CHAPITRE II
Quel que soit leur goût poiu* les spéculations philosophiques, les Apologistes savent au besoin les dépasser pour utiliser les données plus hautes de la révélation. Pour ce qui regarde, en particulier, l'idée de Dieu, la doctrine du Verbe coïncidait trop bien avec les notions platoniciennes bien connues, qui étaient alors répandues dans toutes les écoles, pour que, dans des esprits pétris de philosophie comme l'étaient les Apologistes, une combinaison pût ne pas se faire. Aussi bien Aristide et Minucius Félix sont les seuls qui se soient contentés de donner de Dieu une notion purement spiritualiste. Les autres, nettement et à plusieurs reprises, affirment la Trinité; ils s'expliquent plus ou moins clairement sur la nature et le rôle de chacune des personnes; ils s'efforcent même d'élucider et de justifier jusqu'à un certain point le mystère. Dans ces fragments épars on découvre un mouvement concordant de pensées, d'où l'on peut, sans trop de peine, dégager comme une ébauche de théologie trinitaire.
Tout d'abord, les Apologistes s'accordent à signaler en Dieu plusieurs réalités distinctes, qui subsistent au sein de l'être divin sans entamer son unité fondamentale. De nombreux textes, qu'il serait ti'op long et trop fastidieux de recueillir ici, nomment isolément le Père, le Fils et le Saint-Esprit; d'autres fois, mais plus rare-
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ment, ils sont réunis en formules ternaires. Deux passages de saint Justin sont classiques à cet égard : dans le premier, entre le Fils et le Saint-Esprit, Justin intercale assez curieusement les anges.
« Nous croyons au ÎDicu très vrai, père de la justice, do la sagesse et des autres vertus, en qui ne se mclaiige rien de mal. -Mais aussi nous vénérons, nous adorons, nous honorons en esprit et en vérité le Fils qui est venu d'auprès de lui pour nous enseigner cette doctrine, l'armée dos autres bons anges ([ui le suivent et qui lui ressemblent, et l'esprit prophétique (1). »
Le second texte est exempt de toute équivoque.
« Nous adorons le créateur de cet univers... Quant à celui qui fut pour nous le maître de cette doctrine et qui a été engendré pour cela, Jésus-Christ, qui fut crucifié sous Ponce-Pilate..., nous avons appris qu'il est le Fils du Dieu véritable et nous le mettons au second rang. En troisième lieu, nous honorons aussi l'Esprit prophétique (2). »
Il est vrai que, plus loin, Justin écrit cette phrase : « Par l'Esprit et la vertu de Dieu, nous ne pouvons entendre que le Verbe, le premier-né de Dieu (3). » Mais ce texte obscur ne saurait légitimement prévaloir contre les textes clairs où nous avons \ai que Justin fait la distinction du Père, du Fils et de lEsprit.