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Lien justifié, car, inutile à ses semblables, il se met hors de l'ordre providentiel et contrarie les plans divins : « Dieu, lisons-nous dans cette page de TEcriture qui raconte la création. Dieu a placé riiomme sur la terre pour travailler, ut operaretur. »
Toutefois, si cette activité est légitime et bonne, elle peut devenir dangereuse, et elle l'est véritablement, quand elle attache tellement riiomme à la terre qu'il s'y installe comme s'il devait y demeurer toujours, quand il se laisse si totalement emporter par le tourbillon des aliaires, qu'il ne sait plus se recueillir, qu'il n'a plus souci de sa penection^ ni de sa destinée éternelle, qu'il oublie la parole du Maître : « Que sert à l'homme de gaj^ner l'univers, s'il vient à perdre son âme. »
En lace de cette activité excessive et désastreuse, Joseph est le type de la vie recueillie, de la vie orientée vers Jésus, consacrée à Jésus, toute. A Bethléem, les anges chantent la naissance du Fils de Dieu : Joseph se recueille. Les mages arrivent des extrémités de l'Orient, ils offrent à Jésus de riches présents : Joseph n'est pas ébloui, il se recueille. De lui, comme de Marie, on peut dire qu'il conserve dans son cœur toutes les paroles qu'il entend^ toutes les merveilles dont il est le témoin, il les médite, il s'en nourrit. Il se recueille dans la fuite en
Egypte ; il se recueille dans Tatelier de Nazaretii. La pauvreté lui fait sentir ses morsures, le travail le presse, les épreuves l'accablent, Joseph ne sort pas de son recueillement : Jésus est là, cela lui suffit, et rien ne saurait le distraire de cette contemplation. Une seule émotion traverse sa vie, mais si intense, si violente, si douloureuse, qu'elle arrache des larmes de ses yeux ! c'est quand il a perdu Jésus, au retour des fêtes de la Pâque. Il ne se donne pas de repos qu'il ne l'ait retrouvé; puis, il rentre dans son recueillement.
Voilà bien le modèle qui nous convient, à nous fils de ce siècle enfiévré. Il nous apprend à réprimer les excès ou les égarements de notre activité ; il nous apprend qu'il n'y a qu'une peine, c'est de perdre Jésus, et que, quand on le possède, on possède, malgré le travail, malgré les peines, malgré les épreuves, la source d'une inaltérable joie.
Notre siècle est un siècle d'orgueil. Nulle époque n'en a été exempte ; mais la nôtre^ plus que ses devancières, porte cette empreinte de Satan. Fier de ses conquêtes sur la nature, l'homme s'imagine volontiers qu'il en est le maître: «L'homme sait et il fait : il est dieu )>(!).
(1) Hanotaux, Histoire de la France contemporaine, T. II, p. 615.
Oh! que Texemple de saint Joseph est nécessaire à notre génération ' Joseph est la contradiction même de Forgueil, il a pratiqué l'humilité avec une telle perfection que cette vertu semble être son apanage et ne faire qu'un avec lui. A part les ministères que Dieu lui confie et auxquels il n'a garde de se dérober, nous ne connaissons rien de Joseph ; a sa vie, dit M*' Gay (1), est pour nous une nuit véritable, obscure comme la nuit l'est toujours ; mais, ajoute le grand évèque, comme toute nuit l'est aussi, profonde, majestueuse, et religieusement émouvante; à tel point qu'on finit par trouver cette existence si dérobée plus grande, plus attachante que celles qui sont pour nous complètement éclairées. La teinte obscure de la superficie cache, au fond, tous les resplendissements. On s'aperçoit bientôt que plus on regarde et plus ce qu'on découvre est beau. ;; De l'humilité de Joseph est sortie sa gloire ; la parole de Jésus sera éternellement vraie : « Celui qui s'abaisse sera élevé» ^2).
L'orgueil engendre l'indépendance. Pourquoi l'homme obéirait-il, puisqu'il est dieu ? Aussi voyons-nous les hommes de notre génération, impatients de tout frein, secouer le joug, non
(1) Conférences au» mères chrétiennes : Hainl Joseph,
(2) Luc^ XIV. IL
seulement des maîtres de la terre, mais du Maître suprême qui règne aux cieux, qui les a mis en ce monde et les y conserve. Ils ont pris pour devise : « Ni Dieu, ni maître ! » et cette parole blasphématoire, qui lait peur et pitié, quelques-uns, plus fanatiques, ordonnent de rinscrire sur leur tombeau, comme pour protester, jusque dans l'anéantissement du sépulcre, contre la souveraine autorité de ce Dieu qui les a couchés dans la poussière et qui a jugé leur âme.
Devant cette révolte contre toute autorité, quelle consolation et quel besoin de méditer l'obéissance si simple, si complète, si prompte, si héroïque de Joseph, soit aux édits de l'empereur, soit à la parole de l'ange qui, vraiment, suivant l'expression de saint François de Sales, « le tourne et le retourne de toutes mains ! »
Nul modèle, en vérité, ne convenait mieux à notre société moderne ! 11 n'est donc pas téméraire de penser qu'en réservant pour notre époque tourmentée l'épanouissement de la dévotion à saint Joseph, Dieu ait voulu donner à nos conteu.^jorains de nécessaires leçons.
Ces leçons, qui sortent de la vie de Joseph, nous sont indispensables à nous-mêmes, mes Frères ; car, s'il est vrai que la grâce de Jésus,
notre éducation chrétienne, notre sagesse personnelle nous aient tenus à l'abri de ces doctrines perverses, il ne faut pas oublier que nous vivons dans une atmospnère saturée de leur poison, et que nous avons besoin d'un antidote qui nous immunise et nous permette de rester indemnes au jiiiiieu de l'universelle contagion. Cet antidote, nous le trouverons dans les exemples et les prières de saint Josepn.
Des accroissements de Joseph en dignité et en vertus, Dieu a voulu encore dégager pour nous une leçon de progrès. Ce n'est pas seulement en Josepn, c'est en chacun de nous que doit se réaliser la parole de l'Ecriture : Fucus accresceiis. iVous devons être des hommes de progrès. Le progrès est une loi divine dont l'obligation s'impose à tout homme; mais cette obligation, plus stricte pour le chrétien, vous le comprenez, est plus rigoureuse que jamais à l'neure actuelle ou nos ennemis accusent les disciples du Ciirist d'être des rétrogrades, des amoindris, des resigaes, Scuis rcsbort, sans énergie, sans valeur.
C'est le moment, chrétiens, de nous rappeler la parole de saint Paul, d'en laire noire devise, et d'y conformer notre vie : « Crescamus in Uio per oniaia qui est capuc Chrlstus,
Croissons en toutes choses dans le Christ qui est notre chef » (1).
En toutes choses .'Entendez-vous, mes Frères ?
Chrétiens, soyez donc des hommes de progrès dans l'ordre naturel : étudiez plus que les autres, sachez plus que les autres, je veux dire plus que ceux qui ont la même situation sociale que vous ; soyez excellents en tout,/>er omnia : pères, dans la sage administration de vos biens, mères, dans la tenue de votre maison, tous deux dans le soin de vos enlants ; ouvriers, dans l'exercice de votre métier; patrons, dans la justice et l'amour pour ceux que vous employez ; commerçants, dans la loyauté de votre négoce et dans votre entente des altaires. Quelle que soit votre vocation, croissez en touies choses, Crescamus per omnia.
Croissez dans l'ordre surnaturel : iNe soyez pas de ces chrétiens qui, par leur conduite, indigne des enseignements du Christ, tont blaspiiemer noire Aiaître adoré et rejeter sa vivihante doctrine. En tout, conduisez-vous comme Us fils de La Lumière (2) ; aLLez de clarté en clarie(c5), de vertu en venu (4; montez^ montez toujours plus haut (5) ; plus haut dans la sciejice du salut, plus haut dans la justice, plus haut
(1) Eph. IV, 15. — (2) Eph., V, 8. — (3) Cor., III, 18. (4) Psalm., LXXXV. 8. — (5) Id., 6.
dans l'honneur, plus haut dans Tobéissance, l'humilité, la pureté, la bonté, plus haut dans l'amour. Jésus, notre chef, nous a appris qu^il ne nous est pas permis de nous arrêter dans la voie du progrès, puisqu'il nous a donné comme but, que nous ne pourrons jamais atteindre, mais vers lequel nous devons toujours tendre^ la perfection même de Dieu : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parlait » (1). En un mot, par vos exquises qualités et par vos solides vertus, soyez, au milieu du monde, une apologie vivante de la religion de Jésus, et une preuve irréfutable de la puissance féconde de sa doctrine.
La dévotion à saint Joseph est une des plus aimées de votre maguilique paroisse. Chaque soir, joyeusement, vous vous arraciiez au repos qui suit le labeur et aux douces réunions de l'amille, pour venir entendre célébrer les louanges de votre patron et vous recommander à sa puissante intercession.
Je ne veux pas tarder à vous en féliciter. Ma is laissez-moi vous dire, dès maintenant, mes Frères, que la meilleure manière d'honorer saint Joseph et d'obtenir les grâces que vous sollicitez, c'est d'imiter les vertus dont il vous
a donné l'exemple, c^est d'être comme lui des hommes de progrès, c'est de marcher en avant vers la perfection, sans hésitation, sans défaillance, et sans arrêt.
Alors, mes Frères, vous pourrez venir à Joseph avec confiance ; il accueillera vos prières, les présentera à Jésus, et ouvrira, en votre faveur, les trésors célestes dont il a la garde et la dispeusaLion.
Ainsi soit-il.