Dialog
un Dieu et que vous en avez un antre : c'est le même qui a fait sortir vos pères de la terre d'Egypte d'une main puissante et d'un bras élevé. Nous n'espérons pas non plus en quelque autr9, car il n'y en a pas; mais dans le même quel vous, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob. Seulement nous n'espérons en lui ni par Moïse ni par la Loi; sinon nous ferions la même chose que vous.
» Or j'ai lu, ô Tryphon, qu'il devait y avoir une Loi suprême et une alliance plus parfaite qui s'impose maintenant à tout homme qui ambitionne l'héritage de Dieu. La Loi de l'Horeb est déjà vieillie et n'est plus que pour vous seuls; celle-ci est pour tous, sans distinction. Mais une loi portée contre une autre loi abroge la précédente; un testament postérieur annule le premier. Or la loi éternelle et dernière nous a été donnée, c'est-à-dire le Christ, et le testament fidèle après lequeil il n'y a plus de loi, plus de préceptes, plus de commandements. Est-ce que tu n'as pas lu ce que dit Isaïe : « Ecoutez-moi, écoutez-moi, ô mon peuple, et vous, ô rois, prêtez-moi Voreille : une loi sortira de moi et mon jugement pour la lumiire des nations. Ma justice approche rapidement, mon salut va sortir et les nations espéreront en mon bras » (Isaïe, li, 4-5). Il parle de même par la bouche de Jérémie au sujet de cette même nouvelle alliance : « Voici que les jours viennent, dit le Seigneur, où je donnerai à la maison d'Israël et à la maison de Juda une alliance nouvelle, non pas celle que je donnai à leurs pères le jour où je les pris par la main pour les faire sor-
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îF'âe la terre d'Kgi/pte » (Jéhkmie, xxi, 31-32). » Ainsi donc Dieu a annoncé qu'une alliance nouvelle serait conclue, et cela pour la lumière dos nalions. Nous voyons d'autre part et nous savons que, par le nom de Jésus-Christ le crucifié, les hommes quittent leurs idoles et autres iniquités pour se rapprocher de Dieu et persistent jusqu'à la mort à confesser cette foi. Do ses œuvres et de la puissance qui l'accompagne tout le monde peut conclure qu'il est lui-même la nouvelle Loi, la nouvelle alliance, l'espoir de ceux qui, dans toutes les nations, attendent les bienfaits de Dieu. »
Justin rappelle quelques autres paroles d'Isaïe (lv, 3-5); puis il s'élève contre l'aveug'lement des Juifs qui ne se rendent pas à cette évidence.
« Celte loi, vous l'avez méprisé^e; cette alliance nouvelle et sainte, vous n'en avez fait aucun cas. Maintenant même vous ne la recevez pas et vous ne faites pas pénitence de vos fautes... Le législateur est là, et vous ne le voyez pas ; les pauvres sont évangélisés, les aveugles voient, et vous ne comprenez point. Il faut désormais une seconde circoncision, et vous cherchez votre gloire dans la chair. La loi nouvelle vous ordonne d'observer sans cesse le sabbat, et vous pensez être pieux en vous reposant un seul jour, sans comprendre pourquoi ceci vous a été prescrit. Et quand vous mangez du pain azyme, vous dites avoir rempli la volonté de Dieu. Ce n'est pas en ces pratiques que se complaît le Seigneur notre
Dieu. S'il y a parmi vous quelque parjure ou quelque voleur, qu'il cesse de l'être ; s'il y a quelque adultère, qu'il se convertisse : il a observé le bon et vrai sabbat de Dieu (1). »
Dans ces dernières phrases, Justin souligne déjà l'imperfection et la vanité des observances purement rituelles à côté des réalités morales de la nouvelle Loi. Il poursuit cette critique dans les chapitres suivants, d'abord à propos des ablutions légales.
« Si quelqu'un n'a pas les mains pures, qu'il S3 lave et il est pur. Ce n'est certainement pas au bain qu'Isaïe vous envoyait pour vous y laver de vos meurtres et autres fautes : toute l'eau de la mer ne saurait vous en purifier. Il désignait déjà ce bairi salutaire des âmes repentantes, où ce n'est plus le sang des boucs et des brebis, la cendre d'une génisse ou une oblation de farine qui les purifie, mais la foi, grâce au sang et à la mort du Christ qui est mort à cet effet... C'est donc par ce bain de la pénitence et de la connaissance de Dieu, qui a été institué pour les péchés des peuples, que nous avons cru ; et nous savons que ce baptême qu'annonçait Isaïe, le seul qui puisse purifier ceux qui se repentent, c'est cette eau qui nous donne la vie. Quant aux citernes que vous vous êtes creusées, elles sont crevassées et bonnes à rien. A quoi bon ce baptême qui fait seulement briller la chair et le corps ? Lavez-vous l'âme de la colère et de l'avarice, de l'envie et de la haine : alors votre corps sera pur.