‹ Saint-JustChapitre 20 sur 60 · ventôse. Sur les détentions · texte numérisé non relu

ventôse. Sur les détentions

saurait gouverner sans laconisme» et observera, comme un vœu, cette recette du parfait tyran. Toutes ses phrases ont une ligne régulièrement scandée par la césure du point virgule, et le mouvement oratoire n'est chez lui que le coupé court des paroles brèves. Il était d'avis que « les longues lois sont des calamités publiques », aussi les axiomes abondent. « Tu n'es qu'une boîte à apophtegmes », lui disait Colîot d'Herbois dans l'impatience des querelles finales.

Il est laconique, mais nullement obscur, ainsi qu'on le croit. Son cerveau, quoiqu'on ait dit, fonctionna toujours en clair. Les nuages furent un luxe d'orage, accessoire deSinaï, souvent aussi, vers la fin, négligence et lassitude verbale d'un talent surmené. Sa recherche de la précision, idées et vocabulaire est, au contraire, frappante.* Il a le goût, presque la pose et la pédanterie de l'exactitude : « Mettez donc la justice dans tous les cœurs et la justesse dans tous les esprits. » Il est incroyable comme il revient à ses définitions, les retouche en philologue ayant le souci d'une bonne langue révolutionnaire. La royauté, par exemple, l'adversaire, — personne, derrière le mot, n'aura davantage poursuivi la chose. Il n'accepte pas un conseil des ministres :

La royauté n'est pas le gouvernement d'un seul, elle est l'indépendance du pouvoir qui gouverne. Si ce pouvoir qui gouverne est indépendant de vous, il y a une royauté quelconque ■"■.

La royauté n'est pas le gouvernement d'un seul : elle est dans toute puissance qui délibère et qui gouverne ^.

N'est-ce pas inattendu qu'il nous ait fourni, lui, cet énonciateur d'oracles, une claire définition des préceptes et des lois :

La législation en préceptes n'est point durable ; les préceptes sont les préceptes des lois ; ils ne sont pas des lois ; lorsqu'on déplace de leur sens ces deux idées, les droits et les devoirs du peuple et du magistrat sont dénués de sanction ; les lois, qui doivent être des rapports, ne sont plus que des leçons isolées, auxquelles la violence, à défaut d'harmonie, oblige tôt ou tard à se conformer et c'est ainsi que les principes de la liberté autorisent l'excès du pouvoir, faute de lois et d'application.

Les droits de l'homme étaient dans la tête de Solon ; il ne les écrivit point ; mais il les consacra et les rendit pratiques ^.

Cette réflexion persistante, ce scrupule de l'attention ne le quitteront jamais : « Obéir aux lois, dira-t-il carrément, cela n'est pas clair, car

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