‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 15 sur 106 · I. Dialogue... VIIT, t · texte numérisé non relu

I. Dialogue... VIIT, t

LES ORIGINES DE SAINT JUSTIN. SA CONVERSION, il

En réalité celte expression ne prouve rien que l'admirable candeur de celte nature si droite. Il ne cherchera désormais la lumière de son esprit, des règles pour sa conduite, que dans la foi du Chrisl; ses convictions sont celles de lous les autres chrétiens, disciples des Apôtres, membres de la même Eglise. Pas un seul inslant il n'aura l'illusion, caressée par Origène, de faire pénétrer dans la doctrine de celte Eglise quelques dogmes de Platon. Mais il a fait tout d'abord profession de philosophie. C'est pour lui un litre de noblesse. Il ne voit pas que le nom de chrétien soit incompatible avec celui de philosophe. Le christianisme est seulement une philosophie plus sûre. Au lieu des maîtres qui onl vaguement parlé du vrai Dieu, parmi beaucoup d'autres, et qui ont renoncé à le prêcher, il a les prophètes, inspirés par l'Esp rit- Saint, elles apôtres qui annoncent a tous le salut en Jésus-Christ. Peu lui importe que sa foi exige la soumission de sa raison. Elle lui fait connaître Dieu, lui promet qu'il le possédera un jour, et c'est justement ce qu'il demandait à la raison, reconnue impuissante. Non qu'il la regarde désormais comme inutile. Elle s'exercera avec plus d'activité que jamais, mais aussi avec plus de certitude, sur des objets très relevés, qui lui sont présentés dans l'obscurité de la foi, en attendant l'évidence de la lumière. Tout cela, c'est encore de la philosophie, de la philosophie religieuse, s'entend, mais c'était celle qu'il avait rêvée. Juslin sera donc plus philosophe que jamais, et ne quittera pas le manteau porté par ceux qui renon-

cent à tout emploi pour s'attacher à la sagesse. Peut-être, quand il prit cette résolution, ne savait-il que ce manteau cachait trop souvent des vices honteux. Le péripatéticien de Naplouse l'avait scandalisé. Que sera-ce quand il rencontrera Crescens?

Tel est le récit de Justin lui-même sur sa conversion.

Par la philosophie il cherchait Dieu; quand il n'a plus foi dans les hommes, il est disposé à accepter une autorité divine. Un mouvement intérieur l'y pousse, il étudie les Écritures saintes, il est convaincu. Cela, c'est la crise intellectuelle, terminée heureusement sous l'impulsion de la grâce. C'était le côté qui pouvait intéresser un juif comme Tryphon, auquel Justin racontait son histoire. Lui indiquer comment, ayant cru aux Ecritures, il avait du même coup adhéré au christianisme, c'était l'inviter, étant sur le même chemin, à le suivre jusqu'au bout. La réalité de cette expérience intellectuelle admise, rien n'empêche d'y associer d'autres mobiles. Et c'est Justin lui-même qui nous informe de ce qui se passa en lui. On serait bien étonné qu'un pareil ho mme ait été insensible à cette preuve morale incontestable que fut le témoignage des martyrs.

c( Lorsque j'étais disciple de Platon, écrit-il dans sa seconde Apologie, entendant les accusations portées contre les chrétiens et les voyant intrépides en face de la mort et de ce que les hommes redoutent, je me disais qu'il était impossible qu'ils vécussent dans le mal et dans l'amour des plaisirs. Quel homme adonné au plaisir et a la débauche,

aimant a se repaître de la chair humaine, pourrait courir au-devant de la mort et supporter la privation de ses biens? Ne chercherait-il pas à tout prix à jouir toujours de la vie présente, à se soustraire aux magistrats, bien loin de s'exposer à la mort en se dénonçant lui-même^? »

Les chrétiens étaient donc à tout le moins innocents des calomnies populaires, et leur mort une iniquité sociale dont il fallait pénétrer le secret. Justin vit de près les chrétiens et apprit à les admirer. Il comprit ce que la foi leur infusait d'énergie pour mener une vie sainte dans un monde corrompu. La valeur morale du christianisme le toucha tellement qu'il en fît un des arguments de son apologie. Et c'est pour cela même que nous ne devons pas développer ici ce point. II fallait dire cependant la part qu'il eut dans la conversion de Justin, conversion parfaite, puisqu'elle provint de dfspositions droites et d'intentions pures. Justin embrassa le christianisme parce qu'il donnait à son esprit la certitude sur Dieu et sur les rapports de l'homme avec Dieu, et parce qu'il était l'inspirateur d'une vie morale la plus noble qui se puisse concevoir. D'ailleurs, avec les exigences très strictes de son idéal, il n'était pas disposé à regarder comme chrétiens ceux qui manquaient h leur devoir d'hommes. Faire profession de la foi chrétienne c'était, pour Justin, s'engager à mener une vie sainte, jusqu'au sacrifice de la vie. Ce fut l'exemple qu'il donna, durant toute sa vie, et dans sa mort.

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