‹ Saint JustinChapitre 5 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Bbiffusion du christianisme et premières persécutions.

Luttes des Juifs et des chrétiens jusqu’à la persécution de Néron. — Les Sadducéens premiers ennemis du christianisme. — Réaction de saint Étienne contre l'esprit judaïque du christianisme primitif, et premier effort d'émancipation. — Rupture avec la synagogue. — Saint Paul dégage la doctrine nouvelle des entraves du mosaisme. — Hostilité déclarée des Juifs. — Ils essaient d'armer contre les chrétiens les défiances de l'autorité politique. — Saint Paul, accusé au tribunal du proconsul de Césarée, en appelle à la juridiction impériale. — Les religions étrangères, à Rome. — Les chrétiens expulsés de Rome, sous le règne de Claude. — Saint Paul prisonnier à Rome, sous Néron. — Persécution de Néron. — Son occasion, son caractère. — Il est à croire qu'elle ne fut pas étendue par un édit aux autres provinces de l'empire. — Situation des chrétiens dans l'intervalle qui s'étend entre la persécution de Néron et celle de Domitien (65-95). — Persécution de Domitien. — Incertitude des documents historiques. — Situation des chrétiens sous Trajan. — Correspondance de Pline et de Trajan au sujet des chrétiens. — Le rescrit de Trajan règle la procédure à suivre à l'égard des chrétiens, et inaugure véritablement l'ère des persécutions légales. — Il sert de règle sous ses successeurs. — Le rescrit d'Adrien à Minucius Fundanus ne change pas la situation des chrétiens et ne doit pas être pris pour un édit de tolérance. — La douceur et l'humanité des Antonins modèrent seules la sévérité de leurs prescriptions à l'égard des chrétiens.

Le premier siècle de l'Église chrétienne est une ère d’enfantement et d’émancipation.

Parmi les disciples immédiats et les auditeurs du Christ,

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il s’en fallait que tous comprissent le sens mystique et l’esprit de-la nouvelle doctrine. Plusieurs prenaient dans un sens littéral et tout matériel l’établissement du royaume de Dieu, que leur maitre avait parfois annoncé comme devant avoir lieu dans un avenir très-prochain (1). Vainement 1] avait dit : « Le royaume de Dieu est au-dedans de vous (2). » « Seigneur, » lui disaient-ils, quand dans un entretien suprême Jésus leur parlait de ce royaume tout spirituel ;

« Seigneur, sera-ce en ce temps que vous rétablirez le

« royaume d'Israël (3)? » Jésus avait bien dit: « Annoncez « l'Évangile à toute créature. — Prêchez la pénitence et la « rémission des péchés parmi tous les peuples. — Allez et « enseignez toutes les nations (4). » Ils ne paraissaient se souvenir que de ces autres paroles : « N’allez point vers « les Gentils, et n’entrez dans aucune ville des Samari- « tains; mais plutôt allez vers les brebis perdues de la « maison d'Israël (5). — Je n’ai été envoyé qu’aux brebis « perdues de la maison d'Israël. Il n’est pas juste de prendre « le pain des enfants et de le jeter aux chiens (6). » Les premiers disciples sortis de la Galilée, Juifs de race et de

(1) « Sunt quidam ce hic stantibus qui non gustabunt mortem donec videant filium hominis veuientem in regno suo. » (S. MATIH., XVI, 38 ; ς, 25; XXIV, 34; de même dans l'Évangile de 5. MaARC, vit, 99, et dans celui de S. Luc, 1x, 27.)

(6) S. MATTH., xV, 24, 26.

CH. Ιου, — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. IX

caractère, ne songeaient pas d’abord à prêcher l'Évangile hors de la Palestine. A leurs veux, la loi nouvelle n'était pas une abrogation de l’ancienne. Ils se rendaient chaque jour au Temple et continuaient d'observer exactement les prescriptions formelles de la loi de Moïse (f). Saint Pierre lui-même semblait renouer la tradition des anciens prophètes, quand, dans la première chaleur de son enthousiasme, 1] fulminait des menaces contre ceux qui refuseraient d'écouter les leçons du Christ (2).

Les disciples de Jésus sortaient des entrailles mêmes de la nation juive. Juifs et chrétiens étaient frères par la communauté d’origine, de mœurs et même de croyance et de pratiques religieuses. Tous invoquaient et adoraient de la même manière le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob. Tous portaient sur leurs corps ce signe d’élection qu’il avait jadis donné à son peuple, la circoncision. Les mêmes fêtes les appelaient et les réunissaient au temple. Ils prenaient part aux mêmes cérémonies. Quelle différence Υ avait-il au premier jour, aux yeux même des apôtres et des premiers fidèles, entre la doctrine nouvelle et la loi ancienne? Une seule, à ce qu’il nous semble : la croyance que Jésus, fils de Marie, était le Messie, celui-là même que toute la nation attendait, et qui devait fonder le nouveau Royaume. Quel était ce royaume ? La plupart

lignoraient et ne comprenaient les promesses de Jésus

(4) 5. Luc, xx1v, 55; Actes des Apôtres, 11, 46 ; ut, 1. (2) Actes des Apôlres, ur, 23.

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sur ce point que comme l’annonce d’une délivrance ei d’une glorification prochaine d'Israël. Dans l’enseignement de Jésus, l’idée du nouveau Royaume et l’idée de la Résurrection s'étaient toujours présentées ensemble : aussi annonçaient-ils la résurrection hardiment et avec éciat, écoutés avec curiosité et peut-être avec sympathie par les Pharisiens, qui professaient ce dogme, mais heurtant de front les Sadducéens, qui ne l’admettaient pas. Ceux-ei s’émurent les premiers de ces prédications, non peut-être qu’ils vissent encore dans les apôtres des novateurs dangereux ; mais l’agitation des esprits produite par ces discours populaires pouvait compromettre la paix publique.

Aussi, après la guérison du boiteux à la porte du Temple, saint Pierre et saint Jean furent arrêtés au milieu de la foule qu’ils enseignaient, mis en prison, interrogés par le Sanhédrin, puis renvoyés, avec défense de troubler les esprits par leurs prédications. Nulle menace n’était capable d’étemdre ou de ralentir le zèle ardent qui les animait. La foi dont ils étaient remplis débordait d’elle-même. Possédés de l’esprit divin, il semblait qu’ils ne se sentissent plus les maitres de parler ou de se taire: « Jugez vous-même, « disaient-ils, s’il est juste de vous obéir plutôt qu’à « Dieu (1). » Le peuple commençait à affluer autour d’eux des bourgs voisins de Jérusalem. Incarcérés de nouveau, délivrés miraculeusement, puis saisis dans le Temple même et amenés devant le conseil des prêtres, ils alléguèrent

(1) Actes des Apôtres, τν. 19.

CH. er, — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. ΧΙ

encore la force divine à laquelle ils obéissaient, et sans se laisser intimider par les transports de leurs juges, confessèrent hautement Jésus prince et sauveur envoyé de Dieu pour la rémission des péchés d'Israël (1). On allait se porter aux dernières violences. Gamaliel, le maitre de Saul, se leva. Les paroles que lui prêtent les Actes, bien loin de prouver qu'il fut, comme on l’a dit quelquefois, partisan secret du christianisme, montrent, à notre avis, qu’il le considérait comme un de ces mouvements d’exaltation populaire fréquents à cette époque, provoqués par les communes espérances d’une prochaine rénovation, et qui, après avoir remué un instant le pays, tombaient sans laisser de trace. Les violences attirent la haine sur leurs auteurs, avivent le fanatisme et relèvent ce qui de soi n’est rien. « Laissons ces gens-là à eux-mêmes, dit-il. » Les fameuses paroles: « Si cette œuvre vient des hommes, elle « se détruira; si elle vient de Dieu, vous ne sauriez la « détruire, » me paraissent, dans la bouche de Gamaliel, l'expression d’une sérieuse et confiante piété, et en même temps un argument à l'appui du conseil de modération qu’il donnait (2). Le Sanhédrin se rendit à son avis. Les

(1) Actes des Apôtres, ν, 17, 53.

(2) Rien de moins fondé que l'hypothèse que Gamaliel était chrétien. Cette hypothèse repose sur un passage des Clémentines, 1, 65, où il est dit que Gamaliel resta, par le conseil des apôtres, dans le Sanhédrin, et dissimula afin de mieux servir les chrétiens et de les informer de tout ce qui serait entrepris contre eux. Ce passage, comme bicn d’autres des Clémentines, est une légende qui ne doit pas être prise au sérieux.

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apôtres furent fouettés et renvoyés avec des menaces. Inutile de dire qu’ils n’obéirent pas plus que la première fois. Les disciples se multipliaient et formaient déjà une sorte de société non encore séparée de la société juive par la diversité de la doctrine et des pratiques, mais déjà suspecte, et opposant aux défenses de l'autorité légale, 16 parle de l’autorité religieuse, un faisceau serré de cœurs et d’âmes unis par les liens de la plus étroite fraternité (1).

Les fidèles se recrutaient et parmi les Juifs purs et parmi les Juifs de race hellénique; et les préjugés étaient tels, on comprenait si peu le caractère et l’esprit de l'Évangile, que ces derniers se plaignaient que leurs veuves fussent traitées inégalement dans les distributions (2). Tant on semblait loin de songer à s'éloigner du Temple et à rompre avec la loi mosaique ! La scission commença bientôt. C’est l'honneur de saint Étienne, le premier martyr chrétien, d’avoir ouvert les hostilités. Étienne, le premier, réagit contre l'esprit étroit du judaïsme, et tenta de donner à la doctrine nouvelle plus d’air et de liberté. De quoi l’accusent 505 ennemis, en effet ? D’avoir proféré des paroles de blasphême contre le lieu saint et contre la loi, et d’avoir dit que Jésus de Naza-

(4) « Multitudinis autem credentium erat cor nnum et anima una; nec quisquam eorum quæ possidebat, aliquid suum esse dicebat sed eraut illis omnia communia. » |(Acl. Ap., IV, 52, δέ, 55.)

(2) « In diebus autem illis, crescente numero discipulorum, factum est murmur Græcorum adversus Hebræos eo quod despicerentur in ministerio quotidiano viduæ eorum. » (Act. Ap., νι, 1.)

CH. ler, — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XII reth détruirait le Temple et changerait les ordonnances que Moïse a laissées. L'auteur des Actes dit que les témoins qui déposaient contre lui étaient subornés (1). Mais devant le tribunal sacré des Juifs, Étienne songe-t-il à se justifier de ces griefs Ὁ L’entend-on faire une profession formelle de judaïsme ? Nullement. Il ne fait pas non plus, il est vrai, profession de dogmes nouveaux. Le Dieu qu'il prend à témoin est celui de ses pères, celui de sa nation, celui d'Abraham et de Moïse; mais voici des paroles remplies d'un esprit nouveau, quoique tirées des livres saints des Juifs : « Le Très-Haut n’habite pas dans les temples faits « par la main des hommes... Le ciel est son trône, et la « terre est son marchepied. Quelle maison me bâtirez- « vous, dit le Seigneur, et quel pourrait être le lieu de « mon repos ?.. Vos pères ont tué ceux qui leur prédi- « saient l'avènement du Juste, et vous, vous l’avez livré, « et vous vous êtes faits ses meurtriers (2). » L'auteur sacré se tait sur l’enseignement d'Étienne ; mais l’acte d'accusation dressé contre lui, la rage des docteurs du Sanhédrin, la neutralité des Pharisiens changée en haine et en persécution déclarée, tout cela permet d'affirmer qu'il avait pris en face du formalisme juif une position décidément hostile (3).

Étienne paya de sa vie les hardiesses de son langage (1) Act. Ap., VI, 13.

(2) Act. Ap., vi, 48, 49, 52.

) NEANDER, Hist. de l'élabliss. et de la direct. de l’Église chrélienne par les Apôtres (trad. par M. FONTANES, 1. 1, p. 30 et suiv.)

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et périt lapidé. C’est à ce moment que saint Paul, ou plutôt Saal, car il ne prit son nom chrétien que plus tard, apparaît dans l’histoire de l'Église. Fanatique observateur des traditions judaïques, il est à supposer que, loin de partager l’indifférence de Gamaliel pour la secte naissante, il frémissait au fond du cœur de la tiédeur d’un zèle que l’âge et l'étude avaient amorti, et répugnait aux conseils de modération que son maitre faisait prévaloir au Sanhédrin. La polémique d'Étienne contre le légalisme aride des Pharisiens acheva de l’enflammer. 1] était sans doute au nombre des Ciliciens qui, au rapport de l’historien sacré, disputaient contre lui (1). Ce qui est certain, c’est qu'il prit part à sa mort. Quand on le lapidait, 1] gardait les manteaux de ses meurtriers. Après la mort d'Étienne, il se signala plus que tous les autres par ses violences. Cette âme de feu, faite pour la vie militante et l’action, que la scholastique pharisaïque et les sèches pratiques de la religion légale n’avaient pu, j’imagine, ni mater, ni satisfaire ; qui cherchait peut-être dans lintempérance d’un zèle bruyant un moyen de s’étourdir et d'oublier quelque secret tourment intérieur, se jeta dans la lutte, pour une cause à laquelle peut-être elle n’appartenait plus tout entière, avec une sorte de fureur. [οἷν les Actes sont tout à fait explicites. Saul de Tarse ne respirait que menaces et que carnage (2). Il fouillait

(4) Act. Ap., νι, 9.

(2) Act App, 1x;

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les maisons, en tirait par force les hommes et les femmes, les faisait mettre en prison, et s’efforçait de les contraindre à blasphémer (1).

Le maitre avait dit à ses disciples : « Quand on vous persécutera dans une ville, allez-vous-en dans une autre. » Ils se souvinrent de cette parole, et se dispersèrent dans les pays voisins, portant et annonçant la bonne parole avec une ardeur que le sentiment du péril ne faisait qu’exalter. Saint Philippe, le premier, alla planter en Saniarie le drapeau de l'Évangile. Saint Pierre et saint Jean, qui étaient restés cachés à Jérusalem, vinrent bientôt confirmer sa prédication et en achever l'effet. Les Samaritains étaient de temps immémorial un objet d'horreur pour la nation juive. Se réfugier chez eux et les appeler à la communion de la foi nouvelle, c'était aigrir encore les haines et inaugurer en quelque sorte un schisme. Des Samaritains aux Genüls, il n’y avait qu’un pas.

Les chrétiens hellénistes, et Philippe à leur tête, après avoir parcouru les côtes méridionales et septentrionales de la mer Méditerranée, et fondé ça et là des communautés, passèrent en Phénicie, à Chypre et à Antioche. Là, si loin du foyer de la doctrine, et soustraits en quelque sorte à l'autorité et à la direction souveraine des apôtres, les uns annonçaient l'Évangile aux seuls Juifs; les autres, marchant plus librement dans la direction qu'Étienne avait imprimée aux esprits, se rapprochaient des paiens et les

(1) Act, Ap., VI, 99; VIN, 33; XXVI, 10, 11,

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instruisaient (1). L’inspiration individuelle tenait lieu de règle et présidait seule à la dispensation de la parole évangélique.

C'est ce mouvement de libre expansion que saint Paul sut affermir et diriger. Deux questions qui contenaient tout l’avenir du christianisme furent alors posées et résolues par la force des choses plus encore que par des raisons. La première était l'admission des étrangers au baptême chrétien; la seconde touchait à la valeur des cérémonies judaïques et de la circoncision.

Saint Paul, le premier, à Antioche de Pisidie, osa opposer à la loi de Moïse la foi en Jésus-Christ, affirmer l’indépendance de la doctrine chrétienne οἱ l'impuissance des traditions judaiques.

Les chrétiens de Jérusalem, étrangers à la lutte, et par conséquent au courant qui emportait saint Paul et saint Barnabé, n’apprenaient pas sans s’émouvoir que les païens, jusqu'alors accueillis plutôt qu’appelés, faisaient de toutes parts, à la voix de saint Paul, invasion dans l’Église. Les mêmes hommes qui avaient reproché à saint Pierre d’avoir été manger avec des étrangers ne pouvaient admettre qu’on proclamât l'impuissance de la loi de Moïse. Dès l’origine, je ne dirai pas deux partis, mais deux esprits bien différents, se montrent dans l'Église naissante : l'esprit pharisaïque, qui tendait à retenir et à enchainer l'Évangile au sein de la cité juive; l'esprit antipharisaïque,

(1) Act. Ap., χι, 19, 20.

CH. Ier. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XVII qui, plus fidèle, à ce qu'il semblait, à la pensée du Christ, tendait à le répandre librement parmi les . étrangers. Le premier régnait surtout en Judée et avait son foyer à Jérusalem. Ses représentants, en passant à Jesus, n’avaient pas dépouillé les préjugés de leur race; ils unissaient la erovance nouvelle à un respect scrupuleux des formes et des traditions anciennes. Chez eux, la foi en Jésus était la foi en un Messie national. La religion était un élément de leur patriotisme. L'esprit antipharisaique eut d’abord ses adeptes parmi les Juifs hellénistes. Étienne fut son premier interprète. Après sa mort, il se développa rapidement lorsque l'ombre du Temple ne couvrit plus la doctrine, et que, forcés de sortir de Jérusalem, les disciples allèrent trouver les païens.

L’admission des païens à la participation des promesses divines fut une question qui éveilla sans doute plus d’un scrupule; mais l'esprit libéral l’emporta. Après sa première mission, saint Paul s’éeriait : « Dieu ἃ ouvert aux païens la porte de la foi (4). » L'esprit pharisaïque essaya bientôt de prendre sa revanche, et posa la même question sous une autre forme : les observances légales ne sont-elles pas de l'essence du christianisme ? ne faut-il pas astreindre les paiens convertis à la circoncision? Soulevée à Antioche, cette seconde question fut à demi résolue à Jérusalem (2).

(1j Act. Ap., xIV, 26.

(2) Le concile de Jérusalem aboutit plutôt à un accommodement politique qu’à une solution trauchée.

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Elle se posa de nouveau à Antioche entre saint Paul et saint Pierre. L'œuvre de saint Paul et son éternel honneur, c’est de l'avoir décidée dans le sens le plus large. Aussi, peut-on dire que c’est lui qui affranchit la doctrine chrétienne des entraves du mosaïsme et lui ouvrit véritablement le monde. C’est là sa mission providentielle. On opposait à l’apôtre le mot du Christ : « Je ne suis pas venu détruire la loi, mais l’accomplir (1). » Saint Paul ne s'arrête pas à la lettre. Il considère cet achèvement comme une transformation essentielle du mosaisme. La loi est à ses yeux une tutelle, une servitude, un joug que Jésus ἃ brisé. L'Évangile, selon lui, n’est pas un dernier chapitre ajouté à la loi. Jésus, en apportant sa doctrine, ἃ substitué à une œuvre provisoire, imparfaite, d’une valeur relative, temporaire et locale, une œuvre essentiellement nouvelle, indépendante, n’empruntant rien à la loi, seule efficace par elle-même, parfaite, définitive, qui, faite pour tous les hommes, pour les Juifs comme pour les païens, suffit seule à les sauver. Qu'importe donc qu’on soit circoncis ou incirconcis, grec ou barbare, homme libre ou esclave? qu'importe qu’on soit assidu aux lectures du sabbat, qu’on fasse la distinction des jours et des viandes ? Ces cérémonies et ces traditions sont de vaines formalités, inutiles aux Juifs et dangereuses pour les païens, chez lesquels elles peuvent éteindre l’es-

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