IDÉE GÉNÉRALE DE CETTE TROISIÈME PARTIE
Dans sa défense de la doctrine chrétienne, saint Justin use très-fréquemment d’un argument qui devait, à ce qu’il semble, toucher ses adversaires, et sur lequel il convient d’insister quelque temps. Nous voulons parler des nombreuses analogies qu’il signale entre les dogmes chrétiens et les enseignements philosophiques ou religieux du paganisme.
Que les païens fussent peu frappés de sa démonstration de la divinité du Christ, cela se conçoit aisément. Il s’en fallait que tous les Juifs trouvassent dans les témoignages de leurs livres sacrés une suffisante raison de croire à l’accomplissement des prophéties touchant le Messie, dans Ja personne de Jésus, né dans une étable et mort sur la croix. Les allégories et les figures de l’Ancien-Testament, toute la poésie de David et d’Isaïe, étaient pour les païens lettre morte. Comment auraient-ils pu suivre saint Justin dans des interprétations que Tryphon et ses amis traitaient d’arbitraires ? A quelle lumière auraïent-ils pu contrôler et vérifier ses assertions? L'histoire de Jésus était pour eux entourée de ténèbres, et les passages des livres juifs, que saint Justin prétendait s’ajuster aux événements peu
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connus de cette histoire, vagues et obscurs, n’étaient guère capables d'éclairer leur ignorance ou de forcer leur conviction. Mais quel meillecr moven de détruire leurs préjugés et de désarmier leur colère que de dire : « Vous êtes philosophes, noas le sommes aussi; vous estimez que la vérité est le premier besoin des âmes, nous le pensons comme vous; vous faites profession de suivre Platon et les stoiciens, vous vous dites leurs disciples, vous pensez qu’ils ont bien parlé sur Dieu et sur les devoirs des hommes, nous le croyons comme vous ; nous ne craignons pas de leur rendre hommage. Notre maitre ne nous a pas appris à mépriser la sagesse humaine, et la vérité nous est chère en quelque main que nous la trouvions. Loin de haïr vos philosophes, nous pensons et nous parlons le plus souvent comme eux. Loin d’être vos ennemis, nous sommes vos frères par le sang et par les opinions, plus conséquents que vous seulement, et plus fidèles à notre conscience et aux enseignements de vos philosophes, car nous ne voulons pas porter nos cœurs aux pieds de divinités ridicules, que notre maître comme les vôtres nous ont appris à mépriser. » |
Nous voulons sur ce point presser l’opinion de saint Justin et examiner de près et en détail les analogies qu’il indique lui-même entre quelques dogmes chrétiens, tels au moins que saint Justin les expose, et certains dogmes philosophiques ou certaines traditions religieuses du paganisme.
Ce n’est pas (avons-nous besoin de le dire?) ure comparaison générale et en règle que nous instituons entre le pagan:sme et le christianisme.
Le christianisme forme un tout distinct, complet et homogène. C’est une doctrine parfaitement liée dans toutes