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Taffaire du roi. Cette fois il consent à juger l'homme et à mépriser décidément Louis XVI. Pendant le procès du roi, Saint- Just fut au bureau Tun des six secrétaires que la Convention nommait pour un mois. Les papiers, les pièces, tout lui passe par les mains, ces pièces que Valazé, assis devant la barre, les jambes croisées, tendait au roi par-dessus Tépaule. Or, une chose Ta frappé, son insistance est telle quand il parle des papiers du roi, ces témoins de l'incapacité réformatrice chez Louis XVI, qu'on y sent le mépris de l'intellectuel inquiet de réformes, studieux de révolution et de gouvernement nouveau, le dédain presque physique du jeune homme maigre qui monte à la dictature pour ce prince obèse qui en descend : « On n'a point trouvé parmi les papiers du roi des maximes sages pour gouverner; les droits de l'homme même, et rien qui permette au plus hardi sophiste de dire qu'il ait jamais aimé la liberté. » Il y revient encore : « Mais qu'on juge par la morale du roi, par ses vues consignées dans ses papiers... » Saint- Just, qui savait dès lors ce qu'on eût trouvé dans les siens, fait sans doute une comparaison. Ce rien des papiers du roi, ce néant des méditations souveraines l'a sincèrement ému. Il a besoin d'un effort pour abandonner
le sujet : « Mais il ne faut pas prendre un plaisir inhumain à frapper le coupable à Tendroit le plus faible... >)
A la fin de cette année même, on le trouve président des Jacobins, ce qui, d'ailleurs, ne lui arrivera plus. Il se donne très peu à la Société, sV montre à peine à ses débuts et nV parle jamais \
La préoccupation de Tarmée fut constante chez Saint-Just, mais avant d'y vivre, avant d'être au Comité l'émule orageux, menaçant et soumis de Carnot, il témoignera de son inclination à cet égard et, dès l'abord, se fera candidat pour un prochain comité militaire. Une seconde fois, il arrive informé comme un rapport de commission : cavalerie, intendance, habillement, tout y passe ^. Bien entendu ces discours militaires de Saint- Just sont de pure politique révolutionnaire, mais si nous n'entreprenons jamais d'atténuer ses responsabilités dans les affaires de police, je crois qu'en ce qui concerne la guerre, il faut le décharger
1. A peine quelques paroies telles que l'ironique motion de faire imprimer par Roland un discours de Robespierre aux frais de son « bureau de formation de l'esprit public ». On poussa la gaieté jusqu'à l'envoyer au ministère faire la proposition. On aimerait savoir si M™® Roland a reçu le visiteur.
2. 28 janvier Sur les attributions du Ministre de la guerre, réponse à un rapport de Sieyès.
de toute ingérence présomptueuse ou maladroite. Chose curieuse, il réclamerait plutôt en faveur du ministère :
Il y avait longtemps que je voulais examiner autant qu'il est en moi, la cause du désordre que Ion se plaignait de voir régner dans le département de la guerre, je me demandais si ce désordre était le crime du ministre ou le fruit du régime vicieux de son département. Vous ne pouvez demander compte à un officier public que des devoirs que la loi lui impose et des moyens qu'elle lui confie... Que quelques-uns accusent tant qu'il leur plaira vos ministres ; moi, j'accuse ceux-là mêmes.
Le 12 février il appuie, sauf quelques amendements, un nouveau rapport de Dubois-Crancé introduisant les élections dans Tarmée et fusionnant les anciens corps. On sent déjà combien le système est complet chez lui, comme il est en possession de sa doctrine révolutionnaire. « Je ne connais qu'un moyen de résister à l'Europe, c'est de lui opposer le génie de la liberté. "
Le mois suivant, dès le premier départ des commissaires, Saint-Just fut envoyé dans l'Aisne et les Ardennes avec Deville. Il part le 13 ouïe 14, et le comité de Défense générale, en séance de nuit le 31 mars, apprend que le citoyen Saint- Just est de retour à Paris et qu'il a des mesures
à proposer pour le salut de la République^. Nous retrouvons plus d'une fois cette rapidité des mouvements, Saint- Just maugure ici le va-et-vient prodigieux de sa voiture de représentant. Il est entendu le lendemain, lit un arrêté pris avec ses collègues, et i! expose le dénuement des places frontières.
Le discours sur la Constitution à donner à la France est du 24 avril :
Vous avez craint le jugement des hommes quand vous fîtes périr un roi ; cette cause n'intéressait que votre orgueil ; celle que vous allez agiter est plus touchante, elle intéresse votre gloire : la Constitution sera votre réponse et votre manifeste sur la terre.
Tous les arts ont produit leurs merveilles ; l'art de gouverner n a produit que des monstres ; c'est que nous avons cherché soigneusement nos plaisirs dans la nature et nos principes dans notre orgueil.
Il faut se défier de Saint- Just et ne pas croire aux chimères parce que le ton s'élève et grandit. Son discours est une critique très serrée de la constitution girondine. Nous avons donné ailleurs la distinction qu'il y pose des préceptes et des lois. Sa définition de « la volonté générale » est tout aussi positive :