‹ Saint Louis et Alfonse de PoitiersChapitre 17 sur 82 · ALPOXSE DEVIENT GOUTE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

ALPOXSE DEVIENT GOUTE DE TOULOUSE

que de jusie et de licite dans les actes qui renfermèrent Texpressiop de ses dernières volontés. 11 ne violait aucun de ses engagements y il faisait des aumônes considérables sans doute, mais en rapport avec son immense fortune; et les legs pieux qu'il affectait aux églises étaient encore plus méritoires de la part d'un homme qui avait été toute sa vie en butte aux accusations d'hérésie. Ces considérations n'arrêtèrent pas Alfonse.

Niant impudemment l'évidence, les jurisconsultes réunis à Toulouse déclarèrent le testament nul pour plusieurs raisons : parce qu'il ne renfermait pas la mention qu'il eût été lu devant le testateur et les témoins; qu'il n'était pas rédigé dans la forme prescrite, attendu que le testateur ne déclarait pas que le testament avait été lu en présence du testateur et en celle des témoins ; que les souscriptions des témoins manquaient (ils avaient apposé leurs sceaux I); que le testament avait été ouvert en l'absence de l'héritier; que les témoins n'avaient pas été appelés pour reconnaître leurs sceaux lors de l'ouverture , conformément au droit civil; enfin , qu'il n'avait pas été insinué devant un tribunal royal , comme si le comte de Toulouse était tenu de faire insérer son testament dans les registres d'un grefle royal. Le testament fut déclaré nul : on voulut bien admettre la validité du codicille, qui n'avait aucune importance '.

Lenain de Tillemont prétend qu'Alfonse refusa de se prévaloir de cette décision et qu'il exécuta le testament de Raymond Vil ; mais il s'est trompé.

C'est un spectacle étrange que de voir Raymond VU qui avait passé une partie de son existence agitée frappé des foudres de l'excommunication, enrichir en mourant les

■ Original de U consultation, Trésor des chartes, J. Zii, n» 69.

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églises , et Alfonse , le frère de saint Louis , le prince trèschrélien, faire annuler ces libéralités qui lui étaient à charge : on ne s'attendrait pas surtout à voir un pareil fait se passer au treizième siècle et se produire impunément. La conduite d'Alfonse fut peu noble et indigne de son caractère élevé, et l'on ne peut que souscrire au jugement qu'en a porté Dom Vaissete , qui s'exprime dans cette circonstance avec la franchise et la modération qu'il portait dans toutes ses appréciations, même lorsqu'il s'agissait des rois et du clergé :

« Telle est cette célèbre décision touchant les dernières dispositions de Raymond VU, comte de Toulouse, sur lesquelles le comte Alfonse, son gendre, ne cherchait à s'éclaircir que dans le dessein de s'exempter des legs pieux que ce prince avait faits ; en quoi il semble qu'il ne (it pas assez d'honneur à la mémoire d'un beau-père qui lui avait laissé des domaines si riches. )>

Une preuve cependant que la cupidité ne poussa pas seule Alfonse à faire annuler le testament de Raymond VH, c'est qu'il désintéressa les monastères auxquels son beaupère avait attribué des legs. Il est juste d'ajouter que les églises, lorsqu'elles se virent frustrées de ce qu'elles regardaient comme leur appartenant, protestèrent énergiquement, et revendiquèrent leurs droits avec persistance. Alfonse leur proposa des transactions qu'elles eurent de la peine à accepter, car la valeur des compensations offertes n'était pas égale à celle des legs. Fontevrault suriout,qui avait été traité avec une royale munificence, fit des difficultés : il résista, et ce ne fut qu'en 1253, après des sommations réitérées, que l'abbesse consentit à remettre à Alfonse les joyaux de Raymond VII. Onlui donna quinze cents livres une fois payées, et une rente annuelle de quatre cents

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livres sur le péage de Marmande ' . L'abbé de Cîleaux éfait porté sur le testament du comte pour une somme de quinze cents marcs d'argent : il tint bon y et tout ce qu'AIfonse put obtenir, ce fut d'acquitter ce legs par annuités de cent marcs ^. Les monastères mirent en général une grande ténacité à exiger la délivrance des legs à eux faits par Raymond VU ; mais Alfonse apporta une obstination non moins grande à ne les pas payer, ou du moins à les amener à composition '. Le comte établissait une distinction entre les legs portés au testament et ceux qui figuraient au codicille. £n somme il donna un mauvais exemple, il abusa de sa puissance et des services qu'il rendait au Saint-Siège, pour ne pas remplir envers les églises les obligations pécuniaires auxquelles il était tenu , et que la charité chrétienne lui commandait de remplir au cas où il n'y aurait pas été contraint par le droit.

1 Original, Trésor des chartes, J. 310, n<* 30.

2 OrigÎDal, Trésor des chartes, J. 308, n® 68, lendemain de la Saint- Clémeot 1258 (vieux style). En octobre 1252, Alfonse traila avec Tabbé de Belleperche. Reg. G., fol. 5 v".

3 De petilione abbalis et conventus de Alnise , Cisterciensis ordinis , super ceotum marchis argenti quas petunt ex legato sibi facto a comité Raimundo. — Videatur testaroenlum , et secundum quod de legato hujusmodi et vigore ejosdcm constiterit, tractetur cum eisdem ; et si competentem tractatum admittere noluerint , Gat eis jus. — Décision du Parlement en 1270, J. 1031, V> 11. \'ous pourrions multiplier les exemples de ce genre.

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