‹ Saint LouisChapitre 4 sur 5 · DV PALAIS A PARIS EE MEST ANS NVES FESTES ET R · texte numérisé non relu

DV PALAIS A PARIS EE MEST ANS NVES FESTES ET R

Construction de la Sainte-Chapelle de Paris. Vitrail, xvr° siècle. Église de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire).

mônes et bienfaits par tout ton royaume, et m'oc-

troies part et portion en tous tes bienfaits que tu feras. Et je te donne toute bénédiction que jamais père peut donner à enfant, priant à toute la Trinité de paradis, le Père, le Fils, le Saint-Esprit, qu'il te garde et te défende de tous maux, spécialement de mourir en péché mortel, à ce que nous puissions une fois, après cette mortelle vie, être devant Dieu ensemble, à lui rendre grâces et louanges sans fin en son royaume de paradis.

Amen. » | |

Ces admirables conseils trouvent dans la vie de celui qui les donnait leur illustration parfaite.

L'amour de Dieu et la fuite du péché, quele saint place en tête, furent toujours son souci. premier, principe moteur et régulateur de ses actes. L'adversité, « bénignement reçue » de lui au commencement et à la fin de sa carrière, l’est aussi au milieu, car de nulle part cette intruse n'est absente, et la prospérité qui en doit marquer l’ensemble ne pourra que profiter à beaucoup, bien loin d’en corrompre l’auteur. Ce n’est pas lui qui voudrait « guerroyer Dieu » à propos de ses dons.

Accepter la vérité et les utiles remontrances, c'est ce que le saint roi fit toujours, comme on s'en aperçoit à lire Joinville, qui, personnellement, ne se priva guère d'exercer en ce point les privilèges de l’amitié. Une fois que le roi avait recu en cadeau de l'abbé de Cluny deux palefrois pour rentrer en France, et que le lendemain il avait

Mort de Blanche de Castille. Miniature, xv° siècle. Bibliothèque nationale, Fr. 2 829, fol. 53.

longuement et complaisamment traité avec l'abbé,

| sl ANR

Saint Louis. Vitrail, xvIe siècle.

Villefranche-sur-Saône.

le sénéchal lui demanda audacieusement : « Sire, nest-il pas vrai que vous avez écouté l'abbé de Cluny aussi longuement pour le don de ses deux chevaux ? » Le roi pensa longtemps, raconte Joinville, et me dit : « Vraiment oui! » Et je lui dis que je lui avais fait telle demande, afin qu'il défendit aux gens de son conseil qu'ils prissent rien de ceux qui auraient affaire par devant lui. Car, soyez certain, fis-je, que s'ils prennent, ils en écouteront plus diligemment et plus longuement, ainsi que vous

avez fait de l'abbé de Cluny.

. Alors, le roi appela tout son

conseil, et leur conta en riant la demande que je lui avais faite et la raison de ma demande, et ils lui dirent que je lui avais donné très bon conseil ».

À l'égard des pauvres, nous avons dit son amour précoce. Les chroniqueurs ne tarissent pas, quand ils en rapportent des traits,

dont quelques-uns rappellent les plus beaux de

Saint Louis à Aigues-Mortes. Vitrail, xvr siècle. Église de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire).

ÀQ , — “SAINT LOUIS

l’histoire chrétienne. « Il était un très large aumônier », dit Joinville, « car partout où ilallait en son royaume, il visitait les pauvres églises, les maladreries et les hôpitaux; il s'enquérait des pauvres gentilshommes, des pauvres femmes veuves, des pauvres filles à marier, et par tous lieux où il savait avoir nécessité et être en souffrance, il leur faisait largement donner de ses deniers. Et à pauvres mendiants faisait donner à boire et à manger. Et lui ai vu plusieurs fois leur couper du pain et leur donner à boire. »

Les services personnels rendus aux « membres de Jésus-Christ » faisaient partie, en effet, de ses rites familiers. I les réunissait par centaines dans son palais. Les jours de fêtes, les vendredis de toute saison et les mercredis, vendredis et samedis d'Avent et de Carême, il les servait, leur lavait les pieds, les restaurait et remplissait leur escarcelle. Auprès des malades, il se faisait infirmier, visitait les lépreux et baisait leurs plaies.

Mais l'excellent administrateur qu'était saint Louis ne se contentait point de gestes pieux ni de largesses passagères, il fondait. Nombre d’établissements charitables, notamment les Quinze-Vingts et plusieurs hospices ou Maisons-Dieu datent de lui. Il pratiqua la charité intellectuelle comme l'autre ; il établit une bibliothèque dans sa Sainte- Chapelle et concourut avec Pierre de Sorbon à la fondation du collège qui devint la Sorbonne. Il fit

construire de grands bâtiments pour loger les étudiants pauvres, que par ailleurs il secourait de ses deniers pour les aider à fréquenter les écoles.

Débarquement de saint Louis à Damiette, Miniature. xv° siècle. Bibliothèque nationale, Fr. 2 829, fol. 32 v°.

Lui-même était lettré et se plaisait dans la conversation des docteurs du temps.

Il avait pour lecteur Vincent de Beauvais, l’auteur du célèbre Speculum majus, où toute la science d'alors se reflétait. Il connut Albert le Grand,

42 SAINT LOUIS Roger Bacon, saint Bonaventure. Saint Thomas

d'Aquin fut parfois son hôte. Un jour qu'il le recevait à sa table, le docteur fut saisi soudain

A Aer: +

Une armure empoisonnée est présentée à saint Louis.

Gravure du poème de Saint Louis, du P. Lemoyne, xvu® siècle.

par l'inspiration et s’écria en frappant sur la table : « Voilà qui est décisif contre les Manichéens. »

Son prieur qui était près de lui le tira par sa chape en disant : « Prenez garde, maitre, vous êtes à la table du roi de France. » Mais le roi, au lieu

Cliché Braun et Cie, Départ de saint Louis pour la croisade. Miniature, xv° siècle.

Miniature du Louvre coupée jadis dans le Ms. Ars. 5 077.

derecevoir ses excuses, admira fort et fit venir un secrétaire pour que la pensée qui avait absorbé à ce point un grand homme ne fût pas perdue.

- Les « bonnes coutumes de son royaume » furent

développées par saint Louis à tel point que sous ses successeurs, l'idéal des peuples était quon en

Photo Alinari.

Saint Louis, xixrr° siècle.

Musée de Cluny.

revint à ce quil avait établi. « Maître Robert, disait-il un jour à Robert de Sorbon, je voudrais seulement que je fusse un bon prud’homme, et que le reste vous demeurât, car prud' homme est si grande chose, et si bonne, qu'à le nommer seulement, il emplit la bouche. »

De ce sentiment sortirent « les beaux établissements qu'il fit et ordonna être gardés par tout son royaume de France ». Il organisa les corps de métier, les distribua en confréries ou corporations, dont il concut les règlements avec une attentive prévoyance. Il établit auprès de lui une cour de justice dont on appelait les séances les plaids dela porte.

Lui-même siégeait pour recevoir les appels, et en été on le voyait, soit dans son

jardin de Paris (aujourd'hui place Dauphine), soit

dans le bois de Vincennes, au pied du chêne légendaire, « une cotte de camelot vêtue, un surcot de tiretaine sans manches et un mantel par dessus le sandal noir », ayant ses assesseurs assis sur des

tapis autour de lui et rendant justice avec bonne grâce, mettant chacun «en raison de droiture ».

En province, de fréquents voyages lui permettaient d'observer et de contrôler l'application de ses règles. Il renditainsi efficaces tous ses établissements, « par lesquels établissements le roi amenda grandement son royaume, tellement que chacun vivait en paix et en tranquillité..… Et finalement, par laps de temps, le royaume

Photo Neurdein.

Saint Louis prisonnier, par Cabanel.

Paris, Panthéon.

de France se multiplia tellement, pour la bonne justice et droiture qui y régnait, que le domaine, les cens, rentes et revenus du royaume croissaient

d'an en an de moitié. Ainsi, saint Louis évitait de « surcharger de tailles et de subsides son peuple ».

Pourtant, il était libéral et magnifique dans tout ce quil faisait; il entreprenait de grands travaux; il recevait à la cour « plus hautement que jamais n'avaient fait ses prédécesseurs » et quand il donnait des fêtes, telle la « grande cour et maison ouverte » de Saumur en Anjou, un témoin difficile pouvait dire : « Et vous certifie que ce fut la nonpareille chose que je visse onques, et Ja mieux aornée et aprêtée. »

Sa justice personnelle était et demeura proverbiale. « Tant pour toi que contre toi », disait-il à son fils : ainsi fit-il. Ses droits, c’est-à-dire ceux de son rôle, revendiquant avec fermeté, résistant aux plus hautes puissances du temps, aux plus vénérables. Les premiers prélats de son royaume, le pape même ou les barons, les princes étrangers, voire son frère Charles d Anjou, se heurtèrent, lorsqu'ils excédaient, à une fierté inébranlable. « Pensez-vous, disait-il à ce dernier, qu'il doive y avoir deux rois de France? Or, ne croyez pas, parce que vous êles mon frère, que vous serez épargné en rien contre la justice ». « Le roi Philippe mon aïeul (Philippe Auguste), expliquait-il, me dit que nul ne pouvait être bon gouverneur de terre, s’il ne savait aussi hardiment et aussi durement refuser qu'il saurait donner. »

Mais aussi, lorsqu'il croyait la vérité contre lui,

s empressait-il de faire droit, s'agit-il de graves

Saint Louis priant pour les pestiférés, par Charles Le Brun. Musée de Grenoble.

intérêts, privés ou publics. Il le prouva, le jour où

il faillit, sur des raisons qui l'avaient frappé dans une conversation avec Henri d'Angleterre, lui abandonner la Normandie enlevée à Jean sans Terre par Philippe Auguste. Ses ministres, heureusement, levèrent ses scrupules et gardèrent la province française. Par amour de la paix et par une sage politique d'avenir, il n'en conclut pas moins, en 1259, un arrangement qui -donnait à Henri des avantages exagérés, au dire de conseillers sans prudence. « Je pense, assurait-il, que ce faisant je ferai fort bonne œuvre; car en premier lieu je ferai et conquerrai paix, et, enaprès, je ferai de lui mon homme qu il n'était pas encore. »

« Le roi saint Louis fut l’homme du monde qui plus se travailla à faire et mettre paix et concorde entre ses sujets, entre princes et seigneurs de son royaume et entre ses voisins. » À l'intérieur, sa volonté s'était affirmée par ce beau préambule de l'ordonnance de 1254 : « Selon le devoir de la puissance royale, nous voulons du fond du cœur la paix et le repos de nos sujets, repos dans lequel nous nous reposons nous-même... » Nous avons vu qu'il avait fait pour cela le nécessaire. Pour les débats entre les princes, la « quarantaine le roi » « l’assurement », remis en vigueur, opposèrent aux guerres privées de réelles entraves. Au dehors, une loyale politique et des bons offices fréquents, dont le plus notable et le plus gros de conséquences fut l'essai de conciliation entre le pape et l’empereur,

contribuèrent fortement à la paix chrétienne. Par-

Cliché de la Bonne Presse.

Peste de Jaffa, par Matout.

Paris. Église Saint-Sulpice.

tout, au lieu de la politique du pire, saint Louis recherchait les équitables transactions, et il ne

trouvait une convention heureuse que si elle avait de quoi satisfaire les deux parties. Aussi le pape Urbain IV l’appelait-il « un ange de paix » et lui attribuait-il « le don du roi pacifique ».

Pour « se faire craindre en même temps qu aimer » dans sa vie domestique ou sa vie royale, saint Louis prouvait son énergie et donnait les lecons nécessaires. Il éleva ses enfants strictement, exigeant d'eux, comme on avait exigé de lui, l’obéissance la plus prompte, « il réprima l'indolence de nombreux seigneurs », et comme l’avocat de l’un d'eux se laissait aller à dire : Le roi finira par les pendre tous, il répondit : « Certainement je ne les ferai pas pendre, mais je les châtierai s'ils font mal. » Aïnsi fit-il en des circonstances célèbres, telles l'affaire d'Enguerrand de Coucy et celle du maître des Templiers à la croisade.

Enfin, il sut se garder de toute dépense somptuaire sans utilité, bonne seulement à grever son peuple. À l'égard du faste royal et du luxe des habits ou des meubles, il fallait, disait-il, se conduire «de moyenne manière, chacun selon sa condition, afin que les prudes gens et anciens de ce monde ne puissent dire : Tel en fait trop, et aussi que les jeunes gens nedisent : Tel en fait peu etne fait point d'honneur à sa condition ».

Un tel roi et un tel règne méritaient la consécration de Îa gloire, etaussi celle du malheur. La pre-

mière ne serait pas refusée à ce chevalier, que les honneurs del Église et ceux du monde le moins reli-

Enseignements de saint Louis à son fils. Miniature, xv° siècle. Bibliothèque nationale, Fr. 2 829, fol. 76 vo,

gieux sauraient également rejoindre. La seconde lui viendrait de sa plus haute entreprise, la plus sainte, la plus hardie, la plus difficile aussi et

la plus hasardeuse. Je veux parler de la croisade.

Saint Louis y songeait depuis longtemps, lorsqu'une maladie où il faillit périr détermina sa résolution. Il disait des barbares : « Nous les ferons rentrer dans leurs demeures tartaréennes, ou bien ils nous feront monter au ciel. » A l'égard de ceux qui tenaient les lieux saints, c’est cette dernière alternative qui serait la vraie ; mais en jugeant de haut, nul ne peut regretter une décision qui se justifiait par l'intérêt supérieur du monde, par une foule de considérations politiques, européennes et françaises, et qui devait procurer à la France un prestige séculaire, un supplément de grandeur morale plus précieux que le bourgeois utilitarisme adversaire de ces expéditions chevaleresques.

Par de puissantes exhortations et de charmants subterfuges, saint Louis décida nombre de ses vassaux à le suivre; il prépara son expédition durant quatre années, disposant tout dans son royaume pour une longue absence et donnant à l’administration de Blanche de Castille, qui avait toute sa confiance, les meilleures chances de paix.

La remise de l’oriflamme, du bourdon et de la pannetière eut lieu à Saint-Denis, en grande pompe, le 12 juin 1248 ; l'embarquement se fit à Aiïgues- Mortes le 25 août. On cingla heureusement vers Chypre ; on trouva là les immenses « maisons de tonneaux » et les « montagnes de froments, orges et autres blés » que depuis deux ans les messagers

Mort de saint Louis. Vitrail, xvr° siècle.

Église de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire).

BE" "sAINILOUIS

du roi y amoncelaient. On s'attarda malheureusement dans cette ile, en dépit de l'opinion du roi qui voulait surprendre ses adversaires. On ne fit voile pour Damiette, après un faux départ occasionné par la tempête, que le 4 juin 1249. On débarqua en face de l'ennemi, qui tenait en forces le rivage. On remporta une première victoire qui fit tomber la ville. On se dirigea ensuite sur Mansourah, non sans avoir encore perdu de longs mois à attendre l’arrière-ban du royaume. L'impétuosité indisciplinée de Robert d'Artois, frère du roi, amena là un désastre et causa sa mort. Le roi lui-même fut fait prisonnier peu de temps après et son armée fut décimée par la peste. Il fallut se racheter et racheter les siens, ceux-ci au prix de huit mille besants d'or, le roi au prix de Damiette : car il n était pas tel, disait-il, qu'il se voulût rédimer à prix d'argent.

Quatre ans durant, le roi délivré s’occupa de consolider ce qui restait de domination chrétienne en Palestine. Il refusa de voir Jérusalem, ne pouvant la prendre. Il s'efforca de délivrer successivement tous les captifs retenus par les infidèles. Mais la mort de sa mère, arrivée en 1264, le décida à rentrer en France, non pas d’ailleurs sans pensée de retour ; car en 1270, après une nouvelle période de glorieuse et heureuse activité royale, il se réembarqua pour Tunis, où il mourut.

Dans ces expéditions mouvementées, le caractère de saint Louis devait briller d'un éclatspécial et

répandre dans tout l'Orient sa renommée chevaleresque, avec celle de la France. Lorsque Almoadan, fils du sultan Meleck, l'avait envoyé défier, le

Mort de saint Louis. Miniature de Jean Fouquet, xv° siècle. Bibliothèque nationale, Fr. 6 465, fol. 284 v°.

sommant de fixer un jour pour une bataille décisive, il avait répondu : « Assigner un jour, ce serait exclure les autres. Demain, aujourd’hui, à l'instant

même. » « [1 paraissait bien, à son visage, dit un témoin oculaire, qu il n'avait en son cœur ni peur, ni crainte, ni émoi. » — « Et vous promets, ajoute

«Leroy sainct Loïs».Miniature,xvr' siècle.

Bibliothèque nalionale. Fr. 2 848, fol. 99 v°.

Joinville, que oncques si bel homme ATmévnenvIs 0) Même atteint par la contagion qui ravageait son armée, il garda sa sérénité et sut communiquer à tous son énergie surhumaine.

Prisonnier, ilfit l'admiration de ses vainqueurs et les intimida par sa fierté au point d'obtenir d'eux de notables concessions et un respect qui alla jusqu à leur

faire souhaiter de l’avoir pour prince. Sa loyauté ne permit jamais qu'on manquât en quoi que ce fût aux conventions faites, alors même que les ennemis se montraient sans scrupule. À l'égard des siens, son attachement et sa fidélité furent sublimes. Il refusa toujours d'abandonner per-

Reproduction autorisée par M. Pierre de Nolhac.

Saint Louis et Marguerite de France à l'abbaye des Vaux de Cernay. Miracle de saint Thibault, par Vien.

Versailles, Chapelle du Petit-Trianon.

sonne dans le péril. Quitter une ville menacée en y laissant ses troupes, abandonner un vaisseau en péril, lui et sa famille, alors que les autres passagers nele pouvaient, c'étaient choses dont il n admettait pas qu’on osût l’entretenir. « Il n’y a céans, disait-il, celui qui n’aime autant son corps comme je fais le mien. » Au comte d'Anjou, son frère, qui le pressait presque avec menace de se mettre à l'abri en regagnant Damiette, il répondit avec un visage courroucé : « Comte d'Anjou, comte d'Anjou ! si je vous suis à charge, défaites-vous de moi, mais moi je ne me déferai jamais de mon peuple. »

Le couronnement, ce fut cette mort, qui déjà avait commencé, si l’on peut dire, avant le départ pour la deuxième croisade. Une larme monte aux yeux quand on lit dans Joinville l'annonce de ce départ qui ne procurerait rien d'immédiat, qui aurait seulement un caractère de fidélité et de grandeur propre à de futures germinations de gloire.

« Depuis, j'ai oui dire à plusieurs que ceux qui lui conseillèrent l’entreprise de la croix firent un très grand péché... ; car, tant qu'il fut au royaume de France, tout son royaume vivait en paix, et régnait justice. Et incontinent qu'il en fut hors, tout commença à décliner et à empirer. » On le voit, l’auteur du temps juge selon le temps.

Là se place, historiquement, l'exhortation testamentaire que nous avons transcrite plus haut. « Quand le bon roi saint Louis, continue Joinville,

eut ainsi enseigné et endoctriné monseigneur Philippe, son fils, la maladie qu'il avait lui commença

CNET

Miracle de la petite noyée de Saint-Denis. Miniature, xv° siècle. Bibliothèque nationale, Fr. 2 829, fol. 96 Le

incontinent à croître durement. Et lors demanda les sacrements de sainte Église, lesquels lui furent

administrés en pleine, vie et bon sens et ferme mémoire. Et cela bien apparut; car quand on le mettait en onction et qu on disait les sept psaumes, lui-même répondait les versets desdits psaumes.… Et j'ai oui dire depuis à monseigneur le comte d'Alençon, son fils, que, ainsi que le bon roi approchait de la mort, il s’efforçait d'appeler les saints etsaintes du paradis, pour lui venir aider et secourir en ce trépas. Et spécialement invoquait-il monseigneur saint Jacques... monseigneur saint Denis de France et madame sainte Geneviève réclamait-il aussi. Et après il se fit mettre en un lit couvert de cendres, et mit ses mains sur sa poitrine. Et, regardant vers le ciel, rendit l'âme à son Créateur à telle même heure que Notre-Seigneur Jésus-Christ rendit l'esprit en l’arbre de la croix, pour le salut de son peuple. »

Ce dernier trait semble avoir beaucoup frappé le chroniqueur et lui avoir paru spécialement ménagé par la Providence ; car, la canonisation survenue, il s'étonnera qu’elle n’ait pas reconnu au saint roi le titre de martyr, en raison de son sacrifice volontaire et de sa mort lointaine.

C'est le 11 août 1297, à Orviéto, que le pape Boniface VIIT inscrivit Louis IX au catalogue des saints. La mort ayant eu lieu le 25 août 1270, c'est donc sur un espace de vingt-sept ans que les recherches d'information relatives à cette vie si connue ont pu s'étendre. Nombre de témoins furent

entendus et de nombreux miracles durent être examinés, tellement que les pièces formaient « plus que la charge d'un âne ».

Les restes, rapportés de Tunis, furent ensevelis à Saint-Denis. Après la canonisation, une partie fut transférée à la Sainte-Chapelle. À la demande de Charles d'Anjou, le cœur demeura dans l’abbaye de Montréal, en Sicile. La fête du saint fut fixée au 25 août, anniversaire de sa mort. jour de son éternelle naissance.

y + PTE 22 b rever

Enseignements de saint Louis à son fils. Miniature, xiv® siècle. Manuscrit du Musée Condé, à Chantilly

Page 1