver la vie du saint, du juste et de l'élu du Très-Haut.
Les choses se passaient suivant l'ordre de notre auguste Souveraine, à laquelle obéissaient toutes les créatures; aussi, quand saint Joseph mangeait et res: sentait les douces bénédictions et les merveilleux effets’
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de ces aliments, disait-il à la Reïne du ciel: « Noble Epouse, quels aliments de vie sont cetx-ci qui me vivifient avec tant d'efficace, me réveil. + l'appétii, rétablissent mes forces et me remplissent June nouvelle consolation ?» La Reine du ciel le servait À genoi x ; lorsque ses douleurs #ugmeninient, ile le d'ehrusenit en la même posture, et d:.. ses lon:
tenait et l’aidait avec une tendresse adm rahla, L'humble Saint faisait tous ses eflorts pour em;-her son Epouse de prendre cette pei mais «(tait toujours
elle ne le quitta ni le
it; et si quelquefois elle s'en écartait,
ce n'était que pour servir son Très Saint Fils qui se joignait à sa mère Pour assister le saint patriarche, excepté lorsqu'il lui fallait s'employer à d'autres œuvres. De sorte que nous pouvons dire qu'il n'y a eu et qu'il n'y aura jamais de malade aussi bien servi, soigné et soulagé. Et par là l'on peut voir combien le bonheur et les mérites de saint Joseph furent
grands; car lui seul a mérité d'avoir pour Epouse Celle qui a été l’Epouse du Saint-Esprit.
La bienheureuse Marie ne satisfaisait point son affection pour saint Joseph par tous les services dont nous venons de parler; elle tâchait encore de le soulager et de le consoler par d'autres moyens. Quelquefois elle priait le Seigneur, avec la plus ardente charité, de délivrer son Epoux de ses douleurs et de | les lui envoyer à elle-même. Dans cette demande elle se croyait digne de toutes les peines des créatures, dont elle se regardait comme la dernière, et c'est ce qu'elle alléguait devant le Très-Haut; elle Jui représentait que sn dette était plus grande que celle de tous les vivants ensemble, et qu'elle ne lui rendait pas le retour qu'elle lui devait (1); en expiation, elle lui offrait un cœur préparé à toutes sortes d'affictions et de douleurs. Elle alléguait aussi la sainteté, la pureté et la candeur de saint Joseph, et les délices que le Seigneur prenait dans ce cœur si conforme à celui de ea Majesté. Elle le priait de le combler de ses bénédictions et lui reudait des actions de grâces d'avoir créé un homme si digne de ses faveurs et si rempli
(1) Ne cherchons point à comprendre ici:bas les sentiments de cette incomparable Reine de l'Humilité: Elle nous les fora comprendre un jour, Elle-même, là-haut, dans le séjour de la gloire!
de sainteté et de droiture. Elle recommundait aux Anges de l'en louer et 8lcrifier, et, considérant la gloire et la sagesse du Très-Haut en ses œuvres, elle le bénissait par de nouv
autre côté, connaissant ses mérites et les complaisanes que son adorable Fils y mettait, elle se réjouissait de la patience du Saint et en exaltait le Sei- &neur; de sorte que notre auguste Reine pratiquait ‘dans toutes ses œuvres, et dans l'intelligence qu'elle “en avait, divers actes de vertu qui répondaient à cha- <une de ces mêmes Œuvres; mais ces actes étaient tous si sublimes et si éminents, que les esprits angéliques eux-mêmes en étaient ravis d'admiration. Avec leur ignorance, les mortels Pourraient être ravis encore de voir qu’une créature humaine donnât la pléaitude à tant de choses différentes et que les soins de Marthe n'empéchassent point la contemplation de Marie, étant en cela semblable aux Anges qui nous “assistent et nous gardent sâns perdre de vue le Très- Haut: mais la très pure Epouse les surpassait en cette attention, car elle travaillait en même temps par les organes corporels, dont eux sont privés; fille terrestre d'Adam et esprit céleste, elle se trouvait