Saint Joseph
En les publiant aujourd'hui (1), je cède aux pressantes instances d'une intelligente et précieuse amitié qui juge ces pages capables de faire quelque bien.
C est en cette intention qu'elles ^'oient le jour.
S' il est besoin de jistifier l'opportunité de cet te publication, je citerai les lignes, que réniincnt cardinal Perraud écrivait^ naguère, à la preniivre page des Elévations à saint Joseph, du Pire Largent: a Plus les temps deviennent difficiles, plus nous avons besoin de grands esprits, de grands cœurs, de grandes volontés ! Allons donc... à V école de saint Joseph, qui fut si grand
(1) Elles ont paru d'abord dans l'excellente Revue lAmi du Clergé.
dans son humilité, dans son désintéressement^ dans son dévouement absolu à la personne de Jésus. »
Les temps sont plus mauvais qu'à V époque^ déjà lointaire oii V illustre évêque d'Autun conviait les fidèles à se mettre à l'école du père nourricier de Jésus ses conseils n'ont donc rien perdu de leur actualité.
Jamais, au contraire, nont été plus urgents le recours à saint Joseph ^ l'étude de sa vie toute de dévouement^ et V imitation de ses héroïques i>ertus.
Le 23 janvier 1907.
En la fête des Fiançailles de Marie el de Joseph.
FILIUS ÂCCRESCENS
Mes Frères,
Le patriarche Jacob, sentant cfiril alla il movrir, appela ses enfants près de sa couche : il voulait les bénir une dernière fois, leur donner ses instructions suprêmes, et leur annoncer l'avenir qu'il entrevoyait dans une lumière prophétique. Tour à tour il les nomma ; et, à mesure que leurs noms passaient sur ses lèvres, il leur dévoilait le secret des futures destinées de leur race.
Lorsqu'il fut arrivé à Joseph, Joseph le fils de son amour, une flamme d'enthousiasme ranima son vieux cœur, et, au souvenir des surprenantes élévations du libérateur de l'Egypte, il s'écria plein d'allégresse : « Mon fils Joseph grandit, mon fils Joseph va toujours croissant, Filins accrescens Joseph, filius accrescens » (1).'
(11 Gen. XLIX, 29.
Ces paroles du patriarche mourant, l'Eglise les applique à un autre Joseph, fils d'un autre Jacob, à l'humble charpentier de Nazareth, auquel votre belle paroisse rend, chaque année, de solennels hommages.
A l'exemple de l'Eglise, empruntons les paroles de Jacob pour acclamer le virginal époux de Marie, et, en cette première soirée, chantons les progrès de Joseph. Nous essaierons, en terminant, de rechercher les raisons providentielles de ces progrès.
Le mot progrès signifie étymologiquement marche en avant ; c'est un mouvement ascensionnel vers ce qui est mieux, plus parfait, plus grand, plus élevé ; c'est une montée, et, en même temps, une dilatation, un accroissement, un agrandissement.
Dès lors, mes Frères, n'y a-t-il pas lieu de vous étonner (|ue j^assemble ces deux mots : Joseph et progrès ?
Que le fils du vieux patriarche Jacob fût un homme de progrès, nul ne le conteste. Pâtre encore à seize ans, puis esclave et prisonnier, bientôt il prend son essor qui l'emporte jusque sur les marches du Irône de la riche et savante
Egypte. Parti de rien, il ne cesse de s'élever, il devient le chef d'une grande nation, le sauveur de tout un peuple.
Oui, celui-là grandit, celui-là eut des accroissements merveilleux. Mais l'ouvrier de Nazareth ? Est-ce qu'il n'est pas la contradiction même du progrès ? Satisfait de sa modeste condition, il n'a pas cherché à en sortir, ni songé à l'améliorer ; sa vie est restée humble, et pauvre sa maison; sa fin est mystérieuse comme ses commencements. Assurément, de la gloire de ses ancêtres il aurait pu recevoir quelque splendeur; mais cette splendeur n'eût été encore qu'un déclin ; et, d'ailleurs. Dieu a si bien pris soin d'en affaiblir graduellement l'éclat, que le dernier descendant de la famille royale de David, tombé dans la pauvreté, est réduit, pour vivre, à travailler de ses mains, en sorte que l'illustration antique ne fait qu'accentuer l'obseurité présente.
Le premier Joseph n'a cessé de monter et de grandir ; le second, semble-t-il, n'a fait que descendre et diminuer. Cependant, mes Frères, c'est à celui-ci surtout que s'appliquent les paroles de Jacob : « Filius accrescens Joseph^ mon fils Joseph grandit, mon fils Joseph va toujours croissant. » Joseph, fils de Jacob, n'était qu'une ligure ; Joseph de Nazareth est la lumineuse réalité.
Un philosophe de la fin du siècle dernier (1), dont le génie chrétien eut des intuitions prophétiques, a fait, en quelques lignes, la comparaison entre les deux Joseph, et, en deux mots, indiqué la supériorité du second sur le premier: « Tous deux lurent les hommes du mystère et le rêve leur dit ses secrets : Tous deux turent instruiis en rêve, tous deux devinèrent les choseb cacnées. Pencnes sur l'abîme, leurs yeux voyaient à travers les ténèbres. Voyageurs nocturnes, lis découvraient leur roule a travers les mystères de i omure. i^e yreniver Josepii VU Le soLeu et La cuite pi'osoei'ites u^ev'auc lul. i^e second Joseph conitiiaiuva a Mane et a Jcsus ; Marie el Jésus oucissuocui ».
Aucun iioiiiiiie eul-ii jaaiais seaiuiaDle dignité et connui-ii de telles ascensions .^ (^u importe que le diadème de ses ancêtres ne couronne pas sa tête ! qu i.npuile que sea aiaiiis se durcissent a niâiiier los laacs ui-juaiiicnis de son laùeur, el qu il jAidu^c un ^/um ga^ue a la sueur de son iront ! Oica a m >eci n ^:< ^/aavre ouvrier, il le sort de la louie, ii i eieve audessus des rois, il lui conhe des lonctions si augustes que le langage Humain se sent impuissant a en eX|jiiuici coiac » ureiie et incommensurable grandeur, il est i époux de
1) Ernest Hello.
Marie, et Mnrie lui obéit ; il est le gardien de Jésus, et Jésus lui obéit. Il est le représentant, le fondé de pouvoirs du Père céleste, qui lui délègue son titre avec une telle plénitude que le Verbe incarné est appelé le fils de Joseph, non seulement par le peuple, mais par la Vierge elle-même; il est comme Fombre qui plane sur Marie pour voiler les mystérieuses et ineffables opérations du Saint-Esprit, dont il devient ainsi le coopérateur! Filius accrescens Joseph^ filius accrescens.
Est-il besoin d'ajouter, mes Frères, qu'à ces progrès en dignités correspondaient des progrès en vertus ? « C'est une règle générale, dit saint Bernardin de Sienne, que quand Dieu, dans sa bonté, appelle une de ses créatures raisonnables à quelque service de choix ou à quelque dignité éminente, il donne à cet être privilégié toutes les grâces qui lui sont nécessaires pour remplir sa mission (1). » Or les fonctions de Joseph étaient uniques : uniques, par conséquent, furent non seulement les grâces qu'il reçut, mais les vertus qu'il dut pratiquer avec une perfection toujours grandissante pour être à la hauteur de sa mission d'épouxde Marie et de père nourricier de Jésus.
fl.'^ Servi. I de S. Joseph. (Brev. Rom.).
Qaeîqtiès images tirées de l'Ecriture nous aideront à comprendre ces progrès de Joseph dans là vertu.
L'Esprit-Saint compare le juste à un arbre planté sur le bord des einix.Erit tanquam lignum quod plaiitatum est secus decursus aquarum [i] : il monte, il se développe, il étend ses rameaux, il se couvre de feuilles, il se couronne de fleurs, il offre, quand le moment est venu, des fruits savoureux, fructiim suum dabit in terri' pore suo. Ces eaux vives qui gardent à l'arbre un feuillage toujours vert et une force sans cesse renouvelée, folliim ejus non defluet^ ce sont les grâces que le juste puise dans son union avec Dieu, et qui lui communiquent une vigueur d'autant plus grande et féconde que cette union esr, plus constante et plus intime. Or^ mes Frères, nul, à part Marie, ne fut placé, autant que Joseph, près de Jésus, Tous les jours, pendant de longues années, Joseph vécut en la compagnie du Verbe incarné et contempla son adorable beauté. 1] vit son divin sourire et recueillit ses larmes d'enfant ; il le porta entre ses bras, il reçut ses caresses, il entendit les paroles qui tombaient de ses lèvres, il guida ses travaux d'adolescent, il fut le témoin charmé de ses
fl) Psalm. I. 3-4.
abaissements, de ses perfections, de son amour infini, il mourut entre ses bras. Avec quelle vigueur croissante se développèrent donc les vertus de Joseph, avec quelle richesse elles s'épanouirent si près de la source de la grâce î Admirez, mes Frères, la radieuse floraison : cette foi inébranlable, cette incomparable pureté, ce détachement universel et absolu, cet abandon à la divine Providence qui le rend capable de tous les héroïsmes, et, par dessus tout, peut-être, cette humilité si profonde, qu'enveloppé dans son ombre, Joseph y est comme absorbé, perdu, et, pour ainsi dire invisible.
Le juste est encore comparé dans l'Ecriture à Faigle aux ailes puissantes, qui monte sans effort, dans les airs, à des hauteurs où notre œil ne peut plus l'apercevoir : « Ceux qui espèrent au Seigneur... prendront des ailes comme Faigle, ils courront sans se fatiguer et ils marcheront sans se lasser » (1). Bossuel n'était que l'écho de cette parole d'Isaïe quand il s'écriait, en commençant à parler de l'amour qu'avait pour Jésus la séraphique Thérèse : « Voyez, mes Frères, le vol de cette âme que l'amour de Dieu a blessée » (2).
(1) Is. XL. 31.
(2) Panégyrique de sainte Thérèse. Exorde.
Si Fàme qui a reçu la blessure de la divine charité s'élève ainsi, portée par de mystérieuses ailes, vers les sommets de la perfection, quel dut être l'élan du vol de l'âme de Joseph non pas seulement blessée, mais embrasée, consumée, dévorée par Tamour de Jésus ! Oui, dévorée par Famour de Jésus ! Si, en effet, une rapide conversation, le long d'un chemin, avec le divin Maître, suffit pour rendre brûlant le cœur des deux disciples d'Emmaiis hésitants et découragés (l), comment, au contact habituel et familier du cœur de Jésus, le cœur de Joseph eut-il pu ne pas être un foyer dont la flamme devenait chaque jour plus ardente et plus active ?
Filius accrescens Joseph : à mesure qu'il grandissait en dignités, Joseph grandissait en grâces ; à ses progrès en puissance correspondaient des progrès en vertus.
La gloire terrestre de Joseph porte ellemême ce caractère de progrès.
D'habitude, Dieu se plaît à manifester très vite la gloire de ses saints ; il est comme pressé de montrer au monde ces chefs-d'œuvre de sa grâce ; il fait fleurir le miracle sur leur tombeau ; il y attire les fouies. Parfois mêmej
(1) Luc, XXIV, 32,
Dieu se hâte davantage, et, sans délai, éclate la gloire de ses serviteurs. Lorsque le mendiant Benoit Labre, exténué de privations, mourut dans une demeure ignorée de Rome, aussitôt, sans s'être concertés, comme poussés par une impulsion irrésistible et mus par une inspiration divine, des enfants se mirent à parcourir les rues en criant : « Le saint est mort! le saint est mort ! » Et ce rebut de Tiiumanité, devenu soudain l'objet de l'attention publique et de la vénération universelle, eut des funérailles plus magnifiques que celles d'an roi.
Pour saint Joseph, il en va autrement.
Ce rôle effacé, qu'il a dans l'Evangile, représente exactement la place qu'il occupe, pendant des siècles, dans la vénération des fidèles. On ne lui rend pas d'honneurs personnels ; sa fio;ure reste dans l'ombre et ne reçoit de lumière que quand tombe sur elle un des rayons qui émanent de Jésus et de Marie.
Quelques âmes plus délicates sont attirées par ses charmes ; quelques Pères de PEglise célèbrent ses louanges : saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Ghrysostome^ saint Bernard.... Ce n'est pas la nuit complète, mais, jusqu'au XVP siècle, ce n'est qu'une aube qui blanchit à peine les lointains horizons. A partir de ce moment, peu à peu, lentement, victorieusement, comme le soleil qui se dégage des
brouillards du matin, la gloire du patriarche se lève et ne cesse de grandir. Thérèse d'Avila constitue saint Joseph le patron des monastères qu'elle construit; Urbain VIII rend sa fête obligatoire pour toute l'Eglise; son nom est invoqué aux litanies des saints ; en son incomparable langage, Bossuet chante ses vertus, et lui élève un monument dont la splendeur ne sera jamais égalée.
Mais c'est à Tépoque contemporaine que la gloire de Joseph resplendit de tout son éclat. Partout des temples s'élèvent en son honneur; dans chaque église un peu importante un autel lui est spécialement consacré ; ailleurs, son image, du moins, est exposée à une place d'honneur ; des livres innombrables racontent ses vertus et redisent les faveurs dues à son intercession ; les fidèles se pressent, de plus en plus nombreux, autour de ses statues et l'implorent avec une touchante confiance ; sa fête est attendue, préparée, aimée. Elle semble emprunter au printemps qui naît, tous ses charmes ; aux premières fleurs qui s'ouvrent, tous leurs sourires ; aux premiers soleils, toute leur bienfaisante douceur ; elle jette, au milieu des austérités du carême qui s'achève, une note d'allégresse, prélude des prochains alléluias.
Cet accroissement merveilleux de la dévotion à saint Joseph, l'Eglise l'approuve ; elle encou-
rage rempressement des fidèles : elle a élevé la iôte du glorieux patriarche au rang des fêtes les plus solennelles de la liturgie. Bien plus, elle en a institué une seconde, moins solennelle, mais, si j'osais dire, plus touchante, la tête du Patronage de saint Joseph. Elle semble nous dire : « Allez à Joseph : le père nourricier de Jésus est aussi votre patron et votre père, puisque vous êtes, par le baptême, les frères de Jésus. Allez à Joseph: en sa qualité de chef de la Sainte Famille, il est — au-dessous de Marie, mais près d'elle et avec elle — le dépositaire et le dispensateur des grâces, comme Joseph, le ministre du Pharaon, était le dépositaire et le dispensateur du blé qui devait sauver de la famine l'Egypte et les pays voisins ». Enfin, le 8 décembre 1870, Pie IX ajoutait à la couronne de Joseph un fleuron nouveau, il le proclamait le PatJ^on de l'Eglise universelle.
Vous le voyez, mes Frères, contrairement à toutes les apparences, le Joseph de l'Evangile, de même que le Joseph de l'Ancien Testament, n'a cessé de grandir et de monter. 11 a eu des accroissements plus magnifiques que le premier Joseph ; il a atteint des sommets que le sauveur de l'Egypte n'a jamais connus ; il a réalisé dans toute son ampleur la parole du vieux Jacob : Filius accrescens Joseph^ filius accrescens.
Essayons maintenant, mes Frères, de scruter respectueusement les desseins de Dieu et de découvrir les raisons providentielles de ces étapes progressives, de ces ascensions ininterrompues de saint Josepii.
Et d'abord, pourquoi ces progrès dans la dévotion à saint Joseph ? Pourquoi Dieu a-t-il permis que la gloire de saint Joseph restât pendant si longtemps comme perdue dans une nuit obscure ?
A cette question, les Bollandistes répondent : « 11 paraissait dangereux de prêcher beaucoup saint Joseph à des nations encore ignorantes des mystères de la foi; on eût pu ébranler par là leur croyance à la virginale maternité de Marie. D'ailleurs, Joseph, mort avant la promulgation de la loi de grâce, semblait appartenir à l'Ancien Testament : mieux valait alors olirir, comme un encouragement aux fidèles persécutés, le cuite des martyrs immolés pour Tîjvangue (1) ».
(1) Acla S. S. de Sancto Joseph. Cité par le P. Lurgent, Eléuaiioiis à saint Joseph,
Cette explication si juste ne nie semble pas romplète et ne saurait pleinement me satisfaire. Au surplus, elle n'a de valeur que pour les premiers temps du christianisme, alors que sévissait la persécution, — alors surtout que les âmes n'avaient pu encore acquérir cette exquise délicatesse qui ne s'épanouit, en effet, que dans une atmosphère tout à fait chrétienne, après une lente germination, sous Finlluence des conseils évangéliques compris, aimés, et pratiqués. Elle ne saurait convenir à tous ces siècles où la foi était éclairée, intelligente de tous les mystères, féconde en œuvres, génératrice de tous les renoncements et de tous les héroïsmes. Or, mes Frères, je vous l'ai dit, ce n'est qu'au XVI® siècle que la gloire de saint Joseph sort définitivement des nuages qui l'enténébraient, et ce n'est qu'à notre époque qu'elle brille de tout son éclat.
Pourquoi donc, encore une fois, après cette longue obscurité, la splendeur actuelle ?
Dieu, qui fait mûrir les fruits en temps opportun, a retardé, il me semble, l'heure de la glorification terrestre de Joseph, parce qu'il voulait présenter, dans une lumière d'autant |)his vivp qu'elle succéderait à Tombre, cette belle et douce ligure, au moment où le monde
en aurait le pins besoin. Ce moment arrivé, Dieu a montré Joseph en pleine g-loirp, comme le modèle qui convient et qui est nécessaire à notre société contemporaine.
Notre siècle est le siècle de la démocratie. Les masses profondes du peuple s'agitent, aspirant à une existence plus douce, à une situation plus haute et plus aisée, à une liberté plus grande, à une répartition plus équitable du travail et des charges, à un respect plus complet de la personne humaine. C'est la loi du progrès, c'est le développement normal des doctrines de TEvangile, c'est bien. C'est bien ; mais à la condition que la sagesse préside à ces revendications, que les rèo^les de la justice ne soient pas violées, que les droits d'autrui ne soient pas lésés, que les bases de la société restent intactes, que les réclamations soient paisibles, et les conquêtes pacifiques.
La glorification du charpentier de Nazareth est la glorification de l'ouvrier.
Mais, en même temps, saint Joseph, l'artisan tranquille dans son travail prolongé sans trêve, sans envie, sans plainte jusqu'à son dernier jour, apparaît comme le modérateur et le régulateur des aspirations de la démocratie. Si, en effet, les continuels progrès de Joseph font entendre à l'ouvrier Vascende superius évangélique, et Tin^
vîtent à ne pas s'arrêter dans sa marche ascendante vers plus de bien-être^ vers plus de dignité, vers plus de justice, l'exemple de toute sa vie enseigne aussi que la dignité est compatible avec la médiocrité du rang social, que la vraie grandeur se concilie avec le travail austère, monotone, fatigant, et que le bonheur ne consiste ni dans l'élévation, ni dans la richesse, ni dans la jouissance, mais dans la modération des désirs, dans l'accomplissement du devoir, dans la paix de l'âme, dans l'espérance des récompenses éternelles, juste et surabondante compensation des misères de cette vie chrétiennement supportées.
Notre siècle, plus encore que celui qui vient de finir, est un siècle d'activité qu'on peut, à bon droit, appeler dévorante. Les savants, par leurs admirables découvertes, ont transformé le monde : en perfectionnant les moyens de transport rapide, ils ont, pour ainsi dire, supprimé les distances, rapproché les extrémités de la terre et ouvert au commerce d'innombrables débouchés ; par l'invention de machines nouvelles, ils ont lancé l'industrie dans des voies inexplorées, multiplié la production, rendu le travail plus fécond, développé les énergies. Malheur à l'être inactif! Il est destiné à la ruine, et, en attendant, voué à un mépris