‹ Saint-JustChapitre 43 sur 60 · Robespierre · texte numérisé non relu

Robespierre

ques temps Tautorité se passait de la sanction populaire, et Ton ne peut nier qu'il allait grandir aux armées. Il sentait chez ses collègues une estime qu'ils refusèrent toujours à l'incapacité de l'autre et il faut reconnaître que, la dictature admise en principe, comme Saint- Just, disentils, tenta de les y préparer, après la candidature de Robespierre aucune autre ne s'imposait comme la sienne. Si Robespierre était le premier citoyen de la République, Saint- Just se savait trop évidemment supérieur au premier.

Fut-il donc ambitieux, marchait-il de propos délibéré à la dictature ? Nous ne l'en défendrions pas, trouvant comme Denys de Syracuse, que la tyrannie est « une belle épitaphe et Saint- Just », appelait suffisamment les choses par leur nom pour que nous soyions en outre édifiés. Il leur a proposé comme il savait le faire, c'est-à-dire par voie de sommation et « prenant des notes sur les paroles de chacun des opinants », de remettre le sort de la France « à une destinée particulière » selon Toulougeon ou, selon les mémoires de Carnot, « à des réputations patriotiques ». Avec sa décision habituelle, il s'acquitte de cette forte démarche et nomme immédiatement Robespierre.

Dans sa réserve, en outre, son attitude si sur-

veillée, ne retrouve-t-on pas les distances de certain accueil reçu par Decrès à Toulon, l'avertissèment de qui se garde pour le rang suprême ? Soit, il fut donc ambitieux, si l'on retient, d'ailleurs, qu'on n'a jamais rien fait en ambition par seule ambition. Vouloir pour vouloir, par avidité pure, vouloir par jeu, cela serait trop fort. Un ambitieux, s'il souscrit à sa fortune plus qu'on n'a l'habitude de donner, doit avoir au moins l'illusion, le goût d'une œuvre. A cet égard, nous savons qu'on ne trouve pas Saint-Just en défaut et Courtois, lui-même, a su faire la distinction :

Les meneurs des comités favorisent la dictature de Robespierre parce qu'elle fonde la leur ; ce n'est pas pour l'exercer isolément, ni au même titre que Robespierre ; c'est pour réaliser leur chimère, qui était le nivellement, la sans-culottisation générale, par l'extinction des richesses et la ruine du commerce ^.

Voilà donc très nettement l'acte énonciatif des faits imputés à Saint-Just et sa quote-part d'accusation dans ce qui est appelé par Courtois « le procès du 9 thermidor ». C'est la dictature qu'on eut à craindre et le genre d'ambition qu'on ne peut lui refuser.

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