XVI INTRODUCTION
instruisaient (1). L'inspiration individuelle tenait lieu de règle et présidait seule à la dispensation de ia parole évangélique.
C'est ce mouvement de libre expansion que saint Paul sut affermir et diriger. Deux questions qui contenaient tout l'avenir du christianisme furent alors posées et résolues par la force des choses plus encore que par des raisons. La première était l'admission des étrangers au baptême chrétien ; la seconde touchait à la valeur des cérémonies judaïques et de la circoncision. |
Saint Paul, le premier, à Antioche de Pisidie, osa opposer à la loi de Moïse la foi en Jésus-Christ, affirmer l’indépendance de la doctrine chrétienne et l’impuissance des traditions judaïques. |
Les chrétiens de Jérusalem, étrangers à la lutte, et par conséquent au courant qui emportait saint Paul et saint Barnabé, n’apprenaient pas sans s’émouvoir que les païens, jusqu'alors accueillis plutôt qu’appelés, faisaient de toutes parts, à la voix de saint Paul, invasion dans l’Église. Les mêmes hommes qui avaient reproché à saint Pierre d’avoir été manger avec des étrangers ne pouvaient admettre qu’on proclamât l'impuissance de la loi de Moïse. Dès l'origine, je ne dirai pas deux partis, mais deux esprits bien différents, se montrent dans l'Église naissante : l'esprit pharisaïque, qui tendait à retenir et à enchainer l'Évangile au sein de la cité juive; l'esprit antipharisaïque,
(1) Act. Ap., x1, 19, 20.
CH. Ier. — PREMIÈRES PERSÉCUTIONS. XVII
qui, plus fidèle, à ce qu'il semblait, à la pensée du Christ, tendait à le répandre librement parmi les étrangers. Le premier régnait surtout en Judée et avait son foyer à Jérusalem. Ses représentants, en passant à Jesus, n’avaient pas dépouillé les préjugés de leur race; ils unissaient la croyance nouvelle à un respect scrupuleux des formes et des traditions anciennes. Chez eux, la foi en Jésus était la foi en un Messie national. La religion : était un élément de leur patriotisme. L'esprit antipharisaïque eut d’abord ses adeptes parmi les Juifs hellénistes. Étienne fut son premier interprète. Après sa mort, il se développa rapidement lorsque l'ombre du Temple ne . couvrit plus la doctrine, et que, forcés de sortir de Jérusalem, les disciples allèrent trouver les paiens. L'admission des païens à la participation des promesses divines fut une question qui éveilla sans doute plus d’un scrupule; mais l’esprit libéral l’emporta. Après sa première mission, saint Paul s’écriait : « Dieu a ouvert aux païens la porte de la foi (1). » L’esprit pharisaïque essaya bientôt de prendre sa revanche, et posa la même question sous une autre forme : les observances légales ne sont-elles pas de l'essence du christianisme ? ne faut-il pas astreindre les païiens convertis à la circoncision? Soulevée à Antioche, cette seconde question fut à demi résolue à Jérusalem (2).
(1) Act. Ap., xIV, 26.
(2) Le concile de Jérusalem aboutit plutôt à un accommodement politique qu’à une solution trauchée.