‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 212 sur 257 · Dialog · texte numérisé non relu

Dialog

2. .Ailleurs Tryphon objecte que Jésus lui-même a observé la Loi. Justin n'a pas de peine à établir que c'est l'effet d'une dispensation rédemptrice, comme ses souffrances et sa mort. Dialog., 67.

Telle est, sur la valeur du Judaïsme, la pensée de saint Justin. Nous aurions aujourd'hui quelque peine à nous en contenter, et les moins difficiles trouveront sa polémique bien étroite et son exégèse bien artificielle. Mais de ces divers détails on voit se dégager une théologie dont l'inspiration générale vaut plus que les arguments qui la fondent. La critique du Judaïsme est, en somme, pour Justin, sous couleur de réfutation, le premier degré d'une démonstration qui tend à renouer la trame proAndentielle de l'histoire et à rattacher le Christianisme aux origines mêmes de l'humanité.

CHAPITRi; VU

Si l'on se rappelle que les Apologistes étaient surtout des spéculatifs, préoccupés de philosophie et d'idées généralos. et que leurs œuvres s'adressaient à un public profane complètement ignorant des mystères chrétiens, on ne s'attendra pas à trouver chez eux beaucoup de renseignements sur l'organisation et la vie intime de l'Eglise. De fait, on pourrait lire certaines Apologies sans se douter que le Christianisme est autre chose qu'une simple école philosophique, sans soupçonner qu'il est une société reliligieuse organisée avec une hiérarchie et un culte qui lui sont propres. On y trouve seulement d'assez nombreuses descriptions de la vie des chrétiens, mais conçues ordinairement d'un point de vue oratoire et aiX)logétiqUe. plus propre par conséquent à nous émouvoir sur Texcellence de leurs vertus qu'à nous instruire sur les détails réels de leur existence. Cependant, grâce à saint Justin, nous sommes un peu renseignés non seulement sur l'attitude générale de la vie chrétienne, mais sur ses rites caractéristiques.

A la fin de sa première Apologie, pour répondre aux calomnies monstrueuses que les païens faisaient courir sur les a.ssemblées chrétiennes, Justin décrit en détail ces réunions. A ce besoin de justification, nous sommes redevables de quelques chapitres des plus précieux au point de vue historique, liturgique et doctrinal. Voici d'abord le rite de l'initiation.

« Ceux qui croient fermement à la vérité de nos enseignements et de notre doctrine promettent d'abord de vivre selon ses lois. Alors on leur apprend à prier et à demander à Dien, dans le jeûne, la rémission de leurs péchés passés, et nous-mêmes, nous prions et jeûnons avec eux. Ensuite, nous les conduisons à un endroit où il y! a de l'eau, et là, de la même manière que nous avons été régénérés nous-mêmes, ils sont régénérés à leur tour. Au nom de Dieu, le père et le maître de toutes choses, et de notre Sauveur Jésus-Christ, et de l'Esprit Saint, ils sont alors baignés dans l'eau. Car le Christ a dit : « Si cous ne renaissez, vous 7i'entrerez pas dans le royaume des deux » (Jean, m, 3-5). Il est bien évident pour tout le monde qu'une fois né il est impossible de rentrer dans le sein de sa mère. Le prophète Isaïe enseigne de quelle manière les pécheurs repentants effaceront leurs péchés. Il s'exprime ainsi: «. Lavez - vous, purifiez - vous, enlevez le mal de vos cœurs, apprenez à bien faire, rendez justice à Vorphelin et défendez la veuve: venez alors et comptons, dit le Seigneur. Vos péchés fussent-ils comme la pourpre, je les blanchirai comme la laine; fussent-ils comme /'«carlate, je les blanchirai comme la neige. Mais si vous ne m'écoutez pas, le glaive vous dévorera. C'est la bouche du Seigneur qui a dit ces choses» (ISAÏE, I, 16-20).

» Voici, sur ce point, la doctrine que nous avons apprise des Apôtres. Dans notre première génération, nous venons au monde, sans le savoir et par nécessité, d'une semence humide,- grâce

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à l'iinicwi imiliit'llt' de nos paicnts ; nous vivons ciisiiito avec de mauvaises niceurs et des hal)iludes criminelles. Pour ([ue nous no restions pas les enfants de la nécessité et de l'ignorance, mais de l'élection et de la science, pour nous obtenir la rémission de nos fautes i)assées, quand (pielqu'un veut être régénéré et se repent de ses péchés, on invoque sur lui dans l'eau le nom de Dieu, le père et le maître de toutes choses... Ce bain s'ai)pelle iUiDinnatiou, parce que ceux qui le reçoivent ont l'esprit rempli de lumière. Et aussi au nom de Jésus-Christ qui fut crucifié sous Ponee-Pilate, et au nom de l'Esprit-Saint qui a prédit par les Prophètes tout ce qui concerne Jésus, est lavé celui qui est illuminé (l). »

Saint Justin parle encore du baptême dans quelques passages du Dialogue, pour montrer qu'il est le vrai moyen de sanctification prédit par les Prophètes et que, <à la différence des vaines abkitioii.? des Juifs, il est « une eau de vie, la seule qui puisse purifier les âmes repentantes » (2).

Nous avons ainsi les premiers rudiments d'une théologie sur la nature et l'institution du Baptême, sa nécessité et ses effets, ses figures et son svmbolisme.

Après le Baptême, le nouveau chrétien est invité à recevoir l'Eucharistie.

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