‹ Saint JosephChapitre 6 sur 10 · ELLE ENTRAINE · texte numérisé non relu

ELLE ENTRAINE

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liste, elle indique bien l'état d'âme de Joseph et résume admirablement sa vie : c'est en haut qu'il a pris chaque jour son mot d'ordre pour la journée, et il n'a agi, en toute occasion, que sous les inspirations de la foi.

Or, mes frères, si vous voulez connaître les merveilles que produit la foi dans une âme dont elle a pris pleinement possession, qui se laisse totalement gouverner par elle, et les grandes œuvres dont elle est l'inspiratrice et le principe, il faut lire ce qu'en dit saint Paul dans l'épître aux Hébreux. Le chapitre onzième est tout entier consacré aux exemples héroïques donnés par des hommes de foi sous l'Ancien Testament et aux victoires de la foi durant le cours de l'histoire dTsraël.

Ecoutez, mes Frères, quelques notes de ce chant triomphal en l'honneur de la foi; vous verrez tout à l'heure qu'il ne nous éloigne pas de la pensée de saint Joseph :

C'est par la foi, dit Tapôtre, — par l'exercice de la foi — qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que celui de Gain et mérita d'être appelé juste.

C'est par la foi — à cause delà foi qui guidait sa vie — qu'Enoch, sans connaître la mort, fut enlevé miraculeusement, ayant auparavant reçu le témoignage qu'il avait plu à Dieu.

C'est par la foi, base de son obéissance si

prompte, que Noé, divinement averti des événements futurs et lointains, bâtit l'arche pour sauver sa famille, et devint héritier de la justice qui vient de la foi.

C'est par la foi qu'Abraham quitta son pays sur l'ordre de Dieu, partant, sans savoir où il allait, pour la contrée qu'il devait recevoir en héritage. C'est par la foi qu'il offrit Isaac, son fils unique, l'enfant sur qui reposait la promesse d'une postérité nombreuse d'où sortirait le Messie; car il savait que Dieu est tout puissant et peut aisément ressusciter un mort.

C'est par la foi que Moïse, devenu grand, renonça au nom de fils de la fille de Pharaon, préférant, aux joies de la terre, les travaux et les souffrances, en vue de la récompense du ciel. C'est par la foi qu'il accomplit les prodiges qui remplissent sa vie : la sortie d'Egypte, le passage de la mer Rouge, la conduite des Hébreux dans le désert...

C'est par la foi que les prophètes et les justes de l'ancienne Loi ont supporté les persécutions^ les tourments, la mort...

Joseph n'est pas nommé parmi ces personnages illustres de l'histoire d'Israël, que saint Paul énumère avec complaissance et dont je n'ai pu vous citer qu'une partie. Il était digne, assurément, d'occuper au milieu d'eux un rang

d'honneur ; mais vous n'êtes pas étonnés de cette omission : je vous ai dit les raisons providentielles de l'oubli dans lequel il fut si longtemps tenu.

Pourquoi donc, alors, vous ai-je rappelé tous ces noms parmi lesquels ne se trouve pas celui de Joseph ? Ah ! mes Frères, ne l'avez-vous pas déjà compris ? C'est que Joseph réunit sur son front chacun des rayons de beauté surnaturelle qui illuminent la physionomie de tous ces héros de la foi.

C'est sous l'inspiration delà foi que, comme Abel le juste, Joseph le juste vécut dans l'innocence, et s'ofFrant lui-même comme la victime la plus excellente, consacra à Dieu sa virginité : nous verrons avec quel héroïsme il sut la garder.

C'est sous l'inspiration de la foi que Joseph, alors que la plupart de ses contemporains marchaient autour de lui dans les voies de l'erreur, resta fidèle aux vraies tradilions d'Israël, et mérita, comme Noé, d'échapper au déluge d'iniquités qui submergeait le peuple Juif.

C'est sous rinspiration de la foi que, comme Moïse, Joseph renonça aux quelques biens qui lui venaient de sa famille, pour vivre dans la pauvreté volontaire, et qu'il abandonna, pour prendre la charge et la responsabilité de Marie et de Jésus, cette existence paisible et soli-

taîre qu'il avait rêvée, préparée, aimée, vécue jusqu'au moment de Tappel divin.

C'est sous l'inspiration de la foi, pour obéir à l'Ange, que, comme Abraham, il quitta son pays, sa famille , sa maison, se mit en route vers une contrée inconnue et y resta jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de l'en rappeler. Et s'il fallait pousser plus loin la comparaison, je n'aurais pas de peine à vous montrer qu'lsaac n'était que la figure du Rédempteur, et que, comme Abraham offrit à Dieu son fils unique, de même Joseph, au jour de la Présentation au Temple, offrit au Seigneur son fils putatif Jésus pour être immolé. Au Temple, comme sur le mont Moriah, Dieu intervint également pour sauver la victime, parce que l'heure du sacrifice n'était pas arrivée, mais déjà il la marquait officiellement pour la mort, et pour la mort de la croix.

C'est sous l'inspiration de la foi que, comme ces persécutés de l'Ancienne Loi dont saint Paul expose les tourments, Joseph se voua, encore à cause de Jésus et de Marie, aux souffrances dont je vous parlerai demain.

C'est enfin à cause de sa foi, de sa vie de foi, que Joseph, comme Hénoch, mérita d'être emporté... j'allais dire sans voir la mort, — je n'en ai pas le droit, car Joseph a passé par la mort, — mais peut-on bien donner ce nom terrible au trépas du Juste qui s'endormit entre

— elles bras de Jésus et de Marie, avec l'assurance de se retrouver bientôt uni à eux dans les joies de l'éternité ?

If

Que l'exemple de Joseph nous excite, nous aussi, à vivre, comme tous les saints, comme tous les vrais chrétiens, de la vie de la foi.

Qu'est-ce que la vie de la foi ?

Il y a en nous, m^^s Frères, trois vies superposées qui se diversifient suivant leur principe : les sens, la raison, la foi. 11 y a, conséquemment, trois catégories d^hommes qui se classent d'après le mobile qni les fait agir et que saint Paul Il appelle : l'homme charnel, l'homme animal, l'homme spirituel.

L'homme charnel est celui qui ne sait pas dominer le corps corrompu, foyer de la concupiscence, en constante rébellion contre l'esprit et le bien ; celui qui est asservi à la domination de la chair et se laisse conduire par elle ; celui qui, oubliant non seulement la gloire de son adoption divine, mais même sa noblesse d'homme raisonnable, se ravale au rang des bêtes (1). Le mobile de sa vie, c'est le plaisir et les jouissances grossières. « Il ressemble, dit Bossuet(2), à quelqu'un de grande naissance

(1) Psalm., XLVIII, 13.

^.21 Connaissance de Dieu, V, 1

qui, ayant le courage bas, ne voudrait point se souvenir de sa dignité, de peur d'être obligé à vivre dans les exercices qu'elle demande ».

L'homme animal ou naturel, c'est celui qui marche simplement à la lumière naturelle de la raison. Incomparablement supérieur à l'homme charnel, il ne se laisse pas guider par les appétits sensuels ou les fantaisies des passions, il a pour mobile et règle de sa vie l'honnêteté ; mais il n'agit pas surnaturellement, en union avec TEsprit-Saint. Le chrétien doit être éminemment un homme raisonnable, un homme admirablement honnête, supérieurement délicat dans l'honneur, orné de toutes les vertus humaines ; mais, s'il n'était que cela, il ne serait pas un « homme spirituel ». Pour parvenir à cette hauteur, il doit iranchir une étape : Un chrétien, disait un saint Père, c'est une âme dans un corps, et Dieu dans une âme.

L'homme spirituel, donc, c'est Thomme qui a en soi l'Esprit-Saint, la grâce de Dieu et qui a « la conviction chrétienne comme foyer régulateur, inspirateur et lumineux de sa vie (1). »

Vivre de la foi, c'est non seulement croire aux vérités révélées, mais c'est mener une vie coniorme à ses croyances ; et, s'il faut en venir à quelques applications pratiques, c'est, par

(l}M8r Mermillod, Conférenees aux James, Lyon, Cil, p. 190

exemple, non seulement croire en Dieu, mais lui rendre ses hommages ; non seulement croire à sa Providence, mais se laisser guider par elle ; non seulement croire à l'enfer, mais vivre de façon à l'éviter ; non seulement croire à Jesus- Christ, mais se montrer partout ses fidèles disciples; non seulement croire à TEglise, mais se conduire toujours comme ses fils obéissants et respectueux ; non seulement croire à l'eflicacité des sacrements, mais les recevoir; non seulement croire à la présence de Jésus-Christ dans TEucharistie, mais se nourrir de la communion. Plus encore : vivre de la foi, c'est juger, penser, agir dans la lumière, dans la dépendance de la foi ; c'est n'avoir d'autre mobile que la foi, d'autre règle que la foi, c'est, en un mot, prendre au sérieux et l'Evangile et son titre de chrétien.

Avec son charme habituel et sa manière saisissante, le saint évêque de Genève jette un jour sur ce sujet: « Une personne, dit-il, est bien douce, bien agréable; elle m'aime et me rend service : la chérir uniquement pour cela, c'est aimer selon la chair et les sens, car les animaux qui n'ont pour guide que la chair et les sens aiment leurs bienfaiteurs et ceux qui les traitent avec douceur et affection. Mais une personne est rude, âpre, incivile : je l'aborde, je lui témoigne de l'afTection, je lui

rends servîce, non pas que j'y aïe du plaisir mais parce que cela est le bon plaisir de Dieu ; c'est là agir en esprit de foi. Je suis triste, et, à cause de cela, je ne veux pas parler : les perroquets font ainsi. Je suis triste : mais, puisque la charité veut que je parle, je le ferai : c'est là vivre de la foi. Je suis méprisé et je m'en fâche : les paons et les singes font ainsi. Je suis méprisé et je m'en réjouis : c'est là imiter les apôtres. Vivre donc de la foi ; c'est faire les actions, dire les paroles, avoir les pensées que l'esprit de foi requiert de nous. L'àme appuvée sur l'esprit de foi s'encourage parmi les difficultés, parce qu'elle sait que Dieu aime, supporte et secourt les misérables qui espèrent en lui ; elle s'attache à Dieu et dit souvent que tout ce qui n'est pas Dieu n'est rien, que ce qui n'est pas pour l'éternité n'est que vanité (1). »

Quelle source de mérites dans cette vîe de foi, puisque toutes nos actions, vivifiées par la foi, sont surnaturalisées !... et quelle source de joies pures et vraies ! Je ne suis plus un être misérable, jeté dans ce monde de tristesse sans savoir d'où je viens, ni où je vais, ni pourquoi je suis sur la terre. Je sais que je viens de Dieu ;

(i) LeUre DC CI citée par M. Hamon, t. Il, p. 341.

je sais que j'ai dans le ciel un Père qui pense à moi, qui veille sur moi et qui m'aime ; je sais que celte vie n'est qu'un passage, et, parmi les événements heureux ou malheureux, un acheminement vers l'éternité ; je sais que le Père céleste me prépare au ciel une place, et que je n'ai qu'à me laisser guider par sa main paternelle pour aller m'y asseoir, au jour qu'il aura désigné dans sa sagesse et dans son amour.

Comme conclusion de cet entretien sur la foi, lumière de notre intelligence, base et direction denolre vieje vous laissele motde saint Paul (1), qui rappelle vos grandeurs et résume vos uevoirs : « Vous étiez autrefois ténèbres, mais maintenant vous éteslumière dans le Seigneur. Or le iruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité, il consiste encore dans la recherche constante du bon plaisir et de la volonté de Dieu ».

Ainsi soit-il.

(1) Epkes., V, 8-10.

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