I. Dialogue... XXXIX
Tillemont a cru qu'il était prêtre. Personne n'a adopté cette conjecture. C'est donc que Justin, tout laïc qu'il était, se croyait charge d'âmes, responsable envers Dieu s'il ne répandait pas la vérité qu'il avait conquise par une grâce spéciale. Il le dit en maint endroit, s'excusant de se répéter dans l'intérêt de ses auditeurs, car la vérité importe plus que les grâces du style : « Nous savons que tous ceux qui peuvent dire la vérité et ne la disent pas seront jugés par Dieu, selon que Dieu le témoigne par la bouche d'Ezéchiel, lorsqu'il dit : (( Je t'ai établi gardien de la maison d'Israël; (( si le pécheur pèche et que tu ne l'avertisses pas, (( il sera perdu lui-même par son péché, mais a toi (( je te demanderai son sang; si au contraire tu « l'as averti, tu seras innocenta »
11 n'y a aucun indice que ce zèle ait été indiscret ou peu respectueux de la hiérarchie ecclésiastique, déjà parfaitement organisée. Il ne faut y voir qu'un sentiment fraternel pour tous les hommes, une manifestation de cette solidarité charitable qui fut sans doute pour beaucoup dans la rapide expansion du christianisme.
Justin a cru, en toute simplicité, qu'ayant sur la plupart de ses frères une supériorité intellectuelle, il devait la mettre au service de tous, et ce n'est point une conjecture dénuée de fondement que d'attribuer ses voyages a l'ardeur de son prosélytisme.
S'il faut en croire Eusèbe, sûrement bien in-