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CHAPITRE IV

BIOGRAPHIE d'aLPONSB, COMTE DE POITIERS ET DE TOULOUSE. 1251-1271.

Alfoose habite le Parisis. — Il tombe malade. — Il a reconre i an médecio juif. — Il remplit les fonctions de régent après la mort de Blanche de Castille. — Traité de saint Louis avec le roi d'Aragon , 1258. — Traité d'Abbeville avec Henri III ; importance de ce traité pour Alfonse. — Prétentions du roi d'Angleterre sur TAgenais reconnues fondées. — Saint Louis indemnise Henri III jusqu'à la mort d'Alfonse. — La question du Quercy réservée. — Ce que saint Louis gagne à ce traité; son opinion à cet égard. — Différentes résidences d' Alfonse. — Il se fait bâtir un palais à Paris. — Il n'était pas ennemi des lettres et n'a pas cherché à éloulTer la littérature provençale. — Sa correspondance intime avec la reine Marguerite etËléonore d'Angleterre au sujet de la révolte des baronsanglais (1263). — Ses rapports étroits avec saint Louis. — 11 a le ferme propos d'aller de nouveau à la croisade. — Urbain IV et Clément IV l'invitent à secourir Charles d'Anjou : il refuse. — Il prête de l'argent à Clément IV. — Il enrôle des chevaliers et des arbalétriers pour la croisade. — Il se rend à Aymargues (mai 1270). — Il fait un testament insigniGant — Jeanne fait aussi son testament. — Désastreuse croisade de Tunis. — Alfonse et Jeanne reviennent lentement et meurent à Savone (août 1271). — Le testament de Jeanne sans effet. — Charles d'Anjou réclame en vain sa part de l'héritage d' Alfonse. — La royauté prend possession de tous les Etals d' Alfonse, et les garde.

Alfonse ne se sentait pas à Taise dans le Midi ; aussi , quelques jours après l'annulation du testament de Raymond VII, il quitta Toulouse, traversa rapidement TAgenais, le Quercy, l'Auvergne, le Rouergue, et gagna le Nord, qu'il ne quitta pas jusqu'en 1270.

De graves inârmités vinrent le condamner au repos. Une lettre de son chapelain à saint Louis nous apprend que

BIOGRAPHIE D*ALFOXSE. 87

vers la fin de Tannée 1251 il était tombé en paralysie ' : à cette maladie , qui céda heureusement devant les eflbrls de la médecine, mais non sans laisser des traces pénibles, vint se joindre une ophthalmie dont il avait peut-être contracté les germes sur le sol brûlant de TAfrique. Los remèdes des cbit*urgiens français furent impuissants contre cette affection. Le comte de Poitiers entendit parler d'un juif dont la renommée était grande dans le Midi, appelé Ibrahim; il venait du pays des Sarrasins, et était établi en Aragon , où il avait gagné une grande fortune dans le commerce. Alfonse résolut de recourir à ses soins, bien que les canons des conciles défendissent aux chrétiens de demander la santé à des médecins Israélites. Le sire de Lunel qui avait prôné ses talents auprès du comte fut chargé de le faire venir à la cour; mais ce ne fut pas une entreprise facile, car le médecin juif qui savait à quels outrages ses coreligionnaires étaient exposés en France ne voulait pas quitter le pays hospitalier où il avait trouvé un asile. Le sire de Lunel lui députa deux juifs, ses sujets, qui lui expliquèrent la maladie du comte. Il se chargea de guérir Alfonse, pourvu qu'il fût en état de distinguer le bleu du vert, ou de reconnaître de près de très-petits objets*. Nous ignorons s'il consentit à venir en France et à traiter le frère de saint Louis. Cependant la reine Blanche, usée par l'âge et les émotions d'un long règne , se faisait aider par les comtes de Poitiers et d'Anjou; le 1" décembre 1252, elle mourut. Alfonse prit avec Charles d'Anjou la direction des affaires jusqu'au retour du Roi. Louis, fils aîné de saint Louis, quoique mineur, eut ofTiciellement le gouvernement del'Etat', mais Alfonse présidait le conseil

' Orig., Trésor de» charte», J. 320, n» 9i. Conf. Matlh. Ptri», p. 8U.

2 Ibid.» J. 3Î0, D» 95, 31 mai 1253.

* Boutaric , Actes du Parlement de Paris , t. I. Acte» antëricors aux

8S U\ RE PREAIIER. — RECIT DES EVEXEMEXTS.

OÙ se discutaient les affaires; c'est devant lui que fut décidée, le 25 mars 1254, TimportaDte affaire de la régale de l'archevêché de Sens. Le nouvel élu, Henri Cornu, requit qu'on lui délivrât les biens de l'archevêché. Le comte et les autres membres du conseil lui demandèrent s'il faisait cette demande à titre de droit ou de grâce ; il répondit que peu lui importait. Après délibération, il lui fut signifié qu'en droit il y avait beaucoup de raisons pour qu'on ne lui rendit pas la régale ; mais attendu que lui, ses parents et ses ancêtres, étaient depuis longues années nourris à la cour et avaient été familiers des rois et du royaume, on voulait lui faire grâce \ Dans les actes d'un différend entre l'université de Paris et les frères prêcheurs, on trouve plusieurs requêtes adressées à Alfonse avec le titre de régent *. Au mois de mai 1 253 les deux frères reçurent pleins pouvoirs du Roi de conclure une trêve avec le roi d* Angleterre'.

Dès son retour Aifonse avait fait vœu de retourner à la croisade, et il n'oublia pas sa promesse. Déjà, conformément aux dernières volontés de Raymond Vil, il avait entretenu à ses frais quarante chevaliers en Terre sainte pendant un an. Il en envoya d'autres en son propre nom *.

Olim , p. cccxxiv. Enquête faite par ordre de I«ouis, fils aioé du roi de France. Conf. la note 1 , où un autre acte du même (jcnre est indiqué.

' liegistre xxvii du Trésor des chartes, Toi. 1. Conf. Boularic, Actes du Parlement de Paris, t. I, Aclcs antérieurs aux Olim, p. CGCXxxnrr.

2 Regni rcclori. Bulseus, Historia uniDersitatis Parisiensis , t. I, p. m ot 257.

'* Original, Trésor des chartes, J. 629, n^' 1. Lenain de Tilleraont a par erreur attribue au mois de mars cet acte qui est de mai. Vie de saint Louis, t. III, p. 472, et t. IV, p. 270.

4 Voyez dans un acte daté de Joppé , décembre 1252 , la liste de ces chevaliers. Original, Trésor des chartes, J. 318, n» 47. D. Vaissete (t. VI, p. 493), qui a publié cet acte, estropie les noms de la plupart des chevaliers qui y sont mentionnés.

BIOGRAPHIE D'ALFOXSE. 89

Il eul en 1254 quelques difHcultés avec Henri III d'Angleterre , qui avait passé en Guyenne pour punir des révoltes. Les Anglais avaient fait des courses jusqu'aux portes de Toulouse et commis des dégâts. Alfonse demanda des indemnités pour ceux de ses sujets qui avaient souffert, et obtint une somme de sept mille deux cent cinquante-huit livres de Bordeaux, dont il ordonna la répartition '.

En 1258, saint Louis conclut avec le roi d'Aragon un traité qui eut pour résultat de mettre fin à des prétentions réciproques. Les rois de France revendiquaient la suzeraineté du Roussillon et de la Catalogne , et les rois d'Aragon avaient des droits plus ou moins fondés sur plusieurs fiefs du Languedoc. Par le traité de Corbeil, saint Louis renonça à des prétentions surannées, et le roi d'Aragon ne conserva plus en France, sous la suzeraineté du Roi, que la seigneurie de Montpellier et la vicomte de Cariât en Auvergne^. Alfonse gagna à cette convention, car le roi d'Aragon abandonna des droits très-réels sur la vicomte de Miihaud en Rouergue. En agissant ainsi , c'est-à-dire en tenant compte des droits d'autrui , saint Louis prévenait des guerres, se faisait des amis et affermissait sa puissance; aussi devint-il le symbole vivant de la justice et fut regardé comme l'arbitre de l'Europe. Il ne pouvait souffrir d'être le détenteur du bien d'autrui , aussi le traité de Corbeil ne fut-il que le prélude d'un autre encore plus important.

Le roi d'Angleterre ne cessait de revendiquer les provinces qui lui avaient été enlevées par Philippe Auguste : il invoquait la promesse formelle faite par Louis VIII en Angleterre, lors de sa désastreuse expédition; mais

1 25 mars 1253 (vieux style). Reg. G., fol. 1, v». 3 Registre XXX du Trésor des chartes, fol. 182.

90 LIVRE PREMIER. — RÉCIT DES ÉVÉXEllEXTS.

Henri III ayant violé ses engagements, le roi de France avait pu se regarder comme dégagé de la parole qu'il avait donnée \ Cependant saint Louis avait des scrupules que ses barons s'efforçaient de combattre. Les réclamations incessantes de Henri III le tourmentaient; mais comment abandonner la Normandie, ainsi que le demandait le roi d'Angleterre? Saint Louis l'eùt-il voulu, la noblesse française s'y fût opposée. Il conclut enfin, en 1258, un traité qui moyennant de très-légères concessions lui procura , ainsi qu'à la couronne^ de Irès-sérieux avantages.

Une partie des provinces revendiquées par le roi d'Angleterre étaient devenues le lot d'Alfonse, soit par suite du legs de son père Louis VIII, soit par héritage de Raymond. Nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs le texte même des clauses du traité d'Abbeville qui concernent les domaines du comte de Poitiers et de Toulouse.

tt Li rois de France donra au roi d'Engletcrre tote la droiture que li rois de France a e lient en ces trais esveschiez e citez, c'est a dire de Limoges, de Cahors e de Pieregord, en fiez e en demaines, saufle homagede ses frères, se il acune chose i tiennent, dont il soient si homme, et sauves les choses que li rois de France ne peut mettre hors de sa main par lettres de lui ou de ses anceisors

» Et encore, li devantdit rois de France donra au rei d'Engletcrre la value de la terre de Agenois, en deniers, chacun an , selonc ce que ele sera prisée à droite value de terre par prodes hommes... Et s'il avenoit que celé terre eschait de la cuntesse Johannede Poitiers au rei de France ou à ses heirs, il sera tenuz, ou ses oirs, de rendre au rei d'Engletcrre ou ses oirs, e, rendue la terre, il seroit quite de la ferme.

1 Voy. le texte du traité de Londres dans d'Achery, Spicilegiwn , t. III, p. 586.

BIOGRAPHIE D*ALFO\SK. 91

» De rechef, il sera enquis, à bone foi e de pleio, à la requesle le rei d'Angleterre , par prodes homes , à ce esleuz de une part e d^aulre, se la terre que H quens de Poitiers tient en Cahorsin , de par sa femme, fu dou rei d*Englelerre donée ou bailée ovesqe la terre de Agenois, par mariage ou par gagière, ou tout ou partie, à sa soer que fu mère le cunte Raimon de Tholouse dereinement mort; et s'il estoit trové qu'il eust ensi esté, et celé terre eschait au roi de France ou à ses oirs dou décès la cuntesse de Poitiers , il la donrait au rei d'Engleterre ou à ses oirs sans le homage de ses frères se acune chose tenoient, tant corne il viveroient.

» De rechef, après le décès le cunte de Poitiers, li rois de France, ou si oirs rois de France , donra au rei d'Engleterre ou a ses oirs la terre que li quens de Poitiers tient ore en Xanctonge , outre la rivère de Charente , en fiez e en demaines, qui saient outre la Charente, se ele eschait au roi de France ou à ses oirs. El se ele ne li eschait, il purchacera en bone manere, pareschange ou autrement, que li rois d'Engleterre e si oirs la aient; ou il lui fera avenable eschange a l'esgard des prodes homes qui serunt nomez de une part e d'autres. El de ce que li rois de France donra au rei d'Angleterre e a ses oirs en fiez et en demaines, li rois d'Engleterre et si oirs feront homage lige au rei de France et à ses oirs rois de France ; e aussi de Bordeaux, de Baionne e de Gascoine, e de tote la terre qu'il tient deçà la mer d'Engleterre en fiez et en demaines, et des illes, se acune i en a, qe li rois d'Engleterre tiegne que soit dou réaume de France , e tendera deli corne pers de France et dnx d'Aquitaine \ »

Nous avons mis le texte du traité d'Abbeville sous les

> Original , Trésor des chaHes , J. 629, n» 4 (28 mai 1258).

yeux du lecteur : nous allons maintenant en examiner la signification véritable et en étudier les conséquences.

Saint Louis céda aux termes de ce traité a toute la droiture quMl avoit es trois éveschiez de Limoge et de Cahors, et de Périgord, en fiez et en demaines ». Examinons quelle était la valeur de cette cession '.

En Limousin , saint Louis n'avait pas de domaine direct, mais rhommage des vicomtes de Turenne et de Limoges. En Qu^'rcy et en Périgord il n'avait non plus que des droits d'hommage : encore excepta-t-il les fiefs que les rois de France s'étaient engagés à ne pas mettre hors de leur main sans le consentement des feudataires. Plusieurs d'entre ceux-ci consentirent à devenir vassaux du roi d'Angleterre, les vicomtes de Turenne et de Limoges; mais un grand nombre , surtout ceux du Quercy, voulurent rester sous la domination directe du Roi. Saint Louis s'engagea à constituer au roi d'Angleterre des domaines d'une valeur égale à ceux qu'il ne put lui rendre par suite de ces engagements particuliers. Mais si le Roi céda quelques domaines et quelques fiefs, il se réserva la suzeraineté; car une des conditions du traité fut que Henri III se reconnaîtrait vassal de la France pour tout ce qu'il conservait dans le royaume ^. Pour bien apprécier cette transaction , il faut se placer au point de vue où l'on se mettait au moyen âge. On doit distinguer surtout le domaine de \a suzeraineté. Le Roi pouvait renoncer à une partie de ses domaines sans diminuer son autorité , et pareille chose arrivait chaque

* Conf. Ryraer, t. I, pari. II«, p. 60, et Brasse!, Preuves, p.xL. (Preuves du 2" volume.)

2 On peut voir dans Y Essai sur les Institutions politiques de saint Louis, de M. le comte Beugnot, Texposé complet des raisons qui peuvent faire incliner à trouver impolitique le traité de 1258, p. 50 et suiv. L'opinion de M. le comte Beugnot est partagée par M. Henri Martin.

BIOGRAPHIE DALFOXSE. 93

jour : quand une province faisait retour à la couronne, par conquête ou autrement, il était bien rare qu^elle ne fut pas donnée en apanage, sous la condition de Thommage. Seuls les revenus royaux diminuaient; Tautorité du Roi restait la même, car les baillis surveillaient les feudataires et les contenaient dans le devoir.

On pourra objecter que les rois d'Angleterre étaient des vassaux d'une espèce dangereuse ; mais il était glorieux pour la royauté française d'avoir pour homme lige le souverain d'une des plus puissantes nations de l'Europe. La suzeraineté du roi de France que Henri III reconnut au Roi par le traité d'Abbeville n'était plus un vain mot : cette suzeraineté, saint Louis l'exerça de la manière la plus rigide; il y eut un sénéchal français de Périgord qui n'eut d'autre occupation que de faire sentir aux agents du roi d'Angleterre en Guyenne la supériorité du roi de France. Le Parlement recevait les appels des sentences des sénéchaux anglais et les faisait exécuter par la force \

Le traité d'Abbeville portait aussi la cession au roi d'Angleterre :

V De la partie de la Saintonge à gauche de la Charente ;

2* De l'Agenais ;

3* Du bas Quercy.

Ces trois provinces appartenaient au comte Alfonse : saint Louis ne les abandonna qu'à condition que son frère mourrait sans postérité. La Saintonge avait été conquise par Louis VIII; la cession de cette province pouvait donc passer pour une restitution. Quant à l'Agenais, le roi d'Angleterre avait sur ce pays des prétentions légitimes, car il avait été donné en dot par Richard Cœur de lion à

■ Olim, t. I, p. 499, 533 et 7Î3. Ce fat surtout Philippe le Bel qui tira an merveilleux parti de sa suzeraioelé sur le roi d'Angleterre.

sa sœar Jeanne, lors de son mariage a?ee Raymond VI, et il devait faire retour au domaine des rois d'Angleterre par suite de Texlinction de la descendance masculine de Jeanne d'Angleterre. Le Quercy était dans le même cas ; cependant il y avait doute. On convint de faire une enquête, dont le résultat bien tardif fut l'assignation en 1285 au roi d'Angleterre d'un certain nombre de fiefs représentant un revenu de sept cent cinquante-huit livres tournois, moyennant quoi le bas Quercy resta uni à la couronne \

En résumé, saint Louis céda immédiatement les fiefs et domaines qu'il possédait dans le haut Quercy, en Limousin et en Périgord, et éventuellement une partie de la Saintonge, du Quercy et l'Agenais. Il s'engagea à payer au roi d'Angleterre une pension annuelle de trois mille sept cent vingt livres huit sous six deniers tournois comme indemnité pour l'Agenais, sur lequel les droils de Henri III étaient évidents ^ : cette somme était loin de représenter le revenu de cette province, qui, en déduisant les frais d'administration , s'élevait chaque année à plus de seize mille livres '.

De son côlé , Edouard renonça à la Normandie , au Poitou, au Maine, à l'Anjou, à l'Aunis, à la moitié de la Saintonge , et il reconnut la suzeraineté du roi de France pour la Guyenne. Il vint à Paris prêter à saint Louis l'hommage lige qui n'avait pas été prêté depuis plus d'un demisiècle *.

t Rymer, t. !«»•, î« partie, p. 179; Voy. l'assignation de sept cent cinquante-huit livrées de terre en Quercy par Philippe le Bel. Gathala-Cotnre, Histoire de Quercy, t. II , p. 425.

3 Gonf. Acte du 12 déceoabre 1261. Original, Trésor des chtHes, J. 630, n» 16.

3 Voy. plus bas le chapitre consacré aux Gnances.

^ L*acte d*hommage est transcrit dans un cartulaire de Philippe Aogoste. GoDf. Matheus West, p. 373, et Rymer, t. I, p. 380.

BIOGRAPHIE D'ALFONSii:. 95

Ce traité , que des hisloriens modernes ont reproché à saint Louis comme désavantageux^ fut au contraire un chef-d'œuvre de politique : il dessina nettement la situation, qui jusqu'alors avait été fort incertaine; il établit légalement la prédominance du Roi dans tout le royaume en faisant reconnaître sa suzeraineté par un puissant roi y et c'était en invoquant cette considération que saint Louis répondait à ceux qui le blâmaient , car il fut blâmé : ^ De ladite pez furent moult contraire ceulz de son conseil et li disoient ainsi : « Sire , nous nous merveillons moult que

V vostre volenté est tele que vous voulez donner au roy T* d'Angleterre si grant partie de vostre terre que vous et » voslre devancier avez conquise sur li et par son mesfail. 9 Dont il nous semble que se vous entendez que vous ni y* aies droit, que vous ne fêtez pas bon rendage au roy 9 d'Angleterre, se vous ne li rendez toute la conqueste que

V vous et vostre devancier avez faite; et se vous entendez n que vous y aies droit, il nous semble que vous perdez » quant que vous li rendez. » A ce respondi le saint Roy en tele manière : a Seigneurs , je suis certain que les den vanciers au roy d'Angleterre ont perdu tout par droit la n conqueste que je tieing; et la terre que je li donne, ne 9 li donnèje pas pour chose que je soie tenu à li ne à ses » hoirs, mes pour mettre amour entre mes enfans et les * siens qui sokit cousins germains. Et me semble que ce 9 que je li donne emploié-je bien, pour ce que il n'estoit 9 pas mon home, si en entre en mon houmage ' )>. Si quelqu'un perdit à ce traité, ce ne fut pas saint Louis, mais Henri IIL Les barons anglais furent indignés, et il est peut-être permis de croire que la honte dont ce traité couvrit le monarque anglais ne fut pas sans influence sur

1 Joinville, Histoire de saint Louis, cdit. de II. de Wailly, p. 456 et

la révolte qui ne tarda pas à éclater sous la conduite du comte de Leicester, et manqua de faire tomber la couronne de la tête de Henri.

Ainsi que nous Pavons dit, Thistoire d'Alfonse est celle de son administration. Nous avons peu de renseignements sur sa vie. Il demeurait aux environs de Paris, à Vincennes, à Josaphat, près de Chartres, à THôpital, près de Corbeil, à Longpont, à Rampillon. On le trouve aussi à Fontainebleau.

Il se fit bâtir à Paris un palais proche du Louvre, donnant sur deux rues, la rue des Poulies et la rue d'Autriche; il acheta un grand nombre de maisons particulières qu'il (it démolir pour construire son hôtel, car ce n'est pas d'aujourd'hui seulement que date la coutume de détruire pour édifier. Il habita peu ce palais, qui après sa mort passa au comte de Périgord , lequel en vendit la moitié au comte d'Alençon. Cet hôtel ainsi morcelé fut connu sous le nom d'hôtel d'Autriche, de THôte riche, et même de l'Autruche; exemples singuliers des altérations que subissent les noms dans la bouche du peuple '.

' Sur rhôlel d'Autriche , voyez Berly, Topographie historique du vieux Paris , t. I, p. 88. M. BeHy n'ayant pas connu tous les actes d'acquisition de l'emplacement de l'hôtel d'Alfbnse , nous croyons en devoir donner la lUte.

Sur les acquisitions pour l'hôtel d'Autriche, voyez Trésor des chartes^ J. 152, une liasse intitulée : t Liltere tangentes acquis! tiones faclas per comitem Pictavie in vico des Poulies et in vico d'Austrichc de quibusdam domibus sitis in dictis vicis. b Cette liasse ne comprend pas tous les actes relatifs à cet objet, dont voici l'énumération :

Juin 1254. Vente par Jean de Maisons, chevalier, de plusieurs maisons proche du Louvre et de la porte Saint-Honoré, en la censive de l'évèquc de Paris , moyennant cinquante livres de rente. Original, Trésor des chartes, J. 152, n^ 2; voyez aussi sur cette vente, les actes cotés J. 312, n» 54, et J. 30^1, no 79.

Février 1255. Vente d'une maison sise en la censive de Saint-Denis de la Cbartrc, par Robert Merci et Perronnelle, sa femme. Ibid.^ J. 152, n» i.

BIOGRAPHIE DALFOMSE. 97

On a accasé Alfonse d'avoir puissamment contribué à la décadence de la littérature provençale, qu'il aurait travaillé à anéantir comme un souvenir vivace de Tindépendance du Languedoc ; mais cette littérature s'est éteinte d'elle-même. San^ doute la réunion du Midi à la couronne et la suppression de ces galantes cours seigneuriales où les troubadours brillèrent à la fin du douzième siècle d'un si vif éclat contribuèrent à reléguer parmi le peuple l'usage de la langue d'oc, tandis que les nobles, les fonctionnaires, les ambitieux, apprenaient la langue parlée à la cour et au siège du gouvernement; mais ce résultat, amené par la force des choses, fut postérieur à Alfonse.

Septembre 1255. Vente par Jeanne, veuve de Robert de Saint- Yon, d'une grange sise en la censive de Saint-Germain TAuxerrois pour cent dix livres parisis. Original , J. 151 , n® 7.

Mars 1260. Vente par Jean Groyn de Bœuf, d*une maison sise en la ccnsite de Saint-Germain moyennant vingt livres. J. 152, n^ 3.

Mai 1260. Vente par Hugue le Bourguignon, chanoine de Saint-Paul, à Saint-Denis, de plusieurs maisons rue des Poulies. J. 152 , n^ 9.

30 août 1260. Vente par Agnès, Glle de Maurice de Chartres, frère de Citeanx, et de feu Marie, moyennant vingt livres parisis, d'une maison « in vico Hostcriche, in censiva Tyboudi de Capella. > J. 152 , n^ 6.

Novembre 1260. Vente par Raoul, fils de Bernard de Chevreuse, moyennant vingt-sept livres dix sons, de la moitié d'une maison rue des Poulies. Original, J. 152, n» 7.

\ovembre 15M0. Vente par Hamon des Poulies , moyennant le même prix, de l'autre moitié de la même maison. J. 152, nP 8.

Janvier 1262. Vente par Eude Popin et Pierre le Boucher, chanoine de Saint-Ciood, exécuteurs testamentaires de Hubert Golebrart, chanoine de Bayeox , de plusieurs maisons rue des Poulies , moyennant deux cents livres parisis. J. 152, n? 10.

Février 1262. Ratification par Marie, veuve de Guillaume Baudouin, de la vente faite par son mari d'une maison rue d'Autriche. Original, J. 312, n? 8.

Juin 1262. Vente d'un jardin par le chapitre de Saint-Germain. Cartulaire de Saint-Germain, fol. 16 v<>.

1266. Acquisition de maisons rue d'Autriche. J. 318 , n» 53.

1268. Vente pac le chapitre de Saint-Gormain l'Auxcrrois d'un emplacement rue des Poulies. J. 737, n'^ 2.

98 LIVRE PREMIER. — RÉQT DES ÉVÉXEMENTS.

Au treizième siècle, dans le Nord comme dans \e Midi, la sève poétique s'épuise; aux fictions poétiques va succéder la muse sévère de l' histoire ' . Alfonse ne parait pas avoir été ennemi des lettres : un de ses ménestrels de la langue d'oïl, rompant avec la poésie, rédigea 'pour lui, d'après les originaux, une chronique française qui a servi de modèle aux Chroniques de Saint-Denise

Nous aurions promptement terminé la biographie d'Aïfonse si nous n'avions eu l'heureuse fortune de découvrir épars plusieurs fragments d'une correspondance intime entre lui, saint Louis, la reine Afarguerite et plusieurs autres contemporains illustres. Ce ne sont malbeureosèment que des fragments difiBciles à dater ; ils se rapportent souvent à des faits peu connus, mais étudiés de près ils éclairent le caractère de personnages considérables et de graves événements. Ne demandons à ces lettres que la pensée qui les a inspirées, sans chercher dans le style l'empreinte de la personnalité de ceux au nom de qui elles ont été écrites, car à cette époque les rois et les princes ne tenaient pas eux-mêmes la plume , ils se contentaient d'indiquer à leurs clercs l'objet de leors missives. Cette correspondance nous montre Marguerite de Provence sous un jour nouveau. Jusqu'ici c'était une des plus gracieuses figures de l'histoire de France. Qui ne s'est indigné en lisant dans le sire de Joinville ce qu'elle eut à souffrir de sa belle-mère Blanche de Caslille, qui semblait jalouse de l'affection que lui portait son fils? Qui n'a souri au récit des ruses charmantes employées par le jeune couple pour échapper à une

< Sur la décadence de la littérature provençale, voyez Meyer, Bibi. de V Ecole des Chartes, VI« série, t. V, p. 415 et «uiv.

3 De U'ailly, Mémoires de V Académie des Inscriptions, t. XVII, p. 399 €t suiv.

BIOGRAPHIE D'ALFOMSE. 99

£lcheuse sarveillance et se procurer quelques instants de causerie intime? Qui n'a admiré celte pieuse fermeté avec laquelle elle priait en Orient un vieux chevalier de Toccire plutôt que de la laisser tomber entre les mains des musulmans? Mais ce serait une erreur de ne voir dans Marguerite qu'une femme douce et timide , sachant trouver au besoin dans une foi ardente la force de préférer la mort à la captivité chez les ennemis de 4ésus-Ghrist. Elle prit plus d'une fois une part active aux affaires de l'Etat y je dirai même à des intrigues politiques^ et sa correspondance avec Alfonse nous la fait voir intervenant dans la querelle entre Henri III et ses barons.

Le gouvernement despotique de Henri III avait soulevé les trois ordres de l'Etat contre lui. Contraint de céder, il accorda sous le nom de statuts d'Oxford des libertés qu'il s'empressa de retirer dès qu'il se crut le plus fort. Ses barons reprirent les armes sous la conduite du comte de Leicester, fils du chef de la croisade contre les Albigeois, et Henri 111 fut réduit à de dures extrémités. La reine Éléonore chercha en France des appuis ; elle recruta des combattants pour la cause royale, et fut secondée dans cette tâche par Marguerite sa sœur. Ce fut à ce propos que s'engagea entre les reines d'Angleterre et de France d'une part, et Alfonse d'autre part, une correspondance pleine d'intérêt. Alfonse était un prince puissant : il possédait de vastes Etats et de nombreux vassaux. La Rochelle lui appartenait, et mettait à sa disposition des vaisseaux marchands qu'on pouvait aisément convertir en flotte de guerre. Il était donc d'un très-grand intérêt de se concilier sa bienveillance, soit pour en obtenir des secours directs, soit pour qu'il permit à ses sujets de se ranger sou» la bannière du roi d*Angleterre , ainsi que le faisaient de nombreux gentilshomnies des autres provinces de France.

Gaston de Béarn , cousin des reines de France et d'Angleterre, était un brave chevalier; il pouvait mettre au service de Henri III une bonne épée , et l'aide de ses vassaux, les belliqueux Béarnais, était fort désirable. Mais Gaston était remuant, souvent en querelle avec ses voisins, et pour l'instant il faisait la guerre au comte de Comminges. Marguerite , à l'instigation de sa sœur, écrivit à Alfonse pour se plaindre de ce que Gaston , qui était aussi cousin de la comtesse Jeanne, fut opprimé par les gens du comte de Toulouse *. C'était intervertir les rôles, car l'opprimé, s'il y en avait un, était le comte de Gomminges, dont Gaston avait envahi les terres. Aussi Alfonse , dont le comte de Gomminges était vassal , dans sa réponse à la reine, exposa les faits sous leur vrai jour : il se plaignit de Gaston, qui avait fait irruption dans des fiefs relevant du comté de Toulouse, et qui, bien que mis en demeure, n'avait pas voulu amender son tort. Il déclarait qu'une pareille conduite lui déplaisait : u Nous prions votre sérénité , ajoutait-il , qu'elle vous déplaise aussi ^ y>

^ • Margareta, Dei gracia Francorum regina, karissimo Tratri suo Alfonso, comiti Pictavie et Tbolose , fratri domini régis , salutem et sincère dilectionis affecttim. Pro karissimo consangaineo nostro domino Gastone de Biarno vobis preces porrigimus, ex affectu, ut eidem in negociis suis, amore nostri, necnon conteroplatione uzoris vestre , que sibi in linea consangninitatis conjungitur, sitis favorabilis et benignus , erga ipsum taliter vos reddentes, pront ad honorem vestrum pcrtinct , ne possit dici merito vel obici vobis quod peir vos vel vestros idem Gasto violenter opprimi videatur; tantnm inde facientes quod preces nostras sibi sentiat fructuosas et quod vobis inde teneamnr ad mérita gratiarum. i — Arch, de l'Empire, Trésor des Charles, J. 307, no 55, fol. 6. Cette lettre n*est pas datée, mais elle précède dans le registre une lettre du samedi après la Chandeleur 126% (v. style), 3 février 1263.

^ « Eccellentissime domine et karissime sorori sue Margarete, Del gratia Francorum regine illustrissime, Alfonsus filius régis Francorum comes Pictavie et Tbolose, salutem, et cum dilectione fraterna paratam ad beneplacita voluntatem. Super litteris quas nobis misistis pro négocie domini Gastonis de Biarno, vestre ezcellentle noti6camu8 de facto jpsius, quod idem G. intravit

BIOGRAPHIE DALFONSE. 101

Marguerite ne se le tint pas pour dit. Elle renouvela ses instances, affectant de regarder Gaston comme victime '.

Alfonse ne put tolérer ce langage et fil une réponse étendue et motivée, dans laquelle il rétablissait la vérité; il prouvait que tous les torts étaient du côté du vicomte. Gaston ^vait pénétré à main armée dans des fiefs mouvants du comte de Toulouse; et quand celui-ci l'avait sommé de réparer les dommages provenant de son fait , il n'avait pas répondu. Aussi Alfonse déclarait-il que, loin

coin annis in terra fidclis nostri comitis Ginvenarum , quam tenet a nobis , et in eadem multa gravamina et dampna perpeiravit, que adhuc non emendavit, quamvis super hoc a nobis fuerit requisitus : quod nobis displicet, vestram serenitatem rogantes ut vobis displiceat. Illud idem scire vos volenles quod terra illa de qua contentio vertitnr inter comitem G>nvenaram et dietom Gastonem de nostris feodis non existit. « Ibidem.

^ « Margarita, Dei gratia Francorum regina , karissimo fratri suo Alfonso, filio régis Francorum , comiti Plctavic et Tholose , salutem et sincère dilectionis afîectum. Oppressiones , dampna et gravamina que barones regni Anglie, rejecto fidelitatis débite, procurante comité Leycestrie, illustribus régi, regine Anglie, karissime sorori nostre, ac liberis eorum [intulerunt] ad aures vestras credimus pervenisse. Ipsa quidem dampna cordi habemus plurimnm , et nostra propria merito reputamns. Sane hucusque super dicto négocie vobis distuleramus scribere, ob hoc quod vobis de ipso majorem certiludinem et omnimodam scriberemus ; et quia de vobis gerimus et semper gessimus fiduciam pleniorcm , sperantes per vos nostris necessitatibus sobveniri, rogamus vos et requirimus, ex alTectu, quatinos oppressiones dictorum régis, regine ac liberorum suorum vobis displiceant, et quod in negociis ipsorum ad statum prosperum et tranquiUnm reducendis vclitis vestrum concilium et auxilium impertiri, cum a nobis super hoc fueritis requisiti. Rogamus edam vos quod senescallo vesiro Agennensi vestris detis lîtteris in mandatis ut ipse laboret ad hoc quod quedam longa treuga iniatur inter dominum Gastonem , vicecomitem Beamensem , et comitem Convenaroro; ita quod idem dominus Gasto, consanguineus noster karissimus, circa jovamen dictorum régis, regine ac liberorum suorum intérim interccdere valeat, si necesse fuerit, et vaccare. Preterea vos rogamus quod balh'vo vestro Pictaviensi mandetis quod ipse apponal consiiium ut omnes naves et baleilos illius partis habere possimus , mediante peccunia dicti régis; et vos, si qnas galeas in ilh's partibus babelis, nobis eas accommodare velitis. » Fol. 18 r» (sans date).

iOS LIVRE PREMIER. — RÉCIT MS ÉVÉNEMENTS.

de favoriser le protégé de la Reine, H était disposé à tirer panition de ses méfaits. II Favait mis en demeure de faire la paix avec le comte de Comminges , et cette sommation était restée sans résultat : il était donc prêt à le contraindre, par la force, au respect des droits d'autrui. Il terminait en priant Marguerite de savoir mauvais gré à son cousin des attentats qu'il avait commis et de ceux qu'il pourrait commettre. Toutefois il tentait un dernier effort pour plaire à la Reine, et par commisération pour les pauvres paysans qui, ajoutait-il , en empruntant avec quelque changement un célèbre passage d'Horace , pâtissent toujours des sottises (TautruiÀl est beau de voir cette maxime philosophique dans la bouche d'un prince du moyen âge. Cette pitié pour le pauvre peuple était enseignée par le christianisme; mais il y a, ce nous semble, quelque chose de piquant à la voir exprimée à l'aide d'une citation classique'. Comme corollaire à cette ferme réponse, Alfonse

I Lettre fins date. Bibl. impériale, Cartulaire d*AiroDse , n» 10918, fol. 22. — f Régine Francie pro domino comité Piclavicnsi. Excellenlissime et karistiime domine ac »orori sue Margarite Dei gracia Franconim regine illustrissime , Alfonsus filius rpgis Francorum , cornes Piclavie et Tholose , salutem et cum dilectione fratema paratam ad beneplacitum volunlatem. Serenitatis vestre litteras noper recepimus quarum tenorem pleno collegimus intellcctn. Sane quia varia facti narracio nonnunquam perplexitatem et sera- 'pnlum générât in animo audientis, veritatem rei et processum negocii quod verlitar inter nobiles viros dominum Gastonem vicecomitem Beamensem, consangnineum vestniro ex una parte , et fidelem nostrum B. comitem Gonvenarum ex altéra, quatenus ipsum nos tangil negocium dominacioni vestre optamus sub compendio declarare. In primis ilaqne vos volumus non latere quod terra illa , castnim , seu forlalicium pro quibus dicti dominiis Gasto et cornes Convenarum sibi invicem adversantur et nnde guerra inter ipsos mota traxit originem , de nostris non movet feudis seu retrofendis, sed omnino separata est a juridictione nostra, dominio et districtn, et in illis nullum prorsus prestamus auxilinm , consilium vel favorem memorato comiti Convenarum in defTendendo vel invadendo loca ipsa de quibus est contencio inter partes, nec ullum iropedimentum fecimus aut facimus, nec facere proponîmus , quo minus prefatus consanguineus vcster in illis locis et terris quorom occasione guerra sumpsit exordiam possit se vindicare , delîendere vel invm-

BIOGRAPHIE D'ALPOXSE. 103

donnait ordre à son sénéchal de Toulouse de prêter mainforte au comte de Comminges *.

dere, et cornes timiliter, prout sibi viderint expedîre ; nec unquam iohîbuimus aut inhibere fecimas quominos alerque possit sibi amicos acquirere tam de terra nostra qiiam aliuode qui in illis locis et terris eisdem preslent aaxilium et favorem ; illud solain altendeotes ne in nosiris feudis de quibus ulla prorsas mota est contencio aliqua manu armata attemptcnt maleficia perpetrare. Unde non débet niirari vestra magnificencia si , premissis a nobis precibus , inhibere fecimus diclo vicecomiti fiearnensi ne in hiis que de nosiro movent feudo intret cum armis hostiliter, cum nec in toto nec in parte aliquid in nostris existât feudis propter qnod orta est conleucio inter îpsum et comilem memoratum , preserlim cum nos scmper parati simus et fuerimus cuilibet conqiierenti de nostris hominibus exhibcre céleris justicic complementum, et hoc dicto vicecomiti sppe duximus inlimandum ; et sepedictus cornes se ofTerat et semper obtulerit coram nobis absque ullo diiTugio stare juri. Inde deliberato consilio ad instanciam dicti comitis, cum sit homo noster h'gius , in deflendendis nostris feudis que tenet a nobis, déesse non possumus nec debemus. Dîctus vero vicecomes , contemplis precibus et spreta inbibicione , in nostrnm prejudicium et jurisdictionis nostre non modicum dctrimentum , fcuda nostra cum armis aggressus est , ubi dampna dédit non modica et maleficia plurima perpetravit, que licet requisitus tam pcr nuncios quam per lilteras et a nobismetipsis ore proprio , nondum voluit emendare ; qiiod nobis displicet nec immerito eciam displiccbit quousque fuerint emendala. Avcrlat itaque celsitudinis vestra prudencia an propter hoc^vel nostri diclo domino Gastoni de Bearno reputari injuriosi existere , si duntaxat nostra fcoda defTcndendo, non alia invadcndo, minus justo impetuî suo necnon maleficiis pcrpelrandis que adhuc minatur in nostris feudis se facturum nimirum , prout licet, disposuimus obviare. Vcrum quia in vestris litteris de reformanda pace inter dictes fiebat mencio, procul dubio vobis constet quod nos lilteras et nuncios misimus ad tractandum de pace inter ipsos specialiter députantes ; fted , sicut nobis retulit aliquis nunciorum vir utique fide dignus , dominus Gasto in nullo se prebuit favorabilem nec assignalis die et loco ad tractandum de reformacione pacis voluit com parère, \ichilominus tamen , ob reverenciam vestram et bonum pacis , utque providcatur indempnitati pauperum agricollaram qui semper plectuntur quicquid délirant alii, adhuc libenlî animo ad reformacionem pacis curaremus interponere parles nostras si sciremus probabiliter quod dominus Gasto vellet se in hac parte tnictabilem exbibere. Consideratis ilaque hiis que premissa sunt videtur nobis ctaliis quod vobis displicere deberet si dominus Gasto feuda nostra hostiliter cum armis ingredi attemptaret , et vos rogamus quod vobis dispiiceat de jam attemptatis illicite et si, qnod absit, ipsum contingeret talia attemptarc. » 1 Bibl. imp.,no 10918, fol. 22.

104 LIVRE premier: — REGIT DES ÉVÉNEMENTS.

Saint Louis, dans son infatigable désir de rétablir la concorde , avait réussi non sans peine à faire accepter sa médiation entre Henri et ses barons : rendez-vous avait été assigné à BouIogne-sur-Mer, à la quinzaine de la Nativité delà Vierge (22 septembre 1263); mais le saint Roi était le seul qui voulût la paix. Marguerite, dans la lettre même où elle apprenait à Alfonse la conférence dé Boulogne, le priait de mettre ses vaisseaux et les barques qui se trouveraient à la Rochelle et dans ses autres ports à la disposition du roi et de la reine d'Angleterre , afin d'équiper une flotte destinée à un débarquement en Grande-Bretagne \ Alfonse se contenta de répondre qu'il ne possédait aucun vaisseau *. La conférence de Boulogne ne produisit aucun résultat, ce qui n'a rien iie surprenant, vu les dispositions belli-

* Bibl. imp., n® 10918, fol. 19. — f Margarita, Dei gratia Francorum regina, karissimo frairi sui Alfonso, Clio rcgis Francorum, coini(i PictaFÎe et Tolose , salutcm et siucere dilectionis conlinuiim incrementum. Satis vos cre'limus audivisse qualiter , per falsam suggcstionem comitis Leyceslrie , barones regni Anglie illustres rcgem, reginam Anglic, aq corum libcros tractaverunt , et qualiter serenissimus et karissimus dominus nostcr rex acceptavit diem una cum bâronibus Auglie supradictis, ad tractandum de pace intcr regem, et reginam , ac eorum natos, ex una parte, et barones predictos, ex altéra, ad quindenam instantis Nativitatis Béate Marie Virginis, apud Boloniam supra mare. Hinc est quod dilcctionem veslram ex affectu requirimus et rogamus , petentes , pro munere speciali , quatinus de vestris navibus et batellis de Rupella velitis nos juvare, si placet, ita quod illas, ad quindenam inslanlis fesli sancti Michaelis , in subsidium régis et regine Anglie , ad expensas ipsorum , valeamus habere , si contingat quod ad dictam diem inter partes pax non valeat reformari ; mandantes nobis super hoc litteratorie voluntutem veslram , et de quot navibus nos poteritis juvare , per presencium portitorcm. »

2 Bibl. imp., n** 10918, fol. 19°. — i Excellentissime et karissime sorori sue Margarite, Dei gratia Francorum regine iliustri , Alfonsus, filins régis Francorum, comes Pictavie et Tbolose, 8alutem,*et dilectione sincera paratam ad beneplacita voluntatem. Cum nos , per vcstras rogaveritis litteras quod vellcmus vos juvare de nostris navibus et batellis de Rupella , exccllentie vestre significamus , quod nos non habemus apud Ruppellam naves nec batellos qui sint nostri , quos sciamus. «

BIOGRAPHIE D'ALFOXSE. 105

queuses que nourrissait la reioe d' Angleterre. Cette princesse, douée d'une grande énergie, s'adressa au comte de Poitiers, fit appel aux sentiments qu'il avait hautement manifestés sur le comte de Leicester, et renouvela la demande de vaisseaux faite précédemment par Marguerite (15 octobre 1263) '.

Marguerite appuie cette requête, et pour mieuX en assurer le succès elle juge à propos de la restreindre ; elle ne demande plus qu'on prête des vaisseaux, mais qu'on les loue an roi d'Angleterre , et elle prie son beau-frère de donner des ordres en conséquence à ses sénéchaux ^. Un

< Bibl. imp., n» 10918, Toi. 19 v». — « A., Dei gracia regiaa Anglie, domina Hiberoie et ducissa Aquilanie, nobili viro domino A. comiti Pictafie, salutem, et cam honore prumptam ad beneplacita voluntalem. Attendentes vos moleste gessisse , et animo nimîs amaro planxissc illata domino nostro Régi, nobisquc, et E. primogenito nostro, per quosdam regni Anglic gravamina, grates, quas scimus et possumus , vobis exiode referimiis; vos ex intimo cordis deprecantes , quatinus gravamina iJla animi gravitatc pondérantes , juvamen vestrum ad vindictam super bis impendcndum nobis communicare velitis, nates et galeas vestras, si pJacet, transmittendo quo modo karissima domina et soror nostra regina Francorum iJlustris disposuerit, secundum quod ipsa vos requirit. Nos quidero vobis ob inde teneri volomas nostro perpetao (sic) ad uberiores graciarum aciiones; beoeplacitum vestrum una cum statu vestro prospcro , utinam , et jucun.io nobis petimus crebrius intimari ; parate enim erimus ad ea exequenda pro viribus que vobis cèdent in commodum et bonorem. Valete, etc., semper in Domino. Datum apod Ultsaund, xv die octobris, anno regni H. domini nostri XLVii. >

s Bibl. imp., n» 10918, fql. 18, r». — tMargarita, Dei gralia Francorom regina, illustri viro et karissimo fratri suo Alfonso, filio régis Fraocororo, comiti Piclavie et Tbolose , salutem et sincère dilectionis afTectum. Gnm illustres rex, regina Anglie soror mea, ac dominus Eduardus, nepos noster karissimus mandent amicos suos apod Sanctum Odomarum in Flan* dria ad unnm mensem post proximum feslum Beali Martini, nosqoe intcUeximns vos babere galeas apod Ruppellam , rogamos vos et requirimus, qualinof, ad expensas dicti régis AngUe, de ipsis galeis nobis veJilis facere subsidium et succursum intimantes ballivis vestris Pictavie et Ruppelle , per vestras litteras, quas nobis mittatis per iatorem presencium, quod nunciis Dostris suam prestent coosilium et juvamen ad hoc quod possimus babere de

. m LIVRE PREMIER. — RÉGIT DES ÉVÉNEMENTS.

post'Scriptum affectueux est ajouté pour préparer un accueil favorable à cet appel pressant fait à Tamitié du frère de saint Louis (31 octobre 1263) \

Le comte de Poitiers n'avait aucune envie d'intervenir dans la querelle entre Henri et ses barons; il ne pouvait oublier qu'il avait été obligé de conquérir son comté sur ce même Henri III, qui implorait son secours, et qu'il y avait en Poitou un parti qui regrettait la domination anglaise et était prêt à saisir l'occasion de secouer ce qu'il appelait le joug des Français. A la lettre d'Eléonore , il répondit courtoisement, remerciant la Reine de l'intérêt qu'elle prenait à sa santé , et se référant pour l'objet principal de sa missive à la réponse qu'il faisait à Marguerite de Provence ^. Cette réponse nous l'avons ^ : Alfonse y

navibus et vasis în illis partibus exbîstentibus , ad dicti régis Anglie expcnsas, (antum aiitem inde facientes quod vobis teneamur ad mérita gratiarum. Datiim apud .'*'anc(um Germaniim in Laia, in vigilia Omnium Sanclorum.

« Credalis dilecto militi nostro latori prescntium, super hiis que vobis dixcril ex parte nostra de dicfo negocio. i

* t Margarita, etc. (sic), illustri viro Alfonso, etc. De statu vestro capientes certitudinem obtincre , rogamus vos quatinns per latorem prescncium , nos de eodem statu omnino , utinam proficuum sit ac florens, reddatis, cum vestro beneplacilo, ccrtiores. Datum quanto et precedens. « Ibidem.

^ t Excellenti et dilecte sue A. Dei gratia, rcgine Anglie, Alfonsus filius régis Francie, cornes Pictavie et Tholose, salutem et sincore dilectionis aîTectum. Gravamina vobis illata nobis displicent, vobis signifîcantes quod super navibus et gaJeis de quibus vobis scripsistis excellcntissime domine M. regine Francie noslram scripsimus plenam voluntatenô. Super hoc autem quod statum nostrum scire desideralis per vcstras )i Itéras exinde vobis scimus bonum gratum , scientes quod in confectione presentium eramus in bono slatu , Domino conccdente , quod de vobis scire sepius affeclamus. Datum apud Corbolium die June post festum Omnium Sanctorum (5 nov.). » Bibl. imp., fol. 22.

3 I Excellentissime domine et karissime sorori sue Margarite, Dei gratis regine Francorum illustri, Alfonsus, filius régis Francorum, comes Pictavie et Tbolose , salutem et , cum sincera dilectione , paratam ad beneplacita voluntatem. Cum nos per vestras rogaverilis litteras , ut de galeis nostris , quas mandavîstis nos babere apud Ruppellam, ad expensas illustris régis Anglie,

BIOGRAPHIE DALFONSE. 107

exprime son désir de porter secours au roi d'Angleterre , mais il n'a pas de vaisseaux. II autorise ses sujets à entrer au service d'Edouard j. mais il se gardera bien de les y contraindre, dans la crainte de leur faire tort en agissant ainsi, et de tomber dans le péché. C'était proclamer le principe de la non-intervention (5 novembre 1263).

Cependant saint Louis, dans son ardent amour de la paix , travaillait à faire cesser l'anarchie qui désolait l'Angleterre; il obtint que les deux partis le prissent de nouveau pour arbitre (décembre 1263). La ville d'Amiens fut indiquée comme lieu de rendez-vous. Le roi et la reine d'Angleterre, la reine Marguerite, un grand nombre de barons anglais , les personnes les plus considérables de France y vinrent chercher la décision de saint Louis; Simon de Montfort demeura en Angleterre. Le 23 janvier 1264, le Roi rendit sa sentence en faveur de Henri IIL II abolit les statuts d'Oxford qui limitaient le pourvoi de la couronne, et que .Henri avait pourtant acceptés et juré d'observer. C'était la guerre. Les barons refusèrent d'exécuter cette décision qui ne tenait aucun compte des conquêtes politiques qu'ils deyaienj^à plusieurs années de lutte. On en appela aux armes.

relimus vobîs facere subsidiam et succursum , excellcntie vesire significarnus quod DOS non scimus ibidem habere galeas que sini oostre; et, si ibidem bab^reroot galeas que essent nosire, nobis placeret quod eas ad veslram Yoluiitatem (acieDdam caperctis. El si bomtoes nostri de Ruppella aliqoas galeas seu naves babeant, et vos, ret Anglie vcl regîna, ad ipsos vestros noncios mitteretis, placeret nobis quod ipse vobis tradèntur, si placeret eis , ad fadendam veslram voluntalem. Nos enim ipsos ad hoc faciendum minime compelleremos , quia timemus ne eis faceremus injuriam , et peccatum super hoc bcarreremot. Super hoc aolero quod de statu [nostro] cupilis certiludinem obtinere, exinde vobis regraliamur, scire vos volenles quod in confeclione presenlium eramus in bono statu , Domino eoncedente , quod de vobis audire j agiter atleclamus. Datom die lune posi feslum Omnium Sanctorum , apud Hospitale, joxta Gorbolium. t — Bibl. imp., n» 10918 , fol. 18 v».

Ëléonore compta trouver dans les sympathies qae lui témoignait la noblesse française un appui efficace : elle espéra que, pour tous, les partisans des barons seraient des rebelles que l'on devait combattre par tous les moyens possibles. Elle pria le comte de Poitiers de mettre Fcmbargo sur tous les navires anglais qui se trouveraient dans ses ports, et de les lui faire remettre pour en former une flotte chargée de faire une diversion puissante sur les côtes d'Angleterre, et d'y transporter toute une armée de volontaires recrutés sur le continent (7 mai 1264' ).

A cette proposition , le comte répondit par un refus formel , alléguant qu'une telle conduite lui paraissait à lui et aux hommes sensés constituer une violation du droit et

* • Inciito viro A. illustris régis Francie , filio comiti Pictavie et Tbolose , A., Dei gratia regina Anglie, domina Yberoie, ducissa Aquilanie, salutero et sincère dilectionis aflectum. Iniquitatem et prodicionem quoruodam baronum Anglie qui pcr vivant guerram dominum nostnim regem Anglie illustrem et liberos ejus exheredare nituntuFf ad audienciam vestram et scientiam venisse minime dubitamus, credentes firroiter quod si talia in quemcumqae regem vel principum nedum in dominum nostrum regem , quem idem sanguis et spéciales cause dilectionis vobis jungnnt , et vos ei similiter, vice versa, soirelis talia a(templari , vestra bonilas et magnaoimitas non compati vel non scandaitzari non possent. Ideoque nobilitatem vestram et dilectionem pro memorato domino nosiro rege ac nobis , et liberis nostris conBdcnter et attente rogamus quatinus omnes naves Anglie que in terra et districtn vestro invenientur, durante guerra predicta , arrestari et detineri faciatis , ut per arrestacionem eandem inimici domini nostri régis qui in multitudine naviom confidunt, potissime careant navibus et sua spe fraudentur iniqua, et succursus qui de partibus cismarinis paratur pro domino nostro navigio noscat babundare. Sane inter meliores modos snbveniendi domino nostro régi est unus de roelioribus retencio navium sapradicta. Talis siquidem et tantus est casus iste quod sine offensa divina arrestacio potest fieri antedicta , cum merooratus dominus rez dominus sit et princeps omnium Anglicorum et omnia sint principis, necessitate urgente. Super boc rescribalis nobis et aliis per latorem presentium vestre *beneplacita voluntatis. Datum apad Poissi, die septima maii, anno regni Henrici domini nostri régis xtnii. « Bibl. imp., no 10918 , fol. 18 vo.

BIOGRAPHIE D'ALFONfSE. 109

devoir être une source de périls '. U fallut se contenter des vaisseaux que les sujets d'Alfonse voulurent bien mettre, moyennant finance, au service de la cause royale ^. Cette cause semble un instant désespérée : au mois de mai, Henri perd la bataille de Lewes , et est fait prisonnier avec son frère Richard et ses deux fils Edouard et Henri ; mais la défaite et la mort de Simon de Montfort à Evesbam , le 4 août suivant ,. délivrent le Roi de son ennemi le plus redoutable : la lutte durera encore quelque temps, mais la couronne est sauvée. Eléonore avait puissamment contribué à ce résultat par son énergie à organiser la résistance, à lever des troupes, à se procurer des vaisseaux, à faire des emprunts.; et elle avait été aidée par Marguerite , qui se laissa quelquefois entraîner par son amitié à des actes

' f Excellenti et dilecte sae A., Dei gratia regine Anglie, Alfonsat filias régis Francie, cornes Pictavie et Tbolose, salutem et sincère dilecUonis afTectum. Exccllentie vestre signiûcamus quod super hoc quod per vestras scripsistis litteras ut nos omnes naves Anglicas que in terra et districlu nostro invenientur durante garra arrestari et detineri faciamus, timenius et videtur maltis bonis hoc nos non posse seu debere facere absqne magna injuria et pericalo. Datum apud Longum Pontem, die lane post Translationem Beati Nicholai. « 12 mai 1264.— Bibl. imp., n» 10918, fol. 19 r«.

* Lettre de la reine Eléonore à Alfonse. — « A., Dei graïia rcgina Anglie , domina Hybemie « ducissa Aquitanie , serenissimo viro , domino Alfonso , filio régis Francorum, comiti Pictavie , salutem et paratam ad beneplacita folantatem. Serenitatem vestram credimus non latere quantum istis temporibus amicorum nostrorum egemus auxilio, propter adversum et inopinalum casam qui nobis contingit in partibus Anglicanis. Unde cum, pro qoerendis navibus et babendis, apud Rnppellam nostros spéciales nuncios dertineamus, nobilitatem vestram, de qua indubilanter confidimus, requirimos et rogamns quatinus in parlibus iUis vestris significetis ballivis quod magistris et rectoribus navium signiûceot quod nuncios nostros favorabiliter recipiant et bénigne, et in conductione navium sive alio subsidio nobis necessariOf dictis nnnciis se exbibeant curiales , tanlnm inde, si placet, facientes qood nos et nostri qui sumus vestri vobis perpetualiter obligemur. Datum Pkrisias xxm die jolii, anno regni régis H. domini nostri xlviii. « — ^ Ms. 10918, fol. 19.

qu'on pourrait considérer comme contraires au droil et à la politique; mais saint Louis était là avec son inexorable justice pour réprimer les excès de son zèle. La Reine, d'après les suggestions d'Eléonore, avait prié Alfonse de faire arrêter plusieurs habitants de Bayonne du parti des barons, pendant qu'ils traverseraient ses Etats. Le comte n'avait point vu d'inconvénient à cette mesure et avait transmis des ordres conformes à ses sénéchaux. Plusieurs Gascons furent ainsi arrêtés; mais saint Louis, ayant été instruit de ce fait, ordonna à son frère de lui envoyer à Paris les sujets anglais qu'il avait cru devoir faire retenir en prison ', et, après enqnête, ordonna de les mettre en liberté. Cette décision était conforme à la justice et au droit des gens, car la France étant en paix avec l'Angleterre, le roi de France n'était pas autorisé à mettre la main sur des sujets anglais parce qu'ils étaient d'un parti opposé à celui ftàe la couronne. Cette doctrine de non- intervention, qui bien qu'acceptée n'a pas toujours été observée dans les temps modernes, n'avait pas cours au moyen âge; et il faut hautement louer saint Louis d'avoir agi contre ses

1 f Lodovicas, Dei gracia Francorum rex, karissimo fratris et fideli aao A. Pictaveasi et Tholose comiti salalem et fraterne dileclionis afTectuic. Cum sicut intelleximus Guillelmas Arnaadi de Savignac, Bernardos Raimoadi de Gavaret, Johannes Heoricif frater ejus et Thomas de Logar ac Johaooes de Gorin, cives Bayonenses, per génies vesfras, de mandaté vestro ad nostram ioslantiam sibi faclo, apud Ruppellam fuerint arrestatî, nos volentea easdem Parisiiis ad nos adduci vobis maodarous et vos requi rimas quod preftUos Baionenses et alios si qai similiter arrestati faerint deliberari roandetis per Utteras vestras palentes et tradi servientibos nostris, scilicet Micbaeli de Piano latori presentiam , quem prnpter boc miltimos et Droconi de Silvanecti quem ob hoc eciam antea miseramus ; ipsis insuper servientibos nostris salvam et securum mandetis, qaoa.^ue in propriam terram nostram uoa corn prefatis Baionensibus arrestatis seu arreslandis venerint , preslari condoctum. Datum apad Fonlem Bleaudi, dominica post octabas Epiphanie. « (18 janvier 1265?) — Bibl. imp., n» 10918, fol. 24 r».

BIOGRAPHIE D*ALPOMSK. 111

sympathies privées, en ne se faisant pas en France Texéculeurdes vengeances ou le ministre désintérêts d*un souverain étranger. Marguerite n'eut pas cette vertu ; la décision du Roi la surprit. Elle s'étonna qu'on mit en liberté des gens qui avaient nui à son beau-frère en empêchant, l'année précédente, le grand débarquement qu'Eléonore avait préparé. Ne pouvant les faire tenir prisonniers , elle pria Alfonse de leur interdire le séjour de ses Etats \ Le comte de Poitiers acquiesça volontiers à cette requête ^.

^ c Margarila, Dei <(ra(ia Francoram rcgina, karissimo fratri suo Alfonso filio régis Francorum , comiti Pictavie et Tholose , aalutem et sincère dilectkmis anectum. Noveritis qaod dominus notter rex cifes Baionenses qui capti detioebaDturParisius, precepit noviter liberari; etcam ipsî, sicot per eomm patentes litleras , illostri régi Anglie ac regine fratribus nostris karissimis et domino Eduardo nepoti nostro intimo {sic) mulla dispendia procuraverint atque dampna , impediendo precipoe quod soror nostra predicta anno prêterito apud Brugas abi suum congregaverat exercitam, galeas de Baiona non habuit , quia impeditus fuit ejus transitas , inde gravamina non modica sustinendo; nos vero qui de vobis semper gessimus et gcrimus fiduciam specialem, sinccritatem vestram requirimus specialiter et rogamns quod ipsos cives qui non solum seniel sed pluries sues natarales dominos prodiderunt, non perroittatis amore nostri in terra vestra et dominio receptari, facienles moram dicte terre vestre et introilum inhiberi. Quid autem inde facere volueritis nobis per vestras littcras rescribatis. Sane idem de Guillelmo Amaudi de Podio ef fratribus suis, sociis istorum,qui multa mala fecerunt et roberias in co»tibus maris Mormannie, sicut domino nostro régi querimonialiter est ostensum , petirous nobis concedi. Domino vero Johanni de Nantolio verbo tenns dixerainos quod vos inde requireret loco nostri ; tamen istud nichilominus vestre dilectioni litteratorie intimamns, vos rogando attentins et postulando pro mu- ■ère specifli quod istnd nobis, si placeal, concedatis. Datum apud Vicenas in crmstino Decollationis Beati Johannis Baptiste. « 30 août. — Bibl. imp., no 10918, fol. 19 r<».

^ I Escellentissime domine et karissime sorori sue Hargarite, Dei gratia Francorum regine illustrissime, Alfon»us filius régis Francorum, comes Picta- TÎe et Tholose, salutem et cum fraterna dilectione paratam ad beneplacita voluntatem. Cum nos per vestras litleras rogaveritis ut Guillermom Arnaldi de Savignaco , Bernardum Remundi de Gavaret , Johannem Henrici , fratrem ejus Thomam de Logarac et Johanuem de Gorin , cives Bayonenses qui detinebantor capti Parisius ac simili ter Guillelmum Arnaldi de Podio in terra sen

112 LIVRE PREMIER. ~ RÉGIT QES ÉVÉXEMEiVTS.

Pendant que ces choses se passaient, Alfonse était en correspondance réglée avec saint Louis. Le 28 mai 1263 Louis lui écrivait : a J'ai à vous parler familièrement sur de graves affaires. Venez à Paris samedi ou dimanche matin ^ » Alfonse s'excusa, alléguant qu'il avait pris rendez-vous avec le comte de Boulogne , Charles d'Anjou , Henaud , vicomte de Thouars , et Maurice de Belleville. Je ne sais si saint Louis voulait l'entretenir d'une affaire de Normandie, qui fit quelque temps après l'objet de plusieurs lettres échangées entre les deux frères , et dont la nature nous échappe ^ Le Roi voulait qu'Alfonse lui donnât des lettres de pleins pouvoirs pour terminer cette affaire à l'amiable en qualité d'arbitre^. Le comte refusa par deux fois , prétendant ne vouloir pas charger la conscience du Roi.

Une lettre de saint Louis du mois d'octobre 1263 nous révèle un fait ignoré et qui n'est pourtant pas sans impor-

dominio aoslro- non pennitteremus receptari , excellentie veslre sigaificftinm quod nos dilecto et fideli nostro seDcscallo Xantonensi per littens nostrat mandamus, propter amorem vestram, qaod supradictos cives Bayonenses îo terra sea domioio nostro non permittat aliqaalenus receptari. Datom apod Longum Pontem die lune post Decollationem Sancti Johannis Baptiste, t — Bibl. imp., n» 10918, fol. 19.

1 Lettre datée de Paris le lundi après la Trinité (1263). Bibl. imp., no 10918, fol. 16 ro.

2 Paris, mardi avant la Saint-André, ibid,, 27 novembre, fol. 17 y«.

3 Cette affaire de Normandie n est pas la même qn*un procès que nous fait connaître une lettre d' Alfonse, dans laquelle il déclare t quod nos jodicium quod karissimum dominum et palrem nostrum regero factum fîierit, super qucrcla que vertitur inter ipsnm D. regem, nos et dilectum fratrem nostrum K. Andcgavie et Proviucie comitem ac dilectos nepoles nosiros liberos bone memorie karissimi fratris nostri R. quondam comitis Attrebatensis , ex una parte , et nobilem M. comitissam Boloni ex altéra de terra Kaleti, quantum in nobis est, gratum baberous et acceplum... Actiim apud Vicebas, anoo Domini X. ce. L. sexto, die sabbali ante Gincres « (17 février 1257). Au dos se ht : I de Facto Normannic > . Orig., Arch. de l'Emp., J. 312, n^ 57.

tance : les infants d'Aragon, Pierre et Jacques, envahirent àmain armée la terre du Roi \ Le comte de Toulouse reçut ordre de prescrire à ses sénéchaux de prêter main-forte au sénéchal royal deCarcassonne pour repousser cette attaque*.

Alfonse ne perdait pas de vue son projet de se rendre en Terre sainte. Il avait lors de son premier voyage acheté les services d'un noble génois, Jean Bocca-Nigra, et il comptait sur lui pour sa seconde expédition; mais une révolution ayant éclaté à Gènes, Bocca-Nigra fut chassé et dépouillé de ses biens. Alfonse le reçut à foi et hommage et s'employa pour lui faire restituer ce qu'il avait perdu *.

Pour la croisade il fallait d'immenses quantités d'argent et des provisions abondantes. Quant aux hommes , on n'était plus au temps d'enthousiasme où les seigneurs vendaient ou hypothéquaient leurs châteaux pour prendre part à une expédition sainte; il fallait les payer. L'Eglise se chargeait de fournir aux princes une partie de l'argent nécessaire : on se procurait le reste au moyen d'impôts extraordinaires. Dans un chapitre spécial nous étudierons cette double source de revenu; mais arriva un moment où le Saint-Siège lui-même arrêta ses efforts incessants qui tendaient à un nouveau passage outre-mer, et chercha à tourner contre un ennemi plus proche et plus dangereux que les musulmans les efforts de la chrétienté. On sait comment Urbain IV donna le trône de Sicile à Charles

i BîM. imp., no 10618, foL 17 v». t Gam infantes Petrus et Jacobus, filii régis Arragonie, gaerram nobis fecerint et hostiliter invaserint terram nostram, maodamus vobis qoatinos sub forma presentibas ioterclasa vestras patentes senescallo vestroTbolosano, snper facto hajusmodi dirigendas nobis per latorem presentium transmittatis. Datam Vicenis die roartis post feslom Beat! lioce evangeliste (23 octobre), t

^ Ibid., pi. 17 yo. Longpont, teille de la Sainte-Catberine,( 24 nov.) 1263.

^ Voyes difTërenles lettres d'Alfonse au podestat de Gênes et à d'autres personnages. Bibl. impér., n» 10918, passim , et J. 307, n^ 55.

d'Anjou; il avait même instamment prié Alfonse dMnsister pour que son frère acceptât cette couronne, que saint Louis /' avait refusée pour un de ses 61s '. Les scrupules du comte ^ d\4njou ne furent pas difficiles à vaincre; mais il eut à conquérir pied à pied son royaume. Le Pape, inquiet pour Charles et pour lui-même, chargea le cardinal Richard de Saint-Ange d'exposer officieusement au comte de Poitiers la triste situation du Saint-Siège et d'invoquer son appui ^. Urbain IV fit une démarche plus explicite, il invita le comte de Poitiers à renoncer à ses projets de croisade pour aidei* Charles d'Anjou à conquérir le royaume de Naples sur Mainfroy' : Alfonse refusa. Urbain mourut en 1264; il eut pour successeur un Français, Gui Fouquet, ancien secrétaire de saint Louis, qui prit le nom de Clément IV. Le nouveau Pape embrassa avec ardeur la cause de Charles d'Anjou ^; il fit de nouvelles instances auprès du comte de Poitiers, et dans une lettre publique lui traça un tableau énergique des extrémités où était réduit le roi de Naples. Il le montra renfermé dans Rome, sans argent, personne ne voulant lui prêter, car il avait mal satisfeût à ses engagements envers ses créanciers : le pape sollicitait le comte de Poitiers, implorant son intervention, faisant espérer que Charles trouverait peut-être des prètett£& si le remboursement était fait en France \ Alfonse dans sa réponse exprima la vive sympathie qu'il portait à l'Eglise

i Bulle datée d*Orvieto, le xii des calendes de jaia, aonée deuxième du pontificat (21 mai 1263). Orig., Trésor descliartes, J. 512, n» 25.

3 Bibl. imp., no 10918, fol. 26 r».

3 Rainaldi, Annales ecclesiastici , anno 1?64', vP 14.

* Clément IV, dans son désir de procurer de l'aide à Charles d* Anjou, prim Alfonse de permettre que Barrai des Baux, son vassal, changeât son vœu de croisé pour aller au secours du roi de Naples. Pérouse, iv des nones de juin, année 1^« du ponti6cat. Orig., Trésor des chartes, J. 450, jofi 150.

^ Orig., Trésor des chartes, J. 391 , n» 5.

romaÎDe et l'horreur que lui inspiraient ses persécu- * teurs, il accorda au Pape quinze cents marcs sterling et cinq mille livres tournois : il promit en outre cinq mille livres poitevines y bien que ce prêt le génàt et le mit dans la nécessité de recourir aux usuriers ^

Alfonse se procura d'énormes sommes d'argent pour se trouver prêt à suivre saint Louis à la croisade, fixée au commencement de Tété de 1270. H enrôla un certain nombre de chevaliers et d'arbalétriers à des conditions onéreuses , semblables sans doute à celles que saint Louis eut à suhij^'

En 1270 il écrivait à Sicard d'AIaman pour lui faire connaître les conditions auxquelles il prendrait des arba* létriers à sa solde pour servir sous ses ordres en Orient. Chaque arbalétrier, pourvu d'un cheval et de son équipement, devait recevoir cinq sous tournois de gages par jour; sur laquelle somme il était tenu de se nourrir et de faire face à toutes les autres dépenses. On lui promettait une place sur le vaisseau pour lui, son cheval et son équipement : il pouvait obtenir d'être nourri pendant la traversée en abandonnant ses gages. Le prix des chevaux qui périraient devait être remboursé conformément au tarif adopté par le roi de France pour ses sergents stipendiés ^.

Au mois de juin il écrivait au sénéchal de Toulouse pour lui faire connaître à quelles conditions il voulait retenir des chevaliers pour l'expédition d'outre mer.

« Nos vos mandons que aus chevaliers que nobles et nostre faaus Sycart de Montant, chevaliers, vos nomera, de quau nombre de xx chevaliers traitiez diligenment de venir avec nos en la terre d'outre-mer au service Dieu et

1 Bibl. imp., qo 10918, fol. 28. LeUre du lundi après la SainUMichel (5 octobre) 1265.

3 Reg. B., fol. 101, mardi après la Purification 1269.

au nostre, souz cez conditions; c'est à savoir que pour le servise de un an enterin es parties d'outre-mer fere à nous ou à nostre certein commandement, vos leur promestez pour cetes choses dequ'à la some de viii"' livres de tornois au plus, se n'estoit à aucunes personnes que vous veiissiez qu'il fust bien emploie , à qui vous creussiez de X livres ou de xx au plus; si que pour le tout i chevaliers n'ait que ix" livres pour Cotes choses, tant pour paissages eum pour viandes et pour pertes de cheviaus et pour toutes autres choses par quelque non qu'eles porroient estre nomées. Et que il soient tenu de movoir quant nos movrons , de tenir la voie que nos tenderons, monter au port où nos monterons et arriver à* celui où nos arriverons ou nostre certein conmandement; et ce servise soient tenu à fere en leur propres persones ou par autre soffisant en leu daus, se par aus defalloit. Et la pbie de leur covenance sera fêle à v termes , c'est à savoir, la première poie par deus mois ou entour einz la muete, la seconde sour le port au monter, la tierce quant l'en sera arrivé par delà la mer dedenz le mois après l'arrivement , la quarte poie environ le demi an dou servise, et la quinte et ladarreniere poie dedenz la fin de l'an dou servise. Et est à savoir que li anz dou servise conmencera puis qu'en sera arrivé par delà la mer. Et de cez covenances dessusdites et autres profitables pour nos que vos i porrois ajouster, garder et à emplir entérinement recevez le serement et seurté soffisant de cens à qui vos fereiz covenant por nos, et nos remandcz en escrit ce que vos en auroiz fet, et comment et à qui, et la forme des covenances tant de la some cum des autres choses. Ce fu donné à Loncpont le diemenche en la feste seint Jehan Baptiste en l'an Nostre Seigneur

M. ce. LXVIII. V '.

» Reg. A, fol. 130 verso.

BIOGRAPHIE D'ALFOXSE. 117

Nous avons le traité passé avec un seigneur nommé Imbert de Bouzagues, qui s'engagea par écrit à servir, lui dixième chevalier, armé, monté , équipé, et muni de tout ce qui convenait à un chevalier, pendant une année entière. Si.un des chevaliers venait à' mourir, Imbert élait tenu de le remplacer et de tenir toujours sa compagnie au complet. De son côté , le comte promettait de servir une rente perpétuelle de quatre-vingts livres tournois , à rembourser le prix des chevaux qui périraient et à fournir des moyens de transport sur mer. Chaque chevalier était asr sure sur le navire d'une place pour lui , un cheval , un écuyer, un valet , et les provisions de bouche pour deux mois \

En général un simple chevalier touchait dix sous de gages par jour. Quelques seigneurs allèrent à la croisade à leurs frais '.

Alfonse s'occupa d'avance de réunir une grande quantité d'armes, de projectiles et de provisions. Il écrivait, le mardi après la Pentecôte 1268, à Sicard d'Alaman : a Come Sycarf vostre filz ait baillié arbalestes, et tarcâis, et quarriaus, dont le millier des greigneurs carriaus costeroit

' Memoriale qaod cam Imberto de Boaxagaes tracUtnm est de passagio traDfinarino cum d. comile tractatam est in hanc modam : qaod idem Imbertus débet servire, se decimo militum, in equis, armis, harnesiis el aliis necessariis... per onom annum integnun in partibiis transmarinis. Et si contigerit aliqoem de dictis militibiis discedere vel decedere, ipse tcnetur eqoe idoBenm substitaere , qui serviciom ipsias intègre perficiat. Dictus vero cornes débet sibi et beredibus suis dare et assignare lxxx libras turon. annui redditos in villa de Brusca. Débet etiam d. cornes eidem providere de naulagio, site loco in navi pro se et dictis mib'tibiis suis, et cuilibet dictum militum pro iUM> eqno, ono scotifero et nno garcione, etc. » Reg. B., fol. 146 r^ (samedi tprès la qoinxaine de la Pentecôte 1270). — Consultez aussi un traité entre Alfonse et Guillaume de Ghauviguy. J. 313, n» 90.

^ Doraodos Gorbenay crucesignatus ydoneam prestat cautionem de transfiretando personalîter ad somptus sues. Reg. B. , fol. 54.

vingt sols, et des meneurs dix-huit sols, si corne il estoit contenu en Tescrit que cil vostre 6lz bailla, nos vos fesoos assavoir que les devant diz quarriaus que il bailla sont trop Ions et ne sunt mie bien droit enferrez; pour quoi nos vos envoions quatre quarriaus à estreu, et vps prions qu'à l'essamplaire des devant diz quatre quarriaus que nos vos envoions vos nos en faciez fere cent milliers à arbaleste à estreu , pour xvni s. Tholosans le millier, ou pour meins au meilleur marchié que vos pourroiz;... et des gros à deux piez, dont nos vos envoions aussinc deux qui n'a point de pointe, nos faciez fere vingt milliers por vingt sos de Tholosans le millier... et bien nos plest que des arbalesles , et des cros, et des tarcais nos faciez fere de chascun quarante, pour quarante sos une arbaleste, et pour douze deniers le croc et le tarcais ^ »

Les sénéchaux du Midi reçurent, l'ordre de faire de grandes provisions de vivres : un chevalier du Temple , Jean de Cayx, et un familier du comte, Simon de Bucy, furent chargés de surveiller les préparatifs de la croisade, de rassembler' des vivres, de fréter des vaisseaux '. Alfoose écrivait à frère Jean :

a A home religieux sun amé et sun familier frère Johen de Kais, de l'ordre de la chevalerie du Temple.. . Vous avez jà pourchaciées toutes les choses neccessaires à nostre passage, segon ce que il vous fu en charge fors vin et chiches, de quoi il nous faut quantité, de quoi nous vous savons bon gré. Nous plest bien que dou bescuit vous faciez fere de quatre mil sas... Toutes choses fêtes porter en tele manière que elles soient à Ëgues-Mortes le première semaine de mai , car nous i proposons à estre lors, se Dieu plest. n 11 l'entretient ensuite des vaisseaux qu'il

^ Reg. A., fol. 44, mardi après Toctave de la Peulecôle 1268. 2 Reg. R., fol. 169 r«, 174 fo, 178 r<>, 180 vo.

BIOGRAPHIE D'ALFONSË. il9

avait loués à Gènes et en Catalogne '. Il réprimanda plusieurs fois les sénéchaux qui n'obéissaient pas assez promptement à ses ordres. Il prescrivit au connélable d'Auvergne de faire de grandes chasses dans ses forêts et de prendre une centaine de sangliers dont il ferait préparer la chair pour son expédition en Terre sainte. Il lui recommanda d'employer pour cette chasse les filets déposés au château de Riom et de les faire réparer ^

Le rendez-vous général des Croisés fut fixé à Aigues- Mortes. Saint Louis arriva dans cette ville au milieu da mois de mai. Alfonse et Jeanne, partis de Paris au commencement de février, se rendirent à la Rochelle, à Saint- Jean d'Angely, à Saintes : ils traversèrent l'Agenais et le Quercy, et séjournèrent quelque temps à Toulouse. Il semble qu'ils aient voulu dire un dernier adieu à leurs sujets qu'ils connaissaient si peu. Ils arrivèrent à la fin de mai à Aymargues, à deux lieues d'Aiguës -Mortes. Ils y firent Tun et l'autre leur testament. Celui d' Alfonse , rédigé en français , est , quoique long , insignifiant. Il institua pour héritiers ceux qui devaient l'être par la loi ou par la coutume; c'était peu compromettant. 11 fit des legs à des églises, à ses serviteurs, et afi*ranchit tous ses serfs. C'est le testament d'un simple particulier. Il savait en efiet qu'il n'était que simple usufruitier, et le sort qu'avait eu

1 Reg. B., fol. 184 r». Mardi après rAonoDciation 1269 (v. style).

^ Ibid., fol. 52. c Mandamus vobis qaalenus a quiodena festîvitalis Om- Diam Sanctonim proxime veoture in aolea îo forestis nostris Alvernie venari bciatis ad apros et leas tamdiu qood capiaotur qiMdraj^iota vel sexaginti vei ceotnm ex iptis, et apud Ruppem Dagulphi vel apud torrim nostram Ryomi capiatit Dosira rethia ad dictas feras capiendas, et dicta reiia faciatis si opos faerit repparari , apros et leas captas saltari et parari proat coodecet liiciatis ad defTerendam in partibos transmarinis. Datam die lune post Eialtationem sancte Gmcis 1269. i (16 septembre 1269.)

itO LIVRR PREMIER. — RÉGIT DES ÉVÉNEMENTS.

Je testament de Raymond VU était pour lui un avertissement de ne pas se montrer trop libéral ' .

Il n'en fut pas de même de Jeanne ; elle se crut propriétaire des fiefs dont elle avait hérité de son père. Elle donna des seigneuries importantes à plusieurs de ses parents , et institua pour héritière de ses domaines d'Albigeois, d'Agenais, de Rouergue et de Quercy^ sa cousine Philippa, nièce du vicomte de Lomagne. Elle légua le comtat Venaissin à Charles d'Anjou. L'acte original fut , conformément aux règles du droit romain, souscrit et scellé par sept témoins, au nombre desquels figure Jean de Nanteuil, chambrier de France; comme cet illustre personnage ne savait pas écrire, il pria un chanoine de la Roche de souscrire en son nom '.

Je n'ai pas à raconter la triste expédition de satftt Louis en Afrique; Alfonse et Jeanne, après avoir échappé à la peste , passèrent Thiver en Sicile. Au printemps ils gagnèrent l'Italie et s'embarquèrent à Naples pour Gènes. Frappés en Sicile par la maladie, on les débarqua à Savons, où ils moururent, Alfonse le 21 août 1270, Jeanne trois jours après.

Dès que ce double décès fut connu, le Roi fit prendre possession de tous les États d'Alfonse'*. Le roi d'Angleterre réclama l'Agenais; au terme du traité d'Abbeville on le lui rendit. Il demanda aussi la restitution du Quercy : son droit ayant paru douteux , on fit une enquête , à la suite

^ Orig., Arch. de TEmp., K. 33, ^^ 14. Ce lestament est endommagé : il est inédit et ne mérite pas d*être publié.

^ Orig., Trésor des chartes, J. 406, n^* 4. Ce testament est exposé an Musée des Archives sous le n^ 270. Voyez Tlaventaire, p. 147.

3 Voy. à la fin do tome I'^'' des Annales de Toulouse de La Faille , le enrieuz procès-verbal de prise de possession du Languedoc, connu sons le nom de ft Saisimentum comitatos Tholosœ « .

de laquelle Philippe le Bel s'engagea en 1285, ainsi que nous l'avons vu plus haut, et lui donna une indemnité '. Le comtat Venaissin fut abandonné au Saint-Siège. Philippa de Lomagne invoqua le bénéfice du testament de Jeanne : elle lut déboutée en 1274 par arrêt du Parlement. Charles d'Anjou prétendit que les domaines personnels d'Alfonse devaient être partagés entre ses parents. Le Parlement repoussa cette prétention en 1283 par un arrêt célèbre qui posa en principe le retour à la couronne des apanages par suite de l'extinction de la postérité masculine.

1 Xoos avons vu plas haut que saint Louis avait prorois de payer, tant qu'Alfonse vivrait, au roi d'Angleterre, pour l'indemniser de la possession de TAgenais, une renie de 3,720 livres. Henri III donna celle rente en dot à sa fille , qu épousa Jean , fils du duc de Bretagne. En mai i5K03 il rentra en possession de cette rente , ayant donné en échange à son gendre le comté de Richemond. Rymer, t. W^ 2*j>artie, p. 476.

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