XIV INTRODUCTION
et périt lapidé. C’est à ce moment que saint Paul, ou plutôt Saal, car il ne prit son nom chrétien que plus tard, apparaît dans l’histoire de l’Église. Fanatique observateur des traditions judaïques, il est à supposer que, loin de partager l'indifférence de Gamaliel pour la secte naissante, il frémissait au fond du cœur de la tiédeur d’un zèle que l’âge et l’élude avaient amorti, et répugnait aux conseils de modération que son maitre faisait prévaloir au Sanbédrin. La polémique d’Étienne contre le légalisme aride des Pharisiens acheva de l’enflammer. Il était sans doute au nombre des Ciliciens qui, au rapport de l’historien sacré, disputaient contre lui (1). Ce qui est certain, c'est qu’il prit part à sa mort. Quand on le lapidait, il gardait les manteaux de ses meurtriers. Après la mort d’Étienne, il se signala plus que tous les autres par ses violences. Cette âme de feu, faite pour la vie militante et l’action, que la scholastique pharisaique et les sèches pratiques de la religion légale n'avaient pu, j'imagine, ni mater, ni satisfaire ; qui cherchait peut-être dans l’intempérance d’un zèle bruyant un moyen de s’étourdir et d'oublier quelque secret tourment intérieur, se jeta dans la lutte, pour une cause à laquelle peut-être elle n’appartenait plus tout entière, avec une sorte de fureur. [ci, les Actes sont tout à fait explicites. Saul de Tarse ne respirait que menaces et que carnage (2). Il fouillait
(1) Act. A4p., vi, 9.
(2) Act. Ap., 13, 1.
CH. Ier. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. xv
les maisons, en tirait par force les hommes et les femmes, les faisait mettre en prison, et s’efflorçait de les contraindre à blasphémer (4).
Le maître avait dit à ses disciples : « Quand on vous persécutera dans une ville, allez-vous-en dans une autre. » Ils se souvinrent de cette parole, et se dispersèrent dans les pays voisins, portant et annonçant la bonne parole avec une ardeur que le sentiment du péril ne faisait qu’exalter. Saint Philippe, le premier, alla planter en Samarie le drapeau de l'Évangile. Saint Pierre et saint Jean, qui étaient restés cachés à Jérusalem, vinrent bientôt confirmer sa prédication et en achever l'effet. Les Samaritains étaient de temps immémorial un objet d'horreur pour la nation juive. Se réfugier chez eux et les appeler à la communion de la foi nouvelle, c'était aïigrir encore les haines et inaugurer en quelque sorte un schisme. Des Samaritains aux Gentils, il n’y avait qu’un pas.
Les chrétiens hellénistes, et Philippe à leur tête, après avoir parcouru les côtes méridionales et septentrionales de la mer Méditerranée, et fondé çà et là des communautés, passèrent en Phénicie, à Chypre et à Antioche. Là, si loin du foyer de la doctrine, et sôustraits en quelque sorte à l'autorité et à la direction souveraine des apôtres, les uns annonçaient l'Évangile aux seuls Juifs: les autres, marchant plus librement dans la direction qu'Étienne avait imprimée aux esprits, se rapprochaient des paiens et les
(t) Act. Ap., vu, 89; var, 35 XXVI, 10, 11.