‹ Saint JustinChapitre 14 sur 62 · CH. II. — ÉTAT MORAL DE L'EMPIRE. {ΧΠ · texte numérisé non relu

CH. II. — ÉTAT MORAL DE L'EMPIRE. {ΧΠ

« cette pensée chez les Grecs, le culte des aminaux, chez les Égyptiens, chez d’autres un fleuve, chez d’autres le feu, il n’importe. Je ne condamne pas la variété. Que « seulement on connaisse Dieu, que seulement on l’aime,

que seulement on en garde le souvenir présent (1). » Voilà certes de belles et nobles paroles, et un appel aux choses divines que Platon n’eût pas désavoué ! Et pourtant cette défense des idoles, cette transaction avec les superstiions populaires, cette acceptation indifférente de tous les cultes marque dans les écoles philosophiques comme une lassitude de la pensée.

En même temps, chez presque tous les philosophes, apparaît une sorte de défiance dans les forces de la volonté humaine, et comme un désespoir de la vertu isolée et livrée à elle-même. C’est encore un signe que le mysticisme oriental ἃ pénétré à grands flots dans le monde grec et romain. Son empreinte est visible au sein même du stoïcisme. Il y a loin de Zénon à Sénèque et à Épictète. Avec ce dernier, la raideur du stoïcisme primitif s’est détendue, sa dureté s’est amollie. Le sage n’est plus cet être impassible, abstrait en quelque sorte, invulnérable, enivré d’orgueil, s’égalant à Jupiter et défiant la fortune. I] a appris l'humanité, la douceur, l'humilité, la résignation,

᾿ τ mn 3 »-" - ε ΠΥ (4) Et δὲ Ελληνας μὲν ἐπεγείρει πρὸς τὴν μνήμην τοῦ θεοῦ ἡ Φειδίου “ Αι € * 1 ΩΣ " ᾽ x Sn = 1 ΚΝ τέχνη, Αἰγυπτίους δὲ ἡ πρὸς τὰ ζῷα “τιμὴ, καὶ ποταμὸς ἄλλους, ai πὺρ 3, - »-»Ἥ La τι LA > [A LA ἄλλους, οὐ νεμεσῶ τῆς διαφωνίας" ιστωσαν μόνον, ἐράτωσαν μόνον,

μνημονευέτωσαν μόνον. (MAxIME DE ΤΎΒ, Diss., VIII, 10.)

LXIV INTRODUCTION

l’indulgence envers les hommes (1). Il y ἃ dans la doctrine d'Épictète un sentiment du divin plus vif que chez les premiers sloïciens. Cette tendance religieuse est encore plus marquée dans Marc-Aurèle, et touche chez lui à l’ascétisme. Les pensées de l’empereur philosophe respirent un singulier dégoût de la science et du morde, et une mélancolie assez analogue à celle qui, dans nos jours de rêverie et de satiété sceptiques, saisit plus d’un esprit élevé. On y sent une âme fatiguée et rassasiée de tout, qui aime à se retirer en elle-même pour y goûter le repos. On y entend comme un écho de cette sagesse amère et désabusée qui remplit le livre de l'Ecclésiaste.

Chez les platoniciens, l'impuissance de la raison et de la volonté humaines, pour éclairer et gouverner la vie, est bien plus sensible. Selon Maxime de Tyr et Plutarque, l’homme ne peut se passer du secours de Dieu pour s'élever à la contemplation et jouir du commerce des choses célestes. Il a besoin de ce même secours pour aider la faiblesse de sa volonté, et pour se défendre contre la fortune qui traverse ses desseins et contrarie ses efforts. Dieu est au-dessus de l'horizon où se ment l'intelligence humaine. Il n’y ἃ pas de méthode scientifique et régulière qui puisse nous conduire jusqu’à l’essence divine. Les misères du corps et de la vie terrestre sont un invincible obstacle à l'intuition de Dieu ; pour mon-

(1) ÉPICTÈTE, Manuel, 13, 22, el passim.

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