‹ Saint LouisChapitre 2 sur 5 · LOT · texte numérisé non relu

LOT

même. Il enten- : À drait chaque jour Lavement des pieds.

d Peintures de Ia Sainte-Chapelle de Paris, d’après une messe et, du- les dessins de la bibliothèque de Carpentras.

rant le carême,

trois, dont une aux environs de midi. L'office de nuit ferait ses délices ; il y précéderait fréquemment les chapelains, afin de se recueillir d'abord, avant la commune louange. Sa tenue, pendant les

cérémonies sacrées, serait grave et humble; on le verrait toujours debout sur ses pieds, à genoux à terre ou sur le pavé, ou appuyé sur ses coudes au banc placé devant lui, ou, s’il s’asseyait, ce serait à terre, sans aucun coussin, avec seulement un tapis étendu à terre sous lui. Il se confesserait régulièrement tous les vendredis ; quand il Communierait, ce serait avec une ferveur qui irait jusqu’au don des larmes, et de ces larmes il dirait que, lorsqu'il les sentait couler doucement sur sa face et jusqu’à ses lèvres, elles lui semblaient très douces et savoureuses.

Il aimerait les reliques des saints et, entre toutes, celles de la Passion, dont il se serait constitué un trésor. Pour leur faire un reliquaire digne d'elles, il construirait ce bijou d'architecture qui a nom la Sainte-Chapelle. Toute l'année, le vendredi serait pour lui comme un jour de deuil, et le vendredi saint concentrerait ses tristesses religieuses et sa pénitence. Ses mortifications seraient celles d’un moine; il faudrait que de sages conseillers l’exhortassent à les réduire, pour les mettre en rapport avec sa condition et ses travaux.

Or, il paraît certain que le germe de tous ces sentiments et le départ de cette vie religieuse sont attribuables à Blanche de Castille. « Il fut gardé de Dieu, dit le sire de Joinville, dès son enfance et jusqu'au dernier point, quant à son âme, et aussi

Saint Louis serviteur des Pauvres. Vitrail, xvr° siècle.

Église de Champignv-sur-Veude (Indre-et-Loire).

par les bons enseignements de sa mère, qui bien

l’enseigna à croire, craindre et aimer Dieu dans sa jeunesse ; il a depuis très bien et saintement vécu selon Dieu. Sa mère lui attirait toutes gens de relision et lui faisait suivre aux dimanches et fêtes et sermons la parole de Dieu, chose dont souvent il se ressouvint, et que sa mère lui avait fréquemment dit qu elle aimerait mieux qu il fût mort, plutôt qu'il eût commis un seul péché mortel. »

On peut retrouver ce souvenir dans la charmante anecdote rapportée par le même chroniqueur et où apparaît tant de bonhomie d'un côté, tant de douce grandeur de l’autre : « Le bon Roy m'appela une fois, et me dit qu'il voulait me parler pour le subtil sens qu'il disait connaître en moi. Et en présence de plusieurs, me dit: « J'ai appelé ces frères (moines) qui sont ici, et vous fais une question et demande qui touche à Dieu. La demande fut telle : — Sénéchal, dit-il, quelle chose est-ce que Dieu? — Je lui réponds : — Sire, c'estsi souveraine et bonne chose que meilleure ne peut être. —— Vraiment, fit-il, c'est fort bien répondu, car

Saint Louis, émail, par Laudin.

NL OUI 25

cette vôtre réponse est écrite en ce livret que je tiens en ma main. Autre demande vous fais :

savoir, lequel vous aimeriez mieux, être lépreux

Reproduction autorisée par Goupil et Cie, Paris.

imes, par F. Laugée.

Saint Louis et ses trois int

et ladre, ou avoir commis et commettre un péché mortel. Et moi, qui onques ne lui voulus mentir, lui répondis que j'aimerais mieux avoir fait trente

péchés mortels que être lépreux. Et quand les frères furent départis de là, il me rappela tout seulet, et me fit asseoir à ses pieds, et me dit : — Comment avez-vous osé dire ce que vous avez dit? Et je lui répons que encore je le disais. Et il me va dire : — Ha! fol musart, vous y êtes déçu ; car vous savez que nulle si laide lèpre n est comme être en péché mortel... Et bien est vrai, fit-il; car quand l’homme est mort, il est sain et guéri de sa lèpre corporelle ; mais, quand l’homme qui a fait un péché mortel meurt, il ne sait pas ninest certain quil ait eu en sa vie telle repentance que Dieu lui veuille pardonner. Par quoi grand peur doit-il avoir que cette lèpre de péché lui dure longuement, et tant que Dieu sera en Paradis. »

Cette impression de l'éducation première fut constamment liée, chez saint Louis, à un extrême attachement pour celle dont il l’avait reçue. Tant qu'elle vécut, il lui témoigna une tendresse déférente, voire docile, dont les hautes qualités politiques de Blanche faisaient une force de l’État, en même temps qu’une beauté filiale. Quand elle mourut, il en montra «si grand deuil, que de deux jours on ne lui put parler ». Il s’exclama d’abord à haute voix et fondit en larmes, puis, s’agenouillant devant l’autel, il prononca cette belle oraison que nous a conservée Geoffroy de Beaulieu : « Je vous rends grâces, Seigneur mon Dieu, de ce que, aussi longtemps qu'il a plu à votre bonté, vous

m'avez prêté Madame ma très chère mère. Et maintenant, voici que, selon votre bon plaisir, vousl'avez retirée à vous par mortcorporelle. Il est vrai, Seigneur, quejel’aimais pardessus toutes les autres créatures mortelles, et elle le méritait bien.

Mais puisque tel est votre bon plaisir, que votre nom soit béni dans tous les siècles!

Amen. »

C’est le 29 novembre 1226, vingt et un jours après la mort de son père, que Louis IX fut sacré à Reims. Il n'avait alors que douze

ans. Le peuple vitrail dessiné par Ingres.

était ému de sa Chapelle Saint-Ferdinand, à Neuilly-sur-Seine.

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jeunesse et lui montrait un empressement tendre. Sa figure était noble et touchante; il avait des cheveux blonds, un regard droit, une attitude sérieuse et affable. Devant lui, le comte de Boulogne portait l'épée. Le siège de Reims était vacant, ce fut Jean de Bazoche, évêque de Soissons, qui procéda au couronnement et au sacre.

L'effet d'une telle cérémonie était toujours très grand ; on y déployait une magnificence exigée par la tradition et que l'état encore précaire de la royauté rendait politiquement utile. Mais on voit par son historien, confident de ses intimes pensées, que Louis tout le premier reçut de cette journée une impression grave. Bien loin de n’en voir que le décor ou d’en respirer l’orgueil, ce qu'on eût pardonné à son âge, il en saisit la tragique portée, surtout en de si périlleuses circonstances.

« Il fut couronné le premier dimanche des A vants, duquel dimanche la messe commence à ces mots : Ad te levavi animam meam, qui veut dire : Beau sire Dieu, j'ai levé mon äàme et mon cœur vers toi, je me fie en toi, en quelles paroles avait le bon Roy grande confiance, les disant de sa personne pour la grande charge qu'il venait à prendre. »

Cette charge était lourde au delà même des prévisions, et son poids se déclara promptement. Les barons de France, mal soumis à la couronne et dévorés d'ambition, prêts à pactiser avec l’étranger pour se satisfaire, avaient comploté au sacre

même contre le jouvenceau dont ils étaient les pro-

tecteurs. « Et pour ce qu'ils le virent, lui et sa mére,personnes étrangères, sans suppost, fors que de Dieu, ils firent du comte de Boulogne, qui était oncle du Roy dernièrement trépassé son père, leur capitaine, et le tenaient comme pour leur seigneur et maitré: »

«Et il advint que, après que le bon Roy fut couronné, pour commencement de guerre, certains desdits barons de France requirent sa mé-

, Photo Bulloz.

Saint Louis, par Hippolyte Flandrin.

Paris. Frise de l’église Saint-Vincent-de-Paul

re qu'elle leur voulût donner certaine grande quan-

titéde terres duroyaume de France. Etpour ce qu elle ne voulut, parce que à elle n'appartenait de diminuer le royaume outre le vouloir de son fils, qui déjà était roi couronné, iceux barons se assemblèrent tous à Corbeil. Et me conta le saint Roy que lui et sa mère, qui étaient à Montlhéry, n’osèrent aller jusqu à Paris, jusqu'à ce que ceux de la ville les vinrent chercher en armes, en grand nombre. Et me dit que depuis Montlhéry jusqu’à Paris le chemin était plein et serré de troupes, gens d'armes et autres gens, qui criaient à haute voix à Notre- Seigneur qu'il lui donnât bonne vie et prospérité, et le voulüt garder contre tous ses ennemis. » .

On voit ici le début de cette immense popularité qui devait faire de saint Louis les délices de la France. On voit aussi au milieu de quelles difficultés son règne s’engageait. Mais ici, l'épreuve serait relativement courte. Blanche de Castille aurait déblayé le terrain, assagi les égarés et forcé les plus dangereux rebelles à l’obéissance avant que Louis lui-même, prenant en mains peu à peu le soin du royaume, ne se chargeât de réduire ce qui demeurerait insoumis. Tour à tour, les comtes de Bretagne, de Boulogne, de Toulouse, de La Marche et d'Angoulême, et aussi ce comte de Champagne, sincère et inconstant ami de son enfance, devraient rentrer dans l’ordre français.

À l'âge de vingt-huit ans, Louis serait victorieux de tous ses rivaux, y compris le roi d'Angleterre,

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Saint Louis touchant les malades,

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