CH. II. — ÉTAT MORAL DE L'’EMPIRE. LIX
d’exemple aux pratiques et aux ministres du culte légal, n’avait pas craint de dévoiler l’impuissance de la divination et le charlatanisme des augures. |
Mais si la religion païenne allait chaque jour se dégradant et perdant son empire sur les âmes ; si les riches, énervés par le luxe et la volupté, avaient désappris la crainte et le respect des divinités ; si la foule, abrutie par la servitude, ne portait aux cérémonies officielles qu’une curiosité inintelligente, tout sentiment religieux n'était pas éteint pour cela. Il semblait au contraire plus vif qu'autrefois. La .preuve en est dans les conquêtes rapides du christianisme et de ses fidèles ou infidèles interprètes, dans le nombre infini des temples et des autels pubhes ou privés, dans la diversité incroyable des cultes, enfin dans la vogue étonnante dont jouissaient partout les astrologues, les magiciens et les thaumaturges, que les grands interrogeaient avidement, et qui séduisaient par leurs prestiges la crédulité de la foule. La superstition, n'est-ce pas l’exaltation et le déréglement du sentiment religieux ? Là où manque la foi religieuse ou les convictions philosophiques, les âmes dévoyées, et ne sachant où se prendre, se laissent aller aux plus grossières et aux plus puériles superstitions, et trompent ainsi ce besoin du divin que toutes éprouvent avec plus ou moins d'énergie.
Une autre preuve de la vivacité du sentiment religieux, c'est que la philosophie et la religion populaire, autrefois ennemies, tendaient à se rapprocher.
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