‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 5 sur 44 · I. Idem^ ibid · texte numérisé non relu

I. Idem^ ibid

INTUODÜCTION.

des banques; presque tous vivent avec leurs épouses ou des Temmes moins respectables. » La loi du célibat, en maintes régions, était devenue lettre morte; c’était presque une vertu pour un prêtre de rester fidèle aux lois d’un honnête mariage. Et les biens ecclésiastiques constituaient ainsi un patrimoine que beaucoup s’arrangeaient, en dépit des canons, à transmettre à leurs fils ou à leurs gendres : c'étaient, avec un surcroît d’abaissement, dans l’Église d’Occident, les us et coutumes des chrétientés orientales, au grand dommage du prestige, de l’influence, de l’action du clergé séculier.

Sans doute, à cette époque de mœurs rudes et dissolues, de passions violentes et souvent brutales, le scandale était moindre; mais quel enseignement, quelle direction pouvaient donner de tels pasteurs? La foi était restée vivace; mais elle prenait forcément un développement tout matériel ; la religion n’était qu’une superstition grossière, une vénération presque payenne des saints et des reliques, une confiance absolue aux ordaliesy véritables sommations à la divinité d’avoir à intervenir dans les jugements humains.

Cette ignorance des clercs et des fidèles préparait à l’hérésie un terrain favorable. Le courant, sans doute, ne pouvait être encore aux spéculations théologiques : trop rares étaient les docteurs qui eussent pu s’y livrer; trop élémentaire, leur enseignement; mais, par endroits, reparaissaient les vieilles erreurs des Pélagiens, des Docètes, des Manichéens, mêlées, altérées, diversifiées, au gré du caprice et des circonstances. A Orléans, en 1022; à Arras, en 1025 ; à Charroux, en Aquitaine, vers 1029, des clercs furent condamnés par les évêques et par des synodes. Ils niaient la Trinité; croyaient à l’éternité

du ciel et de la matière; affirmaient que le Christ n’était point né de la Vierge Marie et n’avait point réellement souffert; ils déclaraient, en outre, que le baptême ne remettait point le péché et n’était point nécessaire pour acquérir la vie spirituelle. Quelquesuns même, poussant jusqu’au bout la logique de leurs principes, prétendaient que les bonnes œuvres étaient illusoires et superflues et que les égarements du corps ne pouvaient avoir pour conséquences la souillure et la perte de l’âme : c’était l’encouragement flagrant à l’immoralité. Ces erreurs venaient d’Italie, où, peut-être, les avait-on reçues des Bulgares. Et, malgré les conciles, elles se propageaient dans le midi de la France, avec une force d’expansion et une ténacité de résistance qui commençaient à devenir alarmantes.

Et, vers io45, après un enseignement déjà long, à Tours, puis à Angers, soit insuffisance d’études scripturaires, soit jalousie pour des maîtres plus doctes et plus courus, soit plutôt orgueil et désir de briller, un ancien disciple du pieux et savant Fulbert de Chartres, Bérenger commençait à émettre, en termes assez voilés ou mieux assez obscurs — la doctrine dans son esprit s’élaborait encore — des idées qui surprenaient et inquiétaient les plus avisés de ses amis^ Il avait repris, en les aggravant, les explications hasardées jadis du mystère de l’Eucharistie par Jean Scot Érigène, le maître de l'école palatine sous l’empereur Charles le Chauve (•{■ vers 886) et sa théorie semblait devoir aboutir à une alté-

I. Les textes principaux concernant les débuts de Bérenger ont été publiés par Delarc, Un pape ajsacien^ 269 et sq., et par Brucker, V Alsace et l’Église^ ii, 393 et sq., Appendice I : Pièces relatives à Bérenger.

INTRODUCTION

ration radicale du dogme de la présence réelle. « O le plus perspicace des hommes, lui écrivait Hugues, évêque de Langres*,... si tu n’avais pas seulement d’un œil distrait et prévenu étudié les maximes des Pères, tu ne dirais pas, en parlant du sacrement du Corps et du Sang de Jésus-Christ, que, dans ce sacrement, se trouve le Corps du Seigneur et que ce Corps est incorporel.,.* Ne prétends- tu pas que ce Corps qui, d’après toi-même, a été crucifié, est un être intellectuel? » L’erreur se formulait à peine : les amis de Bérenger pensaient pouvoir l’enrayer; mais stimulé par le bruit qui commençait à se faire autour de son nom, se sentant soutenu par son condisciple, Eusèbe Brunon, qui était devenu évêque d’Angers, et par Geoffroy Martel, le puissant comte d’Anjou, le novateur ne semblait point prêt à fléchir vers l’orthodoxie : il y avait dans ce coin de la France un gros orage qui se formait.

Ce n’est point que ces questions de doctrine passionnassent la foule ignorante, ni même les seigneurs dont l’esprit pouvait avoir été cultivé davantage : la discussion restait entre écolâtres, abbés et évêques. La foi pourtant régnait, chez les laïcs comme chez les clercs, chez les humbles comme chez les puissants, pas toujours éclairée sans doute, mais intense, énergique, agissante. La sainteté s’asseyait sur le trône : saint Henri II et sainte Cunégonde, son épouse, donnaient à l’Allemagne l’exemple des plus pures vertus; saint Édouard le Confesseur (io 4 i- 1066) était, pour l’Angleterre, ce monarque pacifique que célèbre l’Écriture ; saint Étienne convertissait son peuple. Sans atteindre à de si hautes vertus, les empe-

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