‹ Saint JustinChapitre 25 sur 62 · PATRONO. (1) DD. PP · texte numérisé non relu

PATRONO. (1) DD. PP

On voit qu'Urbicus, après être entré dans la carrière des honneurs comme quatuorvir viarum curandarum, être devenu tribun laticlave de la vingt-deuxième légion, puis questeur, tribun du peuple et légat de la dixième légion, obtint sous Adrien des récompenses militaires consistant en une lance d'honneur et une couronne d’or, récompenses obtenues dans la guerre de Judée, c’est-à-dire vers l’an 152 de Jésus-Christ. Lollius Urbicus obtint ensuite le consulat et la légation de la Germanie inférieure. Plus tard, 11 obunt celle de Bretagne, qui ne figure pas

(1) Je dois la connaissance de ces deux inscriptions et les détails qui concernent Urbicus à la complaisance de M. Noël des Vergers, savant archéologue, qui ἃ bien voulu me communiquer ces documents, qu’il a relevés et recueillis sur les lieux mêmes. Les deux inscriptions ont été publiées dans l’Annuaire de la Sociélé archéologique de Constantine et par M. Léon Renier, dans les Inscriplions romaines de l'Algérie, n°5 2519 et 2520.

dans l'inscription, ce qui prouve qu’elle fut consacrée avant qu'il ne l’eût obtenue. Il y remporta une victoire qui valut à Antonin le Pieux le titre d'Impérator pour la seconde fois. Une inscription trouvée sur les bords de l'Angleterre et de l'Écosse, et conservée maintenant dans la bibliothèque de l’université d'Édimbourg, nous donne l’époque de cette guerre de Bretagne, en constatant qu’une partie de la grande muraille élevée à la suite de cette expédition (par les soins de Lollius Urbicus, nous dit J. Capitolin), au nord de celle qui avait été entreprise par Adrien et reportée entre les grands estuaires de la Clyde et du Forth, fut construite par la première cohorte des Lugernes, Antonin étant consul pour la troisième fois. Or, ce troisième consulat d’Antonin le Pieux lui fut décerné en l’an 140, et ce fut en 145 qu'il prit le troisième. Donc, entre 140 et 145, Lollius Urbieus était légat en Bretagne. Combien de temps y resta-t-il? Capitolin nous apprend qu’Antonin le Pieux laissait ses légats dans ses provinces pendant longtemps, quand il était content de leurs services {septenis et novenis annis, dit Capitolin, Wie d’Antonin le Pieux, ch. 5). Nous pouvons donc supposer avec vraisemblance que Lollius Urbicus resta en Bretagne jusque vers 152.

De retour à Rome, Lollius Urbicus obtint probablement un second consulat comme récompense de sa belle conduite, et c’est après avoir ainsi obtenu pour la seconde fois l'honneur des faisceaux qu’il fut nommé à la préfecture urbaine, bien rarement accordée à qui n’avait pas été deux fois consul (1). Lollius Urbicus exerça probablement la

(4) Voir à ce sujet l'excellent Essai sur Marc-Aurèle de M. Noël des Vergers, correspondant de l’Institut, p. 54.

CH. 11. — LES DEUX APOLOGIES. 71 charge de préfet pendant toute sa vie. On peut l’induire d’un passage de Capitolin (1).

Deux autres témoignages peuvent encore nous éclairer, non pas sur le fait de la préfecture urbaine de Lollius Urbicus, lequel est suffisamment établi par l'inscription que nous avons citée plus haut, mais sur l’époque où il exerça cette charge, et que nos calculs, un peu hasardés peut-être, placeraient vers 155 ou 156. :

Le premier de ces témoignages est l’Apologie qu'Apulée prononça devant le proconsul d'Afrique Claudius Maximus, pour repousser l'accusation de magie qui lui avait été intentée. Dans ce plaidoyer, Apulée accuse son adversaire d’avoir été déjà, dans une autre occasion, convaincu de mensonge devant le préfet de la ville, Lollius Urbicus. Donc, la préfecture d’Urbicus est antérieure à l’Apologie d’Apulée. Quelle est la date de cette Apologie? Le texte même d’Apulée nous permet une conjecture très-probable. Il raconte que Pontianus, son beau-fils, l’un de ses accusateurs, s’était repenti de ses injustes soupçons : « Il me « demanda ensuite, ajoute-t-il, de le justifier auprès de « Lollianus Avitus, à qui, peu de temps auparavant, je « l’avais recommandé à son début au barreau. Il savait « que récemment j'avais écrit à ce magistrat tout ce qui « s’élait passé. J’y consens, et je lui donne une lettre. II « part pour Carthage, où Lollianus Avitus, presque sur « la fin de son consulat, vous attendait, Maximus : οὐδὲ « jam prope exacto consulatus (pour proconsulatus) sui « munere, Lollianus Avitus, te, Maxime, opperiebatur. » Lollianus Avitus et Claude Maxime, qui furent ainsi succes-

(4) « Successorem viventi bono judici nulli dedit nisi Orfito præfecto urbi, sed petenti, » (Vie d’Antonin le Pieux, ch. 8.)

sivement proconsuls d'Afrique, peuvent être identifiés, sans faire une supposition trop hardie, avec les deux personnages du même nom, consuls ordinaires en lan 144. D’après la règle établie, dix ou douze ans devaient s’écouler nécessairement entre la sortie du consulat et le gouvernement d’une des deux provinces consulaires d’Asie ou d'Afrique, que l’on irait au sort. Nous aurons donc, pour ja date du proconsulat de Claudius Maxime, succédant à son ancien collègue Lollianus Avitus, et par conséquent pour la date de l’Apologie d’Apulée, l’année 156 ou 157 de notre ère. Donc, avant 157, Lollius Urbicus était préfet de Rome.

L'autre témoignage prouve que Lollius était encore préfet de Rome vers la fin du règne d’Antonin le Pieux. On sait que Marc-Aurèle établit pour les onze légions de l’Italie des magistrats spéciaux chargés de rendre la justice en son nom et de veiller aux approvisionnements, et désignés sous le nom de Juridici. Ces magistrats furent institués dans les premiers temps du règne de Marc-Aurèle, vers 162 ou 165, et une inscription nous donne le nom du premier juridicus de la Transpadane. C'était Arrius Antoninus, parent de l’empereur Antonin le Pieux. Or, une lettre adressée par Fronton à Arrius Antoninus, justement pendant la durée de ses fonctions, et dans laquelle il Jui recommande un certain Volumnius Sérénus, contient ce passage : « Après de longs débats et un examen attentif « de l'affaire, Lollius Urbicus n’a rien statué contre Volum- « nius (1). » Sans doute, Fronton rappelle un fait assez récent en déclarant que l'affaire de Volumnius Sérénus avait déjà été soumise à la juridiction de Lollius Urbicus.

(4) Lettres de Fronton, édit. Cassan, t. II, p. 284.

On peut donc affirmer avec quelque assurance, à ce qu’il nous semble, que Lollius Urbicus, déjà préfet de Rome antérieurement à l’année 157, l’était encore en 160.

Les faits reprochés à Urbicus par saint Justin n’impliquent pas, il est vrai, que ce magistrat fût encore en exercice au moment où saint Justin publiait la seconde Apologie ; mais la mention de ces faits comme très-récents prouve incontestablement que la composition et la publication de cette seconde Apologie les suivit de très-près. Or, elle peut avoir été écrite sous le règne d’Antonin pendant la préfecture de Salvius Julianus, qui occupa cette charge depuis les derniers temps du règne d’Antonin jusqu’au commencement de celui des deux frères Marc- Aurèle et Verus, et fut le prédécesseur immédiat de Junius Rusticus, à qui les Actes attribuent la condamnation de saint Justin. La préfecture de Salvius Julianus, le célèbre jurisconsulte, rédacteur de l'Édit perpétuel, nous est attestée par Spartien : Didio Juliano... proavus fut Salvius Julianus, bis consul, præfectus urbr et jurisconsultus (Didius Julianus, c. 1.). Nous avons en outre, dâns le code de Justinien (1. vi, tit. 14, 1. 1), un rescrit d’Antonin, qui lui est adressé, et si sa dignité n’y est pas mentionnée sous le titre de præfectus urbr, on lit dans le texte: qui juri dicundo præest, ce qui, à Rome, ne pouvait s’entendre que du préfet de la ville. D’autre part, un rescrit des deux frères (Marc-Aurèle et L. Verus), cité par Ulpien (Digest., 1. xXXXVIE, t. 14, 1. 17), mentionne le même personnage que les deux empereurs appellent amicus noster, vir clarissimus, Juris auctor. Done Salvius Julianus exerçait la préfecture urbaine à l’époque de la mort d’Antonin, et l’occupait encore à l'avènement et au commencement du règne de Marc-Aurèle et de Verus.

Maintenant, l’indication d’Épiphane et le témoignage des Actes attribuent la condamnation de saint Justin au préfet Rustieus, et, d'autre part, il est incontestable que la publication de la seconde Apologie précéda de fort peu de temps le supplice de saint Justin. Or, nous savons que Junius Rustieus, le maitre bien-aimé de Marc-Aurèle, | fut investi pour la seconde fois de l'honneur des faisceaux en 162, et l’année suivante appelé à la préfecture de Rome, c’est-à-dire en 163. Nous savons encore qu’il eut pour successeur dans cette charge Sergius Paulus, qui n’avait pas encore pris possession de son siége lorsque Galien (De præcognit.) quittait Rome peu avant que Lucius Verus n’y revint de Syrie, ce qui eut lieu en 166, mais qui était en fonction quand Galien revint dans la capitale de l'empire, quelques mois après la mort de Verus, arrivée en 169. (GALIEN, Anatom., ad min. 1. x, δ: 1.)

Antonin le Pieux est mort le 7 mars de l’année 161, et la nomination de Rusticus comme préfet de la ville ἃ eu lieu en janvier 163. La date du martyre ordonné par lui ne peut être antérieure à cette époque. Or, 1] peut très-bien s’être écoulé un intervalle de deux ans entre la publication de la seconde Apologie et la condamnation de saint Justin.

Si donc, ce qui est attesté expressément par saint Justin, la publication de la seconde Apologie a eu lieu soit sous la préfecture de Lollius Urbicus, soit à une époque postérieure, mais extrêmement rapprochée; si, comme cela est également attesté par saint Justin et confirmé par d’autres témoignages, la préfecture de Lollius Urbicus se prolongea jusqu’à une époque assez voisine de la fin du règne d’Antonin le Pieux; si Salvius Julianus, comme il

est attesté par des textes positifs, fut préfet aux derniers jours du règne d’Antonin, jusqu’à la seconde année du règne de Marc-Aurèle et de Verus; si enfin il faut attribuer, non pas au sénat en général, ni aux deux augustes successeurs d’Antonin le Pieux, mais à Antonin le Pieux lui-même et à Marc-Aurèle, l'appel qui termine la seconde Apologie de saint Justin, on peut soutenir que cette seconde Apologie fut écrite sous le règne d’Antonin le Pieux, comme la première, et adressée à ce prince.

D'un autre côté, 1] faut placer la composition de cette Apologie tout à fait à la fin du règne d’Antonin le Pieux. Elle peut très-bien avoir été écrite, par exemple, sous la préfecture de Salvius Julianus, dont la magistrature se place entre celles de Lollius Urbicus et de Junius Rusticus, et qui peut du reste n’avoir duré que deux ou trois ans; de l’année 161, par exemple, au commencement de laquelle Antonin vivait encore, jusqu'aux calendes de janvier 163, époque certaine de l’entrée en charge de Junius Rusticus.

Aïnsi, en admettant que Junius Rusticus ait prononcé la condamnation de saint Justin dans la première année de sa charge, si l’Apologie ἃ été publiée avant le mois de mars 161, on pourra dire avec Eusèbe et tous les écrivains ecclésiastiques que le martyre de saint Justin suivit d'assez près ce dernier acte de courage et de foi.

Au contraire, en plaçant la publication de la seconde Apologie sous le règne de Marc-Aurèle, on ne comprend plus du tout que saint Justin rappelle comme des événements de la veille et de l’avant-veille des condamnations prononcées par Urbicus un an ou deux avant la fin du règne d’Antonin le Pieux; et en outre on comprend mal qu'il invoque, comme s’il rappelait une désignation com-

mune, la piété de Marc-Aurèle et la philosophie de Lucius Verus.

Nous considérons donc la seconde Apologie de saint Justin comme éerite à la fin de l’année 160, ou dans les deux premiers mois de l’année 161.

Cette seconde Apologie est moins une nouvelle défense de la doctrine des chrétiens qu’une chaleureuse protestaion contre les violences iniques dont ils sont victimes.

La persécution ἃ recommencé : le sang des chrétiens ἃ coulé de nouveau. Le préfet Urbicus a fait conduire au supplice des hommes innocents, sans autre raison que leur aveu de professer le christianisme. Voilà pourquoi saint Justin prend la plume, tout prêt à payer de son sang cette sainte audace.

Pourquoi, nous dit-on, les chrétiens, assurés qu’ils sont d’un bonheur éterne:, se plaignent-ils quand on les envoie à la mort? Pourquoi ne sortent-ils pas de la vie volontairement, et n’avancent-ils pas ainsi l’heure de leur félicité ?

Les chrétiens, répond saint Justin, n’ont pas soif de Ja mort, mais ils ne la craignent pas. [15 respectent trop la volonté de Dieu pour se tuer, mais ils ne sauraient acheter la vie au prix du mensonge et du parjure: aussi, quand on les interroge, avouent-ils librement et sans hésiter qu'ils sont chrétiens.

Comment, dit-on encore, leur Dieu ne les défend-il pas ? Est-ce done un Dieu impuissant ou crueï, ce père de toutes choses, comme 115 l’appellent, qui ne peut ou ne veut pas les soustraire aux coups de leurs ennemis ?

Dieu, répond saint Justin, a envoyé son fils dans la chair pour détruire la puissance des démons, et renouer entre le ciel et la terre un lien dès longtemps brisé. Il

CH. II. — LES DEUX APOLOGIES. Fi

faut que cette alliance se consolide et que ceux qui doivent être sauvés aient le temps de s'élever à la connaissance de la vérité. C’est par amour pour les bons que Dieu épargne les méchants et ajourne les châtiments qu’il leur réserve. C’est à cause des chrétiens que Dieu conserve le monde et retient ses foudres vengeresses. La lutte des paiens contre les chrétiens n’est pas en effet une lutte ordinaire. Il ne s’y agit pas seulement de deux sociétés rivales et d'opinions opposées. C’est la guerre entre le principe du mal et le principe du bien. Le principe du mal, c’est-à-dire les mauvais démons, haïssent naturellement la vérité et la vertu, et poussent aux dernières violences contre ceux qui l’aiment et la pratiquent. Jamais l’acharnement de ces démons ne fut plus déclaré, mais il n’est pas nouveau. De tout temps ils ont armé les hommes qu’ils avaient séduits contre ceux qui vivaient selon la raison, cherchaient la vérité et fuyaient le vice et l’erreur. C’est à leur instigation que Socrate fut mis en prison et condamné à boire la cigüe. C’est eux qui ont fait vivre au sein de la mollesse et de la volupté Sardanapale, Épicure et tous ceux qui leur ressemblaient, c’est eux qui ont attiré la haine et la mort sur la tête d’'Héraclite, et de notre temps sur celle de Musonius (1). Comment donc ne nous haïraient-ils pas, nous qui réglons notre vie, non sur une partie de la raison disséminée de toute part, mars d’après la raison méme dont nous sommes les 1mitateurs et les disciples (2)?

(4) Apol. 11, ὃ 8, p. 188.

(2) Οὐδὲν δὲ θαυμαστὸν, εἰ τοὺς οὐ κατὰ σπερματιχοῦ λόγου μέρος, ἀλλὰ χατὰ τὴν τοῦ παντὸς λόγου, ὅ ἐστι Χριστὸς, γνῶσιν χαὶ θεωρίαν πολὺ μᾶλλον μισεῖσθαι οἱ δαίμονες ἐλεγχόμενοι ἐνεργουσιν. (Apol. 11, $ 8,

Mais Dieu réserve aux flammes éternelles ces démons et leurs adorateurs. Que si l’on objecte que c’est là un vain épouvantail et de stériles menaces, et que nous ne parlons du feu qui doit dévorer les méchants que pour engager les hommes à pratiquer la vertu par crainte, plutôt que par sa seule beauté et son naturel attrait, je répondrai, dit saint Justin, que si les choses ne vont pas de la sorte, Dieu n’est pas, ou s’il existe, qu’il ne s’occupe pas des hommes; que le vice et la vertu sont des mots vides de sens, et que punir ceux qui font le mal est, de la part des législateurs, une odieuse iniquité. Mais les législateurs ne sont point injustes, et c’est Dieu, père de toute loi, qui, par la raison, leur ordonne de faire ce qu'il fait luimême (1).

Les lois varient d’un pays à l’autre, et les opinions des hommes sur le juste et l’injuste sont diverses. Cette diversité est l’œuvre des démons; la droite raison s’est fait jour à la fin, et à sa lumière, on ἃ vu que toutes les opinions et toutes les lois ne sont pas également bonnes, mais que les unes sont bonnes et les autres mauvaises.

Dans sa première Apologie, saint Justin fondait la vérité de la doctrine chrétienne sur les prophéties accomplies dans la personne de Jésus : ici, 1] laisse de côté cette démonstration, ou plutôt 1] en exprime les conséquences.

Le christianisme est plus vrai que tous les systèmes philosophiques, parce que le Christ, son fondateur, est la raison même de Dieu, apparue avec un corps et une âme. Toutes les vérités que les philosophes ont trouvées, ils les ont puisées dans la considération d’une partie de

(4) Apol. 11, $ 9, p. 490.

la raison. Nous seuls, chrétiens, connaissons la raison tout entière. Aussi, quel homme a cru à Socrate au point de vouloir mourir pour sa doctrine, tandis que des savants et des philosophes même donnent leur vie pour la doctrine du Christ (1)?

Saint Justin justifie de nouveau les chrétiens des vices et des débauches monstrueuses qu’on leur reproche. De nouveau, et avec plus de vivacité et d’amertume, il retourne ces accusations contre les païens. Si les chrétiens étaient coupables, en effet, feraient-ils si facilement et de si bon cœur le sacrifice de leurs plaisirs ? et préféreraient-ils une mort cruelle à la vie de débauches dans laquelle on les accuse de se complaire (2)? Mais ce sont des hommes pervers qui, par l'inspiration des mauvais démons, ont imaginé de nous imputer de pareils griefs. Ils ont, à force de tourments, arraché à des esclaves, à des enfants, à de faibles femmes, la révélation de ces crimes imaginaires qu'eux-mêmes commettent au grand jour. Mais comme nous sommes innocents, nous sommes sans inquiétude, ayant Dieu pour témoin de nos actions et de nos pensées (5).

Du reste, pourquoi ne ferions-nous pas montre de ces actions? Pourquoi ne dirions-nous pas que c’est bien agir et religieusement ? Nous égorgeons des hommes, c’est que nous célébrons les mystères de Saturne (4). Nous nous baignons, dit-on, dans le sang, c’est que nous imi-

(4) Apol. 11, ὃ 10, p. 192.

(2) Apol. 11, ὃ 12, p. 198.

(5) Apol. II, ὃ 12, p. 198.

(4) Malgré la défense rigoureuse des sacrifices humains, ils se pratiquaient encore en secret en Afrique. Tertullien l’atteste expressément. (Apologét., ch. 9.)

tons votre manière de rendre hommage à ce dieu dont vous arrosez l’idole, non seulement du sang d'animaux privés de raison, mais même de sang humain, que vous répandez par la main de votre plus illustre magistrat (1). Nous nous livrons à tous les excès d’une débauche sans nom : est-ce donc que nous imitons Jupiter et les autres dieux, dont vos poètes célèbrent les adultères et les incestes? Mais c’est au contraire parce que nous invitons tous les hommes à quitter de semblables pratiques el à renoncer à de pareils modèles ; c’est pour cela que nous sommes opprimés et persécutés de mille manières. Mais nous n’en prenons pas souci, sachant que Dieu nous voit et nous juge (2).

Plût au ciel que quelque orateur, du haut d’une tribune, s’écriât d’une voix tragique : « Rougissez, ah! rou- « gissez d’imputer à des mortels irréprochables des « crimes que vous commettez au grand Jour, et d’attri- « buer faussement à des hommes purs et sans tache

(1) Il s’agit ici des féries latines, fêtes à la fois politiques et religieuses, qui réunissaient sur le sommet du mont Albain, où se voient encore aujourd’hui les restes d’un temple, les députés des trente cités formant l’ancienne confédération du Latium.

Cette fête nationale se maintint jusqu’au IVe sièele de notre ère. Le premier consul y présidait : de sa main il immolait un taureau à Jupiter Latiaris. On faisait ensuite la visceralio, c'est-à-dire le partage et la distribution des chairs de la victime entre toutes les cités; puis avait lieu un banquet et des réjouissances nubliques. 11 n’est question nulle part, chez les auteurs profanes, de victimes humaines immolées Gans cette fête. Tertullien et Lactance, qui en parlent après saint Justin, font peut-être allusion aux jeux de gladiateurs, qui, depuis la période impériale surtout, étaient l’accompagnement ordinaire des fêtes religieuses. (Voir Nispv, Analisi della curla de’ intorni di Roma, 1. 1, p. 112.)

(2) Apol. 11, ὃ 12, p. 200.

« des actions qui sont propres à vous et à vos « dieux (1)! »

Saint Justin terminait cette Apologie en adressant un appel suprême à la conscience des ennemis de la doctrine chrétienne et à l’équité des empereurs. En même temps, il demandait que son livre fût répandu dans le public pour dissiper les préventions, éclairer l'ignorance et faire taire la calomnie.

On sait comme on lui répondit.

(4) Apol. 11, 842. p. 200.

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