I. toc, stipr. cit
avec lui dans sa chapelle, en particulier celles de saint Epvre, pour lequel il avait une grande dévotion ; il les plongea dans du vin et quiconque but de ce breuvage — c’est Wibert qui nous le rapporte — recouvra rapidement la santé. Il s’appliquait du reste à mériter ces faveurs. Chaque jour, quelles que fussent les fatigues d’un tel voyage, il offrait la sainte Victime et, au milieu de la messe, se retournant vers les assistants, il les exhortait à faire pénitence et à travailler à leur sanctification. <t De la sorte, ajoute le chroniqueur \ ses pieux avis encourageaient les âmes à la perfection, tandis que ses prières délivraient les corps du trépas. » Et, toute la nuit, les gens de son cortège et les habitants du pays qu’avait frappés le fléau, arrivaient en foule, avec des lumières, veiller près de son logis et, le matin, par l’intercession des saints et sa puissante médiation, ils se trouvaient guéris. Le bruit de ces merveilles se répandit dans toute la contrée et jusque sur les bords du Tibre; il lui valut la réputation d’un thaumaturge et fortifia l’afiectueuse vénération que l’on avait déjà pour sa bonté et pour sa vertu.
Avec une vie si bien remplie, l’âme, si vaillante fût-elle, ne pouvait rester maîtresse du corps qu’elle animait. Pendant toute une année, Brunon fut miné par une maladie de langueur : les médecins étaient fort inquiets et le patient lui-méme se croyait perdu* Mais, une nuit, vers l’heure des matines, par une inspiration qu’il attribuait à la miséricorde du Seigneur, il se fit porter à l’église et déposer devant l’autel de saint Biaise, l’un des célestes protecteurs
I, Wibert, op, cit,^ 1. II, c. i.
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que la confiance de nos pères se plaisait à invoquer. Et là, non point durant le sommeil, car depuis longtemps le sommeil l’avait quitté, il fut ravi en extase. Il vit le bienheureux descendre de l’autel, s’approcher de son brancard et lui demander avec intérêt quel était le mal qui le tourmentait. Et, ensuite, il lui sembla que le saint évêque lavait avec délicatesse la partie malade, la frottait avec un baume et se retirait. Il essaya de se lever : la santé et les forces lui étaient rendus. Appelant alors ceux qui l’assistaient, il leur raconta sa vision, les invita à remercier Dieu et, comme il se souvenait que saint Biaise le lui avait prescrit, il entonna le verset : « Quis Deus magnus sicut Deus noster ? Qui est grand comme notre Dieu ? » Puis, il chanta l’office de nuit et revint à sa demeure, à pied et sans lassitude.
Outre les labeurs de la vie pastorale et les fatigues des pèlerinages, ce qui avait pu contribuer à cette langueur, c’étaient les coups qui le frappèrent successivement dans ses affections les plus chères. Ses frères, Gérard, un brave et courtois chevalier, comme l’appelle notre biographe, et l’on sait ce que sous entend cet éloge ; puis Hugues, cet autre luimême dont la tendre affection, redisait-il plus tard, était la consolation de son àme, furent enlevés tous deux par une mort prématurée. Ernest, son beaufrère, le mari de sa sœur Adélaïde, se révolta contre Conrad et, après bien des vicissitudes, des réconciliations et des brouilles, tomba proscrit et excommunié, dans une rencontre, en véritable chef de bandits. Et puis, ce fut Conrad, dont il pleura la perte, en loSg, non point par ambition, car il pensait avoir trouvé à Toul la part de son héritage, mais
par affection et par reconnaissance. La pieuse Heilwige suivit bientôt ses deux fils dans la tombe. Après une longue et douloureuse maladie qui lentement la consuma, elle s’éteignit dans les sentiments de la charité la plus attentive et du détachement le plus absolu. Le comte Hugues ne lui survécut que peu d’a'nnées; il avait hérité, de son neveu Eberhard VI, du fief du Nordgau et commencé, contre toute surprise de rôdeurs ou d’ennemis, sur un promontoire rocheux, voisin du bourg d’Eguisheim, les trois tours de Weckmund, de Wahlenbourg et de Dagsbourg dont l’ensemble formait un imposant massif. Leurs ruines grandioses et pittoresques couronnent encore aujourd’hui le Schossberg, la montagne des châteaux ; elles dominent au loin la plaine immense et reportent l'imagination vers ces temps qui ne sont plus, temps de mœurs farouches et de cruels désordres, mais de foi sincère, de charité ardente et d’austères repentirs. Hugues subit la loi de toute chair et il légua le vieux et le nouveau manoirs d’Éguisheim et le comté du Nordgau à Hugues, son neveu, et son corps fut réuni a celui d’Heilwige, dans les caveaux de l’abbaye Sainte-Croix qu’il bâtissait à Woffenheim.
Brunon désormais était prêt. De la nature, il tenait une belle stature, une noble prestance, un visage affable et sympathique, un esprit droit, judicieux, pratique, une volonté active, ferme et décidée et, avec ces dons si précieux, une bonté sereine et ces qualités aimables qui d’emblée concilient les suffrages. Sa famille riche, puissante et considérée lui assurait dans le monde des égards et du crédit, et l’expérience qu’il avait acquise de la vie, durant les années de son épiscopat, avait mûri les leçons qu’il
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avait reçues aux écoles de Toul, comme à la cour de Conrad.
Éveque d un vaste diocèse, sis à la frontière de trois importants royaumes, à la limite de deux langues, à la rencontre de deux courants qui déjà se dessinaient; appelé par ses devoirs féodaux à se rendre aux diètes impériales et, partant, à visiter 1 Allemagne; amené, parla mission qu’il eut à remplir auprès du roi Robert, à traverser une bonne partie de la France et, par ses pieux voyages, à parcourir la Bourgogne et Tltalie ; mis en relations avec les moines et surtout avec l’un des chefs du mouvement clunisien, il possédait du bien et des maux, des besoins et des ressources de son temps, une science exacte et profonde, faite d’observations personnelles et d’échanges de vues avec les personnages les plus autorisés. Il savait les tendances absolutistes qui commençaient à se manifester visà-vis du Siège apostolique dans les conseils de l’empereur et des rois; il avait été le témoin attristé de la situation malheureuse et précaire que les intrigues, les factions, les désordres avaient créée à la Papauté, et il avait pu entrevoir quels remèdes la Providence lui ménageait.
Il était dans la force de l’âge, dans la plénitude de ses facultés; partout, à Rome, comme en France, en Lorraine, comme en Germanie, la dignité de sa vie et l’aménité de son caractère lui avaient attiré estime, sympathie et vénération. Sa sainteté le détachait des intérêts périssables; l’épreuve et la maladie avaient fait en son cœur leur œuvre purifiante et les derniers liens venaient d’être brisés, qui retenaient à la terre son amour filial. Il appartenait dès lors tout entier à Dieu et à son Église et,
c’est en suivant ainsi, degré par degré, la formation de ses hommes, que le chrétien se sent ému d'une humble et respectueuse admiration à l’égard de la Sagesse suprême qui arrive à ses fins avec tant de de douceur et de continuité.