‹ Saint-Just et la terreurChapitre 2 sur 34 · TOME PREHlËlt · texte numérisé non relu

TOME PREHlËlt

DIDIER, I.IRK AlRE-ËDITKIIIt,

3b, i|iiai lies Aii}{usliiis,

INTRODUGTIOIV.

Nous sommes de Tavis de M. de Sainte-Beuve : c En fait de critique et d'histoire littéraire , il n*est

» point , ce me semble , de lecture plus récréante , àc » plus délectable , k la fois plus féconde en enseigne- ^ > ments de toute espèce , que les biographies bien ^ > faites des grands hommes : non pas ces biogra- 0 • phies minces et sèches, ces notices exiguës et < > prétentieuses où l'écrivain a la pensée de briller et

> dont chaque paraphrase est effilée en épigramme ;

> mais de larges, copieuses, et parfois même diffuses » histoires de l'homme et de ses œuvres ; entrer en

> son auteur, s'y installer, le produire sous ses as-

» pects divers ; le faire vivre , mouvoir et parler , Tome I. 1

» comme il a dû le faire; le suivre en son iniéiienr » et dans ses mœurs domestiques aussi avant que » Ton peut le rattacher par tous les côtés à cette 1^ terre, a celte existence léelle, à ces habitudes de D chaque jour , dont les grands hommes ne dépeni> dent pas moins que nous autres , (bnd véritable sur » lequel ils ont pied , d'où ils partent pour s^élever » quelque temps et où ils retombent sans cesse. »

Nous acceptons volontiers pour nous-même cette définition et ce programme du travail auquel nous allons nous livrer , travail ardu mais consciencieux , copieux et fécond en enseignements sérieux et nouveaux tout ensemble , forcément diffus et que nous ne craignons pas de c submerger sous les déiails, » suivant l'expression de M. Victor Hugo, difficile mais utile en un moment surtout où les successeurs de rhomme dont nous allons essayer d'esquisser la biographie telle que la comprend le maitro, s'agitent violemment, reprennent en sous-œuvre l'entreprise politique et idéologique de Saint-Just, osent nier l'histoire et glorifier leur horrible idole.

Ce que nous allons essayer, le voici sans ambages , sans détours, sans précautions de la phrase, sans

précautions de la pensée ; le voici crûment , sévèremeui exposé en deux mots :

Il est une école politique qui , soit par intérêt d'avenir, soit par frayeur du passé, veut idéaliser Saint-Just. Pour dissimuler l'implacable dureté et les sanglants souvenirs , pour atténuer la portée de la tradition , les dévoués ont imaginé toute une légende poétique et chevaleresque. On ne nie pas les massacres, la tyrannie , la Terreur ; maiis on présente l'égorgenr poussé comme par la main de la fatalité et obéissant à une pensée systématique , invincible , quMI a trouvée toute faite en lui dès son enfance, dès son entrée en ce monde , contre laquelle il n'a pu se défendre et résister. Œdipe était plus k plaindre qu'à blâmer , quand une fatalité qu'on ne peut défmir le rendait le héros de tant de forfaits que sa volonté seule et sa conscience ne l'auraient point conduit h commettre. D'un autre côté , on tressait au plus jeune des Conventionnels une couronne brillante de venus privées , de sagesse, de continence, et on parait ce front terrible et rendu moins sombre d'une anréole magique dont l'éclat violentait le regard et pouvait faire oublier peut -être les souvenirs du Comité

de Salut Public. Si, de plus, tous, amis el eniremis , s'accordaient à reconnaître en ce jeune homme le courage du champ de bataille dans les plaines de Strasbourg el de Fleurus , le courage civil quand il marcha d'un pas si ferme à la mort , qoe hii manquait-il donc pour forcer Tadmiration et les applaudissements de la foule ?

(Vest cet écliafaudage de vertus, le courage seul survivra , qoe nous voulons renverser , aOn que le trop grand nombre d'honnêtes gens égarés à la suite de M, de Lamartine , de Charles Nodier , et de certains historiens intéressés à propager Terreur , connaissent bien tout Phomme et l'apprécient à sa juste valeur.

S'il avait obéi à one pensée créée avec lui , insurmontable, à cette fatalité qui l'aurait rendu nécessairement cruel , Saint-Just dans ses livres que nous étudierons soigneusement , longuement , n*eût point chanté la Douceur , la Clémence en politique , THorreur du sang. S'il eût été sincèrement vertueux , s'il eût réellement aimé cette chasteté platonique d<H»t il afficha les dehors austères aux dernières années de sa vie, il n'eût point écrit l'ignoble poème dont la li-

cence elle dévergondage suffiraient seuls pour convaincre un homme de dépravation profonde.

Saint-Just a bien fait tous ses efforts pour préparer et fortifler Tillusion qui aveugle encore aujourd'hui heaucoup d'hommes honnêtes; il a bien essayé d'anéantir le livre de son début , le livre qui l'accusait si hautement d'hypocrisie, de tromperie. C^est ce livre dont nous userons comme d'un levier puissant pour jeter à bas tout son édifice d'artifice et de mensonge. Ce livre, écrit par lui dans un moment où il ne soupçonnait point encore l'immense attention qui s'attacherait à sa personne , le démasquera mieux que la discussion la plus impartiale , que les négations aux quelles oa pourrait donner la haine pour principe.

Nous ne nous en cachons pas : celte étude , ou pfutôt cette démonstration , sera très systématique , très durement radicale : nous en prévenons, dès nos premières pages , ceux qui seraient tentés d'ouvrir ce livre. Nous croyons à une corruption précoce et qui a tout gâté, h une scélératesse empreinte, c'est vrai, de grandiose et d'éclat , mais qui n'en est que plus haïssable.

Quand nous avons écrit la biographie de Camille

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