Op. cit,y I
4* Liea de naissance du pape alsacien, saint Léon JX»
haute impartialité, se soient fait un devoir de ne point taire les raisons de leur adversaire, tout lecteur, désireux d’instruire lui-même cette cause, doit se référer à chacun de leurs ouvrages et, après les avoir lus, après avoir pesé tous les textes qu’ils alignent, il emportera sans doute la conviction que j’ai remportée moi-même : c’est que jamais la question ne sera péremptoirement tranchée, ni en faveur d’Éguisheim, ni en faveur de Dagsbourg (ce n’est point sans intention que j’emploie ici le terme ancien).
Le seul texte contemporain et indiscutable est cette phrase de Wibert : « Procreatus est in dulcis Elisatiæ finibus », laquelle peut s’entendre également de l’une et de l’autre localité : le mot fines^ en effet, dans la langue classique, signifie tout ensemble frontières et territoire et, dans le latin médiéval, il a plutôt le second sens^
Et ce n’est pas le nom de Dagsbourg ou d’Éguisheim, accolé au nom de Brunon par les écrivains postérieurs, qui pourrait servir d’argument, car, au xi^ siècle, les noms des terres et des seigneuries n’étaient point encore usités *. Dans Wibert et dans les autres documents de l’époque, le fils du comte Hugues et de la vertueuse Heilwige, l’archidiacre, l’évêque de Toul ne s’appelle jamais que Brunon, et tel de ses petits neveux, ^ui vécut à la fin duxi® siècle, est indifféremment nommé : le comte Hugues, fils
1 . Éguisheim inYoque en sa faveur ce texte des Annales de Saxe (iiSa) « Hic,,» oriundus de Alsatia^ ex castello quod dîcîtur Egenesheïm » (Pertz, Mon, Germ, hist,^ SS,, VI, 687); mais les partisans de Dabo font remarquer que oriundus ne veut pas précisément dire ne' à, mais originaire de, et ils citent très à propos ce texte de Tite-Live : « Hippocrates et Epicydes, nati Carthagine, sed oriundi ab Syracusis» » (Liv. XXIV, ch. vx), a. Brucker, op, cit,, I, 36 a ; « Les noms de famille ».
SAINl^ LÉON IX.
du comte Henri; Hugues, le très puissant comte d’Alsace ; Hugues, comte d’Égensheim (Ëguisheim) ; Hugues, le Taillant comte de Dasborc (Dagsbourg).
Encore, s’il était possible d’établir lequel des deux manoirs, Éguisheim ou Dagsbourg, servait de résidence habituelle au comte Hugues IV, dans les années où son fils s'éveilla à la lumière de ce monde, la solution paraîtrait moins inabordable ; mais, sur ce point également, les textes qui peuvent être allégués, les considérations auxquelles on peut se livrer, servent tantôt l’une, tantôt l’autre opinion.
En ceci, comme en bien d’autres questions ici-bas, il faut donc nous résoudre à l’incertitude. Cette discussion, toutefois, n’a point été infructueuse : elle a stimulé le culte de saint Léon IX : Ëguisheim et Dabo rivalisent de dévotion envers le bienheureux pontife et, au regard de l’histoire, comme aux yeux du Très-Haut, cette pieuse émulation, cet accroissement de piété et de zèle leur sont des titres plus méritoires que celui d’avoir possédé, par un simple concours de circonstances, le berceau d’un enfant prédestiné.
Aujourd’hui, en effet, Ëguisheim voit se réaliser le vœu de Mgr Stumpf et une gracieuse chapelle, de style roman, ornée de peintures et de. vitraux historiés, s’élève dans l’enceinte de l’antique château et conserve, dans une superbe châsse, une partie du chef de notre bienheureux, fragment détaché de la précieuse relique dont s'honorait l’abbaye de Lucelle et que possède actuellement l’église de Buchswiller. Chaque année, dans la vieille cité des comtes du Nordgau, comme à Buchswiller, comme à Bennwiller, héritier de la relique de Woffenheim, l’anniversaire du 19 avril
est Tobjet d'une grande solennité et le diocèse de Strasbourg tout entier s’y associe : le fête du saint enfant de l’Âlsace est inscrite à son calendrier au rang des doubles de seconde classe.
Le traité de Francfort a changé derechef la situation religieuse de Dabo et de Walscheid : ils appartiennent maintenant au diocèse de Metz. Mais la dévotion à saint Léon IX ne s’en est point refroidie. La chapelle, dédiée en 1826, a été restaurée, embellie, décorée d’une tour monumentale et les deux Léosbergs, tous deux si pittoresques, ne sont point fréquentés seulement par les touristes : ils retentissent des pieux cantiques et des prières des pèlerins. Dabo, comme Eguisbeim, comme Sessa et Bénévent, célébra avec pompe, en 1902, le neuvième centenaire de la naissance de saint Léon IX et obtint, à cette occasion, que le petit-fils du comte Louis fût donné comme patron principal aux trois paroisses du ban : Dabo, La Hoube et Schæferhof.
Et l’église de Metz, en recevant Dabo, n’en a point repoussé les traditions et les souvenirs : elle a sollicité de la sainte Congrégation des Rites la concession de l’office du bienheureux pontife et elle le célèbre, le 19 avril, sous le rite double.
Nancy-Toul, à son évêque vénéré, Saint-Dié, à son grand-prévôt présumé, sont demeurés fidèles : les deux diocèses, issus de la vaste circonscription où s’exerça son activité pastorale, ont porté sa fête au rang de double majeur et Nancy, vers i 865 , lui a dédié une belle église, de style ogival, qui, par les vicissitudes de la guerre et de Témigration, est devenue la paroisse de nombreux enfants de l’Alsace. Touchante attention de la Providence ! à ces exilés qui pleuraient, d’une douleur si amère, la terre bénie
de la patrie foulée par le pied de l’étranger, elle avait ménagé pour protecteur, pour consolateur, un compatriote chéri et vénéré !
Pour terminer, redisons la conclusion de Wibert, le biographe de notre Saint : n A nous maintenant de solliciter du bienheureux Léon qu’il nous daigne ouvrir ces trésors de bonté et de miséricorde qu’il posséda si riches, dès ici-bas. Alors, par son précieux suffrage, délivrés des liens du péché, nous mériterons de participer, en sa compagnie, à la céleste béatitude, si toutefois cela est agréable au Seigneur qui fait merveilles en ses saints et qui s’entend glorifier par leurs hymnes de reconnaissance, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ! »
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