‹ Saint JustinChapitre 15 sur 62 · CH. II. — ÉTAT MORAL DE L'EMPIRE. LXV · texte numérisé non relu

CH. II. — ÉTAT MORAL DE L'EMPIRE. LXV

ter jusque là, il faut, pour ainsi parler, s’échapper et se dégager du corps ; il faut de plus que Dieu nous soulève et nous attire en quelque sorte vers lui. Sans ce secours surnaturel, sans cet appel de Dieu, sans cette aide de la grâce, si je puis dire, nous ne pouvons l’apercevoir. « C’est

« sous la conduite et l'empire de Dieu, dit Plutarque, que

la pensée humaine peut parvenir jusqu’à l’invisible et

au saint (4). » Maxime de Tyr est dans la même voie :

EN

L'auteur et le père du monde ne peut être vu des yeux du corps ni exprimé par la parole. Pour s’approcher de lui, il faut se détacher de la terre, se boucher les oreilles,

fermer les yeux, et tous les autres sens, et se recueillir

en soi-même; il faut étouffer toutes les plaintes et

tous les gémissements de la terre, imposer silence à

« la volupté, à la gloire, à l'honneur et à la honte.

Plus l’homme s’étoignera de ce monde, plus Pobjet

qu'il poursuit s’offrira clairement... Le terme du voyage,

ce n’est pas le ciel, ni les corps qu'il renferme, bien « qu'ils soient pleins de beauté et d'harmonie, comme étant l’œuvre de Dieu; il faut monter encore au-delà du ciel, jusqu’à ce lieu qui est le véritable asile de

l'éternelle paix... Mais cemment donc nous délivrer des

bruits de la terre et nous élever jusqu'à Dieu? Pour le

CS

dire en un mot, tu verras Dieu quand il t’appellera à

« lui. Demeure donc, et attends qu'il t’appelle. Voici

ES

(1) PLUTARQUE, De Isid. el Osirid., 75-79,

LXVI INTRODUCTION

« venir la vieillesse qui te rapprochera de lui, puis la « mort que les Tâches déplorent, dont ils redoutent la « venue et que tout homme amant de Dieu souhaite et ac- « cueille avec joie (1). » De là à l’extase des néo-platoniciens d'Alexandrie, il n’y a pas loin. La trace des idées orientales et leur mélange avec les idées grecques percent dans les œuvres des platoniciens de cette époque.

Au reste, 1] s’en fallait de beaucoup que toutes les écoles philosophiques eussent, au milieu du Ie siècle, conservé un pareil souci des hautes pensées, et fussent animées de ce souffle mystique qu’on sent dans plus d’un passage de Plutarque, et qui circule parfois à travers la rhétorique et les amplifications sophistiques de Maxime de Tyr. Les fortes convictions sont mortes. On respecte, ou, pour mieux dire, on redoute plus la majesté impériale que celle des dieux. La spéculation philosophique semble frappée d’une irrémédiable stérilité. À Rome, le stoïcisme soutient encore quelques âmes fières qui, en l’absence de toute liberté réelle, adorent silencieusement dans le fond de leur conscience une sorte de liberté abstraite. A Alexandrie, toutes les superstitions, tous les déréglements du cœur et de l'esprit s’étalent au grand jour : toutes les doctrines philosophiques et religieuses peuvent nommer des représentants, et les croyances les plus diverses et

les plus opposées sont mélées et comme confondues dans

(4) MaxIME DE Tyr, Dissert., XVI, 10, 11, édit. Did., p. 68.

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