LA VALEUR DU JUDAÏSMR
qui croient lui offrir dos sacrifices en lui présentant du sang, de la graisse ou des holocaustes et lui plaire par de tels honneurs, ceux-là, rien ne les distingue, à mon avis, de ceux qui déploient la même libéralité à l'égard d'idoles insensibles : les uns offrent leurs présents à des dieux qui n'en peuvent recevoir l'honneur; les autres s'imaginent offrir quelque chose à celui qui n'a besoin de rien.
» Quant à leur crainte au sujet des aliments, à la superstition du sabbat, à la circoncision dont ils se vantent, aux jeûnes et aux néoménies qu'ils iiifectent d'observer, ce sont des choses ridicules et insignifiantes, sur lesquelles je ne pense pas que tu aies rien à apprendre de moi. Car d'aller, parmi les créatures que Dieu a faites pour l'usage des hommes, en recevoir tiuelquesunes comme créées à propos et rejeter les autres comme inutiles et superflues, comment ne serait-ce pas criminel? Et de dire mensongèrement que Dieu défend de faire quelque bien le jour du sabbat, comment ne serait-ce pas impie? De même regarder avec orgueil la circoncision pour un signe d'élection, comme s'ils étaient pour cela l'objet d'une affection spéciale de Dieu, comment ne serait-ce pas dérisoire? A les voir enfin surveiller la lune et les étoiles, épier les jours et les mois, s'emparer des dispensations providentielles de Dieu et des vicissitudes des saisons pour transformer arbitrairement les unes en jour de fête, les autres en jour de deuil, qui ne trouverait là beaucoup plus de déraison que de culte divin? C'est donc à bon droit que les chrétiens
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s'écartent de la vanité et de l'erreur communes des païens, ainsi que de l'empressement et de l'orgueil des Juifs (1). »
Ces déclamations visiblement excessives, et plus éloquentes, en somme, que profondes, continuent la tradition inaugurée par l'Epitre du Pseudo-Barnabe et restent aussi loin de la haute théologie de saint Paul. Elles prouvent du moins combien vive fut dans certains cercles chrétiens l'opposition au Judaïsme : la religion chrétienne, devenue victorieuse, prenait durement sa revanche contre la rivale qui avait voulu tout d'abord l'étouffer en l'absorbant.
La pensée commune des docteurs chrétiens s'inspire des mêmes sentiments, mais avec moins d'étroitesse et d'injustice. Elle est exprimée dans les ouvrages de controverse juive, dont le Dialogue avec Tryphon nous reste comme un précieux spécimen. Comme tous les ouvrages de saint Justin, le Dialogue est écrit avec beaucoup de désordre et l'on a quelque peine à en discerner le plan. On y distingue cependant une première partie, qui est à peu près tout entière consacrée à établir le sens général et la valeur du Judaïsme (2). Comment sei'vir Dieu et se sauver en dehors de la Loi que Dieu lui-même a donnée? Telle est bien la question fondamentale entre Juifs et chrétiens : Tryphon la pose très nettement au début même de l'entretien.
« Voici ce qui nous étonne. Les crimes qu'on vous reproche sont des racontars qui ne mcri-