‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 87 sur 257 · Ibid., III · texte numérisé non relu

Ibid., III

114 l'apologétique des apologistes

« Puisque, en fait de religion, vous ne pouvez rien apprendre de vrai auprès de vos maîtres, qui vous ont donné par leurs contradictions assez de preuves de leur ignorance, il me paraît logique de revenir à nos ancêtres, qui sont beaucoup plus anciens que les vôtres, qui n'ont rien enseigné de leur crû, qui n'ont pas travaillé à se combattre et réfuter mutuellement, mais qui, sans disputes et sans désordres, ont reçu de Dieu la science et nous l'ont transmise... Ils n'ont pour ainsi dire qu'une seule bouche et une seule voix au sujet de Dieu et de l'origine du monde, de la création de l'homme, de l'immortalité de l'âme et du jugement futur, en un mot, au sujet de toutes les choses dont la connaissance nous est nécessaire. Leur enseignement à tous est harmonieux et concordant, alors qu'ils ont écrit dans des lieux et des temps différents pour nous enseigner la doctrine divine (1). »

On voit quelle grande importance les Apologistes ont attachée aux li\T*es de l'Ancien Testauient : ils y trouvent comme un précis du Christianisme et exploitent comme une raison de croire la transcendance et surtout l'aimirable accord de leur doctrine. Chez la plupart, cet argiument fondamental est confirmé, ainsi que nous l'avons dit plus haut, par le témoignage des philosophes païens, qui sont toujours plus ou moins regardés comme débiteurs de la Bible.

1. Cohortatio ah Graecos, 8, Cf. 35-36. Voir aussi Athé- NAGORE, Legatio, 7 et 9.

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L'Ancien Tfslauiont. a encore une valeur prophétique. La plupart des Apologistes se contentent d'allusions très A'agues à cette prédiction do l'avenir (1); saint Justin, au contraire, a été profondément saisi par cette idée, dont il fait, même en s'adressant aux païens, le point principal do son apologétique.

« Dans les livres des Prophètes, nous lisons que Jésus notre Christ doit venir, qri'il naîtra d'une vierge, qu'il parviendra à l'âge d'homnie, qu'il guérira toute maladie et toute infirmité, qu'il ressuscitera les morts, que, persécuté et mé: connu, il sera crucifié, qu'il mourra, qu'il ressuscitera et montera au ciel, qu'il est et sera appelé Fils de Dieu, qu'il enverra certains hommes annoncer ces choses dans le monde entier et que ce seront surtout les Gentils qui croiront en lui. Or, ces prophéties furent faites bien avant sa venue, tantôt cinq mille, tantôt trois mille, tantôt deux mille, ou encore mille et huit cents ans à l'avance; car les Prophètes se succédèrent les uns aux autres, de génération en génération (2). »

Notre apologiste parcourt ensuite, mais paâ toujours avec ordre, les principales prophéties. La bénédiction de Jacob fixe la date de l'avènement du Messie.

« Il 7ie manquera pas de rois de Juda, ni de

1. Voir T.\TiEN, Oratio. 29; Théophile, ad Autolyc. I. 14; II. 9; HT. 17; Tertullien, Apologd. 20. '

2. Justin, ApoL, I. 30. Pour accréditer l'autorité de ces écrits. Justin rapporte ici la légende des Septante.

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chefs de cette race jusqu'à ce que vienne celui à qui il a été réservé» {Gen. xlix, 10)... Examinez avec soin et vous verrez jusques à (iiiand les Juifs ont eu un chef et un roi de leur nation : jusqu'à l'apparition de Jésus-Christ, notre maître, l'interprète des mystérieux oracles. Ainsi l'avait prédit par Moïse l'Esprit divin, saint et prophétique, que les Juifs ne manqueraient pas de chef jusqu'à ce que vint celui à qui était réservé le royaiune.... Or, après l'apparition de Jésus, vous avez régné sur les Juifs et vous dominez sur tout leur territoire (1). »

Le Sauveur devait naître d'une vierge, suivant l'oracle d'Isaïe (vu, 14). C'est aussi ce que veulent dire les dernières paroles de la prophétie de Jacob déjà citée : « il lavera sa robe dans le sang de la grappe ». « Ce sang de la grappe dont il est ici question, signifiait que celui qui devait venir aurait du sang, un sang dû non à la semence humaine, mais à la puissance divine. » Michée prédit sa naissance à Bethléem (v, 2); Isaïe, sa vie cachée jusqu'à l'âge viril (ix, 6) et les miracles de son ministère (xxxv, 5-6) (2). Sa mort surtout est annoncée avec précision, principalement par le célèbre chapitre 53 d'Isaïe; l'entrée à Jérusalem sur un ànon est prédite par Moïse {Gen. xlix, 11) et par Zacharie (IX, 9); les avanies de sa Passion, par Isaïe (lxv, 2; l, 6-8) et surtout par David dans le Psaume xxi (3). Sa mort sur la croix est pareillement annoncée.

« Uïi petit enfant 7ious est né... : le signe de sa puissance est sur ses épaules » (Isaïe, ix, 6). Il

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