‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 218 sur 257 · Aristide, Apologie · texte numérisé non relu

Aristide, Apologie

Justin. 21

trent supérieurs aux lois par leur conduite. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas et on les condamne ; on les met à mort, et ils y puisent la vie ; ils sont mendiants et ils en enrichissent plusieurs; ils manquent de tout, et tout leur arrive en abondance; on les déshonore, et parmi les affronts on les couvre de gloire ; on déchire leur réputation, et on rend témoignage à leur vertu; on les maudit, et ils bénissent; on les insulte, et ils rendent tous les honneurs ; ils font le bien, et on les châtie comme des malfaiteurs; mais dans le châtiment même, ils se réjouissent parce qu'ils y trouvent la vie ; les Juifs leur déclarent la guerre comme à des étrangers et les Grecs les poursuivent; mais leurs adversaires ne sauraient dire le motif de leur haine.

» Pour tout dire en un mot, ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L'àme est répandue dans tous les membres; les chrétiens aussi sont dispersés dans toutes les villes. L'âme habite dans le corps, mais elle ne vient pas du corps : de même les chrétiens habitent dans le monde, mais ils ne sont pas du monde. L'àme invisible est cachée dans un corps visible ; ainsi les chrétiens se voient dans le monde où ils vivent, mais leur piété est invisible. L'âme est détestée et persécutée par la chair, sans lui avoir fait aucune injure, parce que seulement elle lui interdit certains plaisirs : les chrétiens aussi sont haïs par le monde, sans lui avoir causé aucun tort, parce qu'ils résistent à ses voluptés. L'àme aime la chair et les membres qui la haïs-

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st'iil ; les (Invlioiis aiiiioul, lotus oiinomis. 1/àmc est eiiformée dans le corps, mais elle garde le corps; de mémo les chrétiens sont enfermés dans lo monde connno dans nno prison, mais ils gardent le monde. L'âme immortelle habile une demenro mortelle; les chrétiens aussi habitent comme des locataires cotte terre corrui)tible, en attendant l'incorruptibilité céleste. L'Ame maltraitée on fait de nourriture et de boisson devient meilleure : ainsi les chrétiens accablés de supplices voient tous les jours croître leur nombre. Diou a voulu leur donner un rang si éminent qu'il ne leur est plus permis de déchoir (1). »

De ces panégyriques ou peut du moins retenir que les chrétiens se (listiug:uaieut au milieu de la société païenne, par l'austérité pieuse de leur vie, par l'innocence de leurs mœurs (2), par leur patience devant les injures et la mort, surtout j)ar une inépuisable charité. Ces vertus éminemment chrétiennes ont été réalisées, dans cet âge héroïque, plus largement qu'à aucune autre époque, tellement que les Apologistes en pouvaient tirer, comme nous l'avons vu, un argument — et non des moindres — en faveur de leur doctrine.

Cependant, il ne faudrait pas croire que tout fût parfait dans l'Eglise du second siècle. Les Apologistes, qui exaltent les vertus des chrétiens, n'en laissent pas soupçonner les défaillances. On ne saurait leur en faire un reproche; car, parlant surtout a des païens, ils n'étaient pas obligés de tout dire. Mais des auteurs contemporains ne nous laissent pas ignorer qu'il y avait aussi des pécheure dans la société chrétienne

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