‹ Saint-JustChapitre 58 sur 60 · Grands talents, pur, dévoué · texte numérisé non relu

Grands talents, pur, dévoué

Étudions-les une bonne fois, ces responsabilités. De ses biographes, M. Hamel semble avoir seul disposé d'une information relativement complète, mais son désintéressement n'allait pas à en user jusqu'au bout, et c'est de source contre-révolutionnaire que nous tenons les plus intéressants et les derniers témoignages, telle, par exemple, une lettre de cet Augustin Lejeune mis par Saint- Just à la tête du Bureau de Police générale et dont la date — 1812 — comme le ton, présentent des garanties de sincérité. Même dans son mém^oire justificatif de l'an III, Lejeune paraît véridique. Il use bien des flétrissures obligatoires. Saint- Just est l'un de « ces deux anthropophages qui ne pouvaient lentement dévorer des victimes » mais, somme toute, il le charge peu : « Saint- Just reste constamment aux armées. Il n'est pas cinq décades au Comité pendant l'existence des bureaux de la Police générale ». Plus tard, il écrira : « L'âme de Robespierre offre de la prise au discernement de l'observateur, toujours constant dans le crime, on découvre en lui un goût inné du désordre, une nature essentiellement malfaisante. — Mais Saint- Just m'a souvent paru être un composé d'éléments qui se choquaient. Un jour on pensait bien de lui et le lendemain il fallait le haïr. Saint-Just

n'était point un homme ordinaire, il pouvait, mieux dirigé, devenir un sujet utile ^... » Il semble donc qu'on puisse croire Lejeune quand il vous dit :

J'organise les bureaux : Saint- Just en détermine les fonctions. Il donne les ordres nécessaires pour que les dénonciations faites au Comité de Salut Public nous soient renvoyées. Il nous recommande la concision. Il faut, dit-il, que l'on consacre trois mots qui seront pour moi la base des mesures à prendre : modérés, aristocrates et contre -révolutionnaires, ces mots me suffisent pour faire un arrêté.

Lejeune ajoute qu'il demanda à son chef la liberté de quelques personnes, dont il certifiait l'innocence et que toujours il éprouva un refus. « Le moment de révolution où nous sommes, me répondit-il une fois, est trop orageux pour nous occuper de justice distributive, avant de penser à la cause des particuliers, nous devons penser à la cause de l'État ». C'est toujours le Saint-Just des rapports officiels. Lejeune qui lui rappelle des conversations anciennes et des rêves d'existence champêtre reçoit cette réponse : « Autres temps, autres discours. Quand il faut se modeler

1 . Bégls. S^'Just et le Bureau de Police générale. Pour la société des

amis des livres, 1896.

sur rennemi des Tarquins, on ne lit plus les idylles de Gesner ».

Que ce soit ou non par son Bureau de Police — que le mémoire de Fouquier-Timille semble beaucoup décharger — nous trouvons généralement Saint-Just en grande humeur de sévir, depuis les mandats contre Hoche jusqu'à l'incarcération de cette citoyenne Lambert, sa cousine, qui étant venue lui faire des remontrances sur sa manière de gouvernement, eut « après une querelle bien vive » son mandat d'arrêt expédié de la miain de Lejeune avec la complaisance de Collotd'Herbois. Pour donner meilleure satisfaction à Samt-Just — la pièce ne portant ni signalement, ni prénom — on joignit à la dame quelques autres citoyennes Lambert. Pourtant Saint-Just, comme tous ses collègues, a des élargissements à son actif, entre autres celui du père de Thorin, le mari de Thérèse Gellé. On remarque, d'ailleurs, que les emprisonnements qui semblent émianer de sa défiance particulière ou de son bon plaisir ne furent pas mortels. S'il avait bien désiré la tête de Hoche, le temps ne lui eut pas manqué pour l'obtenir. Le chevalier d'Evry, celui-là un ennemi bien personnel, arrêté dès ventôse, lui survit également. Il y a dans cet arbitraire excessif avec lequel

il enferme les gens, plus d'impatience autoritaire et de goût de l'intimidation, que de férocité dangereuse.

Restent les signatures : « On en a peu de Robespierre. Saint- Just écrit et signe encore moins, on n'a de lui que des arrêtés concernant l'armée et pour des incarcérations de généraux^ ». Il y a pourtant ce décret écrit et signé de sa main :

Le Comité de Salut public met en liberté le citoyen Drouot, ci-devant chef de brigade au 6® régiment de chasseurs à cheval, détenu injustement à l'Abbaye.

Il était absent quand fut autorisée l'installation de la commission populaire d'Orange et quand, par arrêté du 14 floréal, les deux comités organisent en exécution d'un décret du 28 ventôse la commission populaire du Muséum dont le président est, paraît-il, son ennemi personnel ^. Le Comité signa dans la suite, presque sans examen, les listes émanant du Muséum. Il n'a pas « signé seul une liste de 159 détenus qu'il a renvoyés au tribunal révolutionnaire ^ » car cette petite signature abrégée de Saint- Just au court paraphe retourné sur le T n'avait pas seule force de loi ;

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