‹ Saint LouisChapitre 1 sur 5 · Saint Louis · texte numérisé non relu

Saint Louis

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Le « bon roy saint Loys » naquit à Poissy le 25 avril 1214, l’année de la bataille de Bouvines. Son aïeul Philippe Auguste occupait le trône. Il était fils de Louis, prince héritier, qui fut huitième du nom, et sa mère était Blanche de Castille, fille d'Alphonse VIIL que Louis avait épousée en 1200.

La jeunesse du saint devait être courte ; son père mourait le 8 novembre 1226, lui passant, à douze ans, l'héritage d’un grand prince, la charge d’une grande nation et l'inquiétude d’un sombre avenir.

La chrétienté était troublée ; la France n’était pas faite ; les rivalités des princes déchiraient l'Europe et les rivalités des barons le pays gaulois ; les infidèles, au loin, menacçaient. Tout était difficultés et batailles.

Pourtant, une sève ardente circulait, dans ce monde qu'animait la foi. La graine évangélique, jetée en pleine terre barbare, avait levé puissamment, et si toutes sortes de parasites ! enveloppaient, paraissant l’étouffer ici ou là, elle n'en poussait pas moins ses tiges vertes.

Ce qu'il fallait, c'était, pour résister aux difficul-

6 SAINT LOUIS tés des temps, une reconcentration perpétuelle de la vie chrétienne; c'est-à-dire quil fallait des saints. Et ce qu'il fallait encore, cette fois dans les

Saint Louis. Miniature, xv° siècle. Ms. Ars. 621, fol. 413.

institutions, afin que l'esprit civilisateur issu de Bethléem ne fût pas sans support, c'était une politique plus sage, les guerres sinon abolies, du moins quelque peu régularisées, une centralisation commencée, un droit public fixé, une hiérarchie sociale précisée, des groupes ethniques .mieux définis et

mieux coordonnés, bref, un peu plus de vie sociale correcte, avec l'esprit du Christ comme ferment.

La Providence trouva moyen de réunir en un seul homme ces conditions passablement dispa-

rates. Un saint Louis, s'il avait fait souche, aurait montré au genre humain ce que c'est que la vie humaine dans la foi, ce que c'est que la foi travaillant en pleine humanité individuelle et sociale. En lui-méme, dans sa per-

sonne et dans son

action, dans les institutions émanées de son initiative ou ramenées à ses vues, la pleine valeur civilisatrice de

Photo Neurdein.

Éducation de saint Louis, par Cabanel.

Paris, Panthéon.

l'Église transparaît. Démonstration vivante, qui a conquis ou ébranlé tous les cœurs, qui a fait convenir les plus forcenés de la vérité énoncée naïvement par Joinville, à savoir que celui qui « parle

Se ———— TT SAINT LOUIS

et enseigne comment ledit seigneur roy saint Loys soi regit et gouverna selon Dieu et notre mère

Couronnement de saint Louis. Miniature, xv° siècle. Bibl. nat., Fr. 2829, fol. 5.

Sainte Eglise », prouve en même temps qu il

le fit « au profit et utilité de son royaume ».

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La Eù

Sacre de saint Louis. Vitrail, xvr° siècle.

Église de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire;.

Une grâce de choix et comme une possibilité de se précéder soi-même fut accordée à saint Louis

Photo Lévy.

Saint Louis et Vincent de Beauvais, par Chartran.

Paris, Sorbonne. :

du fait de sa mère. Blanche de Castille fut un grand roi, et elle fut une mère admirable. Politiquement, la tradition de Philippe ue fut

reprise par elle et maintenue contre les entreprises féodales ; moralement et religieusement, elle déve-

Reproduction autorisée par Goupil et Cie, Paris.

Saint Louis, à son avènement, faisant ouvrir les geôles, par L -O. Merson.

loppa tout ce que contenait en germe | âme de son fils. Énergie tendre, sévérité, justice, rapidité de coup d'œil, fertilité de ressources, application sou-

Galerie Saint-Louis, au Palais de Justice de Paris.

12 NS AINF TOUS

tenue et personnelle à toutes ses tâches, privées ou royales : telles furent ses qualités. Son défaut, outre un tempérament passablement altier. fut

3 È Photo Lévy:

Saint Louis rendant la justice, par Cabanel.

Paris, Panthéon.

une extrême jalousie dans son aflection maternelle ; mais si sa bru et indirectement son fils eurent à

en souffrir, les affaires de Dieu et de la France n’en souffrirent guère.

Reproduction autorisée par Goupil et Cie, Paris.

Saint Louis condamnant Enguerrand de Coucy, par L.-0. Merson. Galerie Saint-Louis, au Palais de Justice de Paris.

L'essentiel était qu’elle comprit à quel point une éducation de roi est autre chose qu'une tendresse féminine et une vigilance courante. Or, de cela elle

était pénétrée. Aussi, « le temps de la jeunesse de monséigneur saint Loys, dit le confesseur de la

Photo Lévy.

Saint Louis fondant les corporations, par Cabanel.

Paris, Panthéon.

reine Marguerite, ne passa pas en vain ». On l’initiait à une vie chrétienne large et intime, intime pour qu'elle fût large, car toujours l'élargissement

vient des profondeurs. On lui inculquait un amour de Dieu qui serait un amour de ses peuples, un zèle à les servir. une tendresse pour les petits, une délicatesse pleine de déférence pour les participants de son pouvoir, une libre fidélité à l'Église,

Sceau de saint Louis.

une noble et ferme justice pour tous. On exigeait de lui l'obéissance la plus stricte, afin qu'il y apprit l’art du commandement et l’indulgence. On le faisait garder « très diligemment » afin d'écarter de lui les flatteries intéressées et les pièges des courtisans. Blanche « le faisait aller noblement et en noble atour, comme il convenait à un grand roi »; mais ce décor n'était pas la propriété de qui

s’en parait, il était à la nation et ne dispensait son usufruitier ni de la peine, ni des duretés jugées nécessaires. |

Louis enfant était d'un caractère assez âpre, quoique plein de bonté; toute sa vie il garda une certaine tendance à l’obstination, une promptitude à se courroucer, lorsqu'il sentait vivement son bon droit. Le travail ne lui coûtait pas, mais il fallait discipliner son effort et régler le temps si court qui lui serait accordé pour sa formation.

Quand donc, à quatorze ans, il s'occupait quelquefois, pour se distraire, à aller en bois et en rivière, et en autres œuvres de telle manière, honnêtes toutefois et convenables, il ne laissait pas cependant d'avoir toujours son maitre en ce même temps, qui lui enseignait les lettres et l’instruisait, et, comme le pieux roi lui-même le racontait. ce maître le battait quelquefois, « pour li enseigner, cause de discipline ».

On le dressait en toute occasion à cette courtoisie dont il ne devait jamais se départir, à cette équité qui serait le trait dominant de son caractère royal. On le mettait au contact des misères, parce que, ainsi, son cœur serait défendu contre les fausses grandeurs, ramené au sentiment de la vie et incliné à la bienveillance. Quelle haute conception il se faisait, dès ce jeune âge, de la charité, cest ce que révèle ce récit d'Etienne de Bourbon, qui le tenait d’un témoin oculaire.

« Un matin, alors qu’il était tout ieune. une

Photo Alinari.

Photo Alinari.

Saint Louis, roi de France. Saint Louis, roi de France, par Giotto. par Simone di Martino.

Florence, église Sainte-Croix. Assise, église Saint-François.

quantité de pauvres étaient rassemblés dans la

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cour du palais et attendaient l'aumône. Profitant de l'heure où chacun dormait encore, il sortit de sa chambre, seul, avec un serviteur chargé d’une

Saint Louis lavant les pieds des pauvres. Miniature, xv° siècle. Bibl. nat., Fr. 2:829,:fol. 11:

grosse somme de deniers, et sous le costume d'un simple écuyer ; puis il se mit à distribuer le tout de sa propre main, donnant largement à ceux qui lui paraissaient les plus misérables. Cela fait, il se retirait dans son appartement, quand un religieux qui

Saint Louis pansant les malades, par Eustache Le Sueur

‘ Musée de Tours.

avait apercu la scène se porta à sa rencontre et lui

Cliché communiqué par M. J. Mayor.

Saint Louis servant les pauvres. Bas-relief de Slodtz. Versailles, chapelle du château.

dit : Sire, jai parfaitement vu vos méfaits ! — Mon très cher frère, répondit le prince tout confus, ces gens-là sont mes soudoyers ; ils combattent pour moi contre mes adversaires et maintiennent le royaume en paix.

Je ne-leur ai pas encore payé toute la solde qui leur est due. »

C'est à la garde du sentiment religieux que Blanche confiait ces qualités humaines et royales. Pour cette raison, les’ exercices de religiontenaient,dans la formation de

l'enfant, une place qui ne ferait plus tard que

s'élargir. Saint Louis serait toute sa vie d'une piété ardente et soigneuse. Il s’astreindrait à dire les heures canoniales, à la facon des clercs ; on les chanterait devant lui,en sa chapelle, ou près de son lit s’il était malade, voire en chevauchant, s’il était en route, tandis qu'il réciterait à voix basse avec un de ses chapelains. Il serait un fervent de la musique sacrée et des pompes liturgiques, quil se plairaitsouvent à ordonner lui-

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