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CHAPITRE VINGT-QUATRIEME

Sommaire: LA MORT.—Le moment redoutable de la mort, — La mort des pécheurs, très mauvaise. — La mort

. des justes, précieuse devant Dieu. — Saint Joseph, Patron de la Bonne Mort,

Après avoir révélé la suréminente sainteté de son admirable Epoux, Saint Joseph, l'auguste Reine du Ciel, donne à la vénérable Marie d'Agréda l'instruction suivante que nous exhortons vivement nos pieux Lecteurs à lire attentivement et à méditer souvent, afin d'éviter à la mort, le malheureux sort des âmes impénitentes, et d'avoir part à la douce tranquillité des

âmes pénitentes et vraiment chrétiennes :

« Ma très chère fille, il n’est pas fort extraordinaire

que votre cœur ait été ému de compassion à l'égard de ceux qui sont à l'article de la mort, et animé d’un désir particulier de les assister en cette dernière heure; car il est vrai, comme vous l'avez compris, que

les âmes soufirent alors des peines incroyables et courent les plus grands dangers, tant à cause des embuches du démon, qu'à cause des impressions des objets visibles et des sentiments de la nature elle-même. C’est en ce moment que le procès de la vie est vidé, et que la dernière sentence de mort ou de vie éternelle, de peine ou de gloire, est Prononcée; et comme le Très- Haut se plait à seconder ce désir charitable qu’il vous a& donné, je veux, pour vous aider à le réaliser, l'augmenter en vous, et je vous récommande de concourir de toutes vos forces à la grâce et de faire tous vos. efforts pour nous obéir. Sachez donc, ma fille, que lorsque Lucifer et ses ministres de ténèbres reconnaissent par les accidents et par les causes naturelles queles hommes sant atteints d'une maladie mortelle, ils s'arment aussitôt de toutes ieurs ruses pour attaquer le pauvre malade rempli d’ignorance, et pour tâcher de l'abattre par diverses tentations ; et comme ces ennemis voient qu'il ne leur reste plus guère de temps pour persécuter son âme, ils y veulent suppléer en redoublant leurs efforts, leur rage et leur malice.

Ils s'unissent tous à cet effet, comme des loups carnassiers, et cherchent à reconnaître de nouveau l’état. du malade, par ses qualités naturelles et acquises ; ils. étudient ses inclinations et ses habitudes, et par quel endroit ils le trouveront plus faible, afin de l'assailliy-

par là avec plus de violence. Ils persuadent à ceux qui ont un amour dérég'é pour la vie, que le péril n'est pas si grand; ils empêchent qu'on ne les détrompe, Îls inspirent de nouvelles tiédeurs à ceux qui ont été négligents à fréquenter les sacrements, et leur suggèrent de plus grandes difficultés, afin qu'ils meurent sans les recevoir, ou qu'ils les reçoivent sans fruit et avec de mauvaises dispositions. Ils jettent les uns dans une honte funeste pour qu'ils ne découvrent point leurs péchés. Ils troublent et embarrassent les autres pour quils ne satisfassent point à leurs obligations, et qu'ils ne se mettent point en peine de décharger leur conscience. Ils excitent les orgueilleux à ordonner à leurs héritiers, même en cette dernière heure, de faire après leur mort une foule de choses pleines de vanité et d'ostentation. Ils portent les avares et les sensuels à se rappeler les objets de leurs passions aveugles. Enfin, ces cruels ennemis ge servent de toutes les mauvaises habitudes des malades pour les attirer dans le précipice et pour leur rendre le retour difficile ou impossible. De sorte que tous les actes qu'on a commis pendant la vie et par lesquels on a contracté des habitudes vicieuses, sont comme les trophées et les armes offensives dont l'ennemi commun se sert pour combattre les hommes en cette heure formidable de la mort; car tous les appétits

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désordonnés qu'on a satisfaits sont alors comme autant de brèches par où il entre dans le château de l'âme, pour y répandre son. mortel venin, et y amener des ténèbres épaisses, effet naturel de sa présence, atin qu'elle rejette les inspirations divines, qu'elle n ait aucune véritable douleur de ses péchés, et qu'elle finisse une vie mauvaise dans l'impénitence.

Ces ennemis causent généralement de grands dommages en cette heure, par l'espérance trompeuse qu'ils donnent aux malades d’une plus longue vie, et en leur faisant accroire qu'ils pourront exécuter plus tard ce que Dieu leur inspire alors par l'organe de ses Anges : fatale illusion qui trop souvent les perd. Le danger de ceux qui ont négligé pendant leur vie le remède des sacrements est aussi formidable à l'heure suprême; car la j'stice divine punit ordinairement ce mépris qui est horrible au Seigneur et aux Saints, en abandonnant ces âmes imprudentes entre les mains de leur mauvais conseil. En effet, puisque, loin de vouloir profiter du remède efficace au temps propice, elles n'ont fait que le dédaigner, elles méritent par un juste jugement d'être dédaignées à leur tour en cette dernière heure, jusqu'à laquelle elles ont différé par une folle assurance de s'occuper de leur salut éternel. Il y a fort peu de justes que l'antique serpent n'attaque avec une fureur incroyable quand ils sont dangereusement malades. Et s’il prétend

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alors vaincre les plus grands saints, que doivent es, > rer les négligents et les vicie qui ont employé tou-

raient se prévaloir contre leur ennemi ? Mon saint Époux Joseph fut un de ceux qui jouirent du privilège de ne point voir le démon dans cette extrémité ; car, lorsque <es esprits de ténèbres voulurent s'en approcher, ils se sentirent arrêtés par une force irrésistible, et les Anges les précipitèront ensuite dans les abir.es infernaux où ils éprouvèrent un accablement si affreux (selon notre manière de concevoir ces choses-là) qu'ils en furent tout troublés et tout stupéfaits.

Vous comprendrez par là Je danger imminent où l’on se trouve à l’heure de la mort, et combien d'âmes périssent en ce moment, auquel les mérites et les péchés des hommes commencent à produire leur fruit. Je ne vous Céclare point le grand nombre de ceux qui se perdent, Parce que le connaissant et ayant un véritable amour pour le Seigneur, vous en mourriez de douleur; mais vous devez savoir qu'en règle générale ne bonne mort suit une bonne vie, et que dans les autres cas elle est fort incertaine, fort rare et fort <hanceuse. Le plus sûr moyen d'arriver au but, c'est . de se mettre tôt à Courir; ainsi je vous avertis de regarder désormais chaque jour de votre v'e, comme s’il

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en devait être le dernier, puisque vous ne savez pas si vous arriverez au lendemain, et de préparer votre fime de façon que vous puissiez receroir la mort avec joie quand elle se présentera. Ne différez done pas un instant de vous repentir de vos péchés, et de prendre le parti de vous en confesser aussitôt que vous vous en apercevrez; corrigez en vous jusqu'à la moindre imperfectivn, et faites en sorte de ne laisser subsister dans votre com.-ience aueune tache qui puisse la souiller sans la laver de vos larmes, sans vous en purifier par le sang de Jésus-Christ, mon très-saint Fils, et sans vous mettre en état de pouvoir paraître devant le juste Juge qui doit vous examiner, et juger jusqu'à la plus petite de vos pensées et au moindre mouvement de vos puissances,

Si vous voulez aidez comme vous le souhaitez, ceux qui sont en cette dangereuse extrémité, commencez par conseiller ce que je viens de vous dire, à tous ceux

. que vous pourrez, et par leur faire entendre que pour

obtenir une bonne mort, ils doivent vivre soucieux de leur âme. En outre, vous prierez tous les jours à cette intention sans l'oublier jamais, et vous supplieres le Tout-Puissant de détriure les embuches que Jes démons dressent contre les agonisants, et de les confondre tous par sa divine Droite. Je faisais, vous le savez, cette même prière pour les mortels ; c’est pourquoi

vous les devez chasser pour ss plus grande gloire (1). »

Cette doctrine de la terrible irrertitude du salut, à l'heure de-ls mort, pour les chrétiens négligents, pour Ceux surtout qui ont vécu toute leur vie dans des habitudes criminelles, est clairement enseignée dans l'Evangile. Les Apôtres l'ont rappelée aux premiers

Chrétiens et tous leurs successeurs, dans le ministère de la parole, l'ont préchée, comme eux à travers tous les âges. Au siècle dernier (2), deux Apôtres surtout, deux grands saints ont prêché cette même doctrine <t leurs enseignements écrits servent encore à la conversion de beaucoup d'âmes.

Saint Alphonse de Liguori dont les Ecrits ont été si spécialement approuvés par l'Eglise, ne cessait de rappeler aux pécheurs d'habitude, aux impénitents le

(1) Ici finit la vie de saint Joseph, estraite textuellement de la « Cité mystique, »

(2) 18° Siècle.

270 VIE DE S. JOSEPH A triste état de leur pauvre âme et les frayeurs terribles qu'ils se préparaient à l'heure de leur mort, — Une des plus tristes suites du péché originel, c'est notre lamentable inclination su péché. Car, au témoignage de l'Esprit-Saint lui-même: «les sentiments et les. pensées du cœur de l’homme sont inclinés au mal dès sa jeunesse (1). »

« Vu cette triste fragilité, dit le Saint, je demande : Que direz-vous d'un voyageur qui, devant passer la mer par une grande tempête et dans une barque à demi-rompue, voulût, en outre, ‘la charger d'un poids tel qu'il suffirait à lui seul, sans tempête, pour faire couler à fond, la barque la plus solide. Quel pronostic feriez-vous sur la vie de cet homme ? ... Eh bien ! continue ce grand Saint, dites la même —

d'un pécheur d'habitude : devant passer la mer de ce monde, mer orageuse où tant d'infortunés font naufrage dans une barque qui tombe en ruine, c’est-à-dire la. chair à laquelle nous sommes unis, il veut encore la. charger de péchés habituels, il lui sera bien difficile de se sauver ; car, la mauvaise habitude aveugle: l'esprit, endurcit le cœur et mène ainsi directement. à l'impénitence finale ... »

Saint Léonard de Port-Maurice, cet autre Missionnaire qui a passé plus de quarante ans de sa vie

(1) Gen. vin, 21)

religieuse, dans le rude labeur des Missions pour le salut des âmes, saint Léonard posait ainsi la redoutable question du salut, à ceux qui prétendent se convertir à la mort, après une abominable vie passée dans tous les désordres : « .,. Pécheurs d'habitude, vous qui, non seulement morts à la grâce, mais en“evelis dans le péché comme dans un suaire, gisez dans le tombeau du vice, écoutez-moi ce matin(1) : je vais, non sans effroi, vous montrer qu’un pécheur esclave d’habitudes vicieuses se convertit difficilement : 1° parce que, aveuglé dans son esprit, il ne verra jamais, sans un grand miracle, le danger qu’il court : 2° parce que, immobile dans son sépulcre, c'est-à-dire endormi dans sa volonté, il n'aura pas la force, sans un insigne wiracle, de fuir le danger : 3° parce que Dieu ne va pas faire de miracle pour le convertir. — Après avoir prouvé la première de ces trois vérités, le Saint passe à la seconde, où il parle ainsi : « ... Pour aller au fond de la question, appuyons-nous sur les enseignements de la philosophie tant naturelle que morale. L'un et l'autre posent ce principe, que les mœurs suivent le tempérament (2). Tout l'auditoire étant d'accord sur ce principe, le saint missionnaire conclut de cette manière :

(1) Dans son sermon du pécheur d'habitude, (2) Mores sequuntur :temperamentum.

« Laissez-moi maintenant formuler mon argument, Un tempérament sanguin et bouillant, par exemple, a peine à se contenir, parce qu’il est naturellement enclin au plaisir, n'est-il pas vrai? Or si à cette inclination naturelle vous ajoutez l'habitude des plaisirs deshonnétes, comment vous contiendrez-vous ? comment serezvous chaste ? J'en demande pardon aux philosophes et aux théologiens, ils ne montrent pas toute la force de l'habitude en affirmant simplement que c'est une seconde nature, ce n'est Pas assez dire; pour moi je ne crains pas d'avancer qu'uné mauvaise habitude, régulièrement parlant, est une seconde nature renforçant ls première, que c’est une inclination plus forte surajoutée à une autre, qui l'était déjà. Si vous ajoutez une pente à une autre, qu'avez-vous ? un précipice : de même si à une inclination naturelle vous ajoutez une autre inclination, fruit d’une mauvaise habitude, qu'aurez-vous ? une quesi-nécessité. C'est saint Bernard qui vous le dit.

Remarquez, pécheurs consuétudinaires, remarques cette pente rapide par laquelle vous descendez en enfer: la nature est‘ déjà gâtée, le premier péché la gêâte encore davantage ; si vous multipliez les péchés, l'habitude s'engendre, la mauvaise habitude forme une quasi-nécessité, la nécessité rend le retour sur soimême moralement impossible ; l'impossibilité vous ôte

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a m— à vous-même l'espoir de vous smender, et le désespoir vous pousse en eufer, si Dieu, par un miracle de miséricorde extraordinaire ne vous tend la main pour vous retenir. »

Mais Dieu fera-t-il ce miracle, pour une âme toute noire d'ingratitude qui a horriblement abusé, toute sa vie, de sa grâce divine et qui a entraîné avec elle; vers l'abîime tant d'autres âmes, et par ses paroles et ses scandaleux exemples ? ... Ecoutons, dit encore ici saint Léonard, écoutons la formidable sentence que saint Jérôme, déjà vieux et touchant à la tombe, laissa en héritage à ses disciples : « Sur cent mille qui ont toujours vécu dans le péché, à peine un seul obtient-il de Dieu

son pardon à le mort, et se sauve (1)1»

(1) Vix de eentum millibus, quorum mala semper vita fuit, meretur

in morte a Deo habere indulgentiam unus, : :

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