‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 18 sur 106 · I. Dlaloirac... LXXXIL · texte numérisé non relu

I. Dlaloirac... LXXXIL

26 SALNÏ JUSTIN.

formé, c'est îi Éphèse qu'il rencontra le juif Tryphon ; il y eut avec lui la controverse* que nous a conservée son célèbre dialogue. On touchait k la fin de la guerre d'Hadrien contre les Juifs, c'est-a-dire qu'on était environ en Tan i35 après Jésus-Christ.

Justin était converti depuis deux ou trois ans. Comment, en si peu de temps, a-t-il pu acquérir une connaissance si approfondie de l'Ecriture? Ce serait un véritable miracle, dépassant de beaucoup la grâce qu'il dit avoir reçue de comprendre les Livres saints. Nous savons, par le dialogue lui-même, qu'il ne fut écrit qu'après la première apologie (vers iSs), vingt ans environ après la discussion qu'il relate. Ce n'est pas une preuve que cette discussion n'a pas eu lieu en réalité et n'est qu'un prétexte à l'usage du dialogue. Mais comme il était impossible, même avec des notes, de reproduire tel quel un si long entretien, ou d'y produire de mémoire des pages entières de l'Écriture, on estimera sans doute que tout l'ouvrage a été composé a loisir, et que Justin y a mis tout ce qu'il avait appris de l'Ecriture et de l'exégèse rabbinique par des études assez prolongées.

Cependant on suivra ici l'ordre des faits ; cela est d'autant plus à propos que la théologie de Justin dépend en grande partie de son intelligence de la Bible, qui fut depuis sa conversion l'aliment de sa foi et de sa sainteté.

Le début du dialogue n'est pas sans grâce. Comme certains interlocuteurs des dialogues de

Cicéron, Justin se promenait de grand matin dans le xyste. « Les xystes, dit Tillemont, étaient des places a peu près comme nos bourses des marchands ou la place Royale de Paris, où il y avait des galeries pour se promener, et des sièges en divers endroits pour les philosophes, les rhétoriciens, et les autres personnes qui s'entretenaient de lettres et de sciences ^ »

Je ne sais s'il y a encore a Paris de tels endroits, en dehors de la Sorbonne ou du palais de l'Institut. Le xyste d'Éphèse était ouvert à tous venants. Justin, arrivant de Palestine, est abordé par un autre émigré du même pays. C'était un juif. Il avait fui la répression très dure des soldats d'Hadrien, et s'était fixé en Grèce. Le manteau de philosophe que portait toujours Justin attira son attention, et il l'aborda avec une certaine affectation de politesse, prenant prétexte de l'avantage qu'il y avait à fréquenter les philosophes. Et il est bien aise de nommer en passant un philosophe socratique qu'il a connu à Argos.

On serait injuste envers Justin en lui prêtant trop de malice. Il a donc observé et noté ce trait amusant : le juif, très poli quand il croit s'adresser à un philosophe païen, devient insolent quand ce philosophe se trouve être un chrétien, de cette secte que les Romains persécutaient plus encore que les juifs.

Cet israélite se nommait Tryphon. Était-ce le célèbre Rabbi Tarphon, une des lumières du ju-

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